Pour un étudiant gambien, suivre un cours peut commencer bien avant l’arrivée en amphithéâtre : il faut d’abord trouver un bus, rejoindre Faraba et compter sur des services essentiels qui fonctionnent. Le 26 octobre 2026, des centaines d’étudiants ont manifesté pour demander des réponses concrètes sur les transports, l’eau, les repas et l’accès à Internet.

Un campus éloigné, des trajets qui pèsent sur les études

La mobilisation s’est tenue à Kanifing, près de Banjul, et non dans la capitale elle-même, selon l’agence panafricaine APA. Les étudiants réclament des solutions pour le campus de Faraba Banta, où se déroulent une partie des activités de l’Université de Gambie. Le trajet depuis les zones de l’agglomération peut devenir long et imprévisible lorsque les bus manquent ou ne respectent pas les horaires.

Les difficultés ne concernent pas seulement les déplacements. Le syndicat étudiant cite aussi la fermeture de la cantine, l’accès limité à l’eau potable et une connexion Internet jugée insuffisante. Ces problèmes ont des effets directs sur la vie universitaire : retards, cours ou évaluations manqués, difficultés à travailler et longues journées sans repas accessible sur le campus.

La situation n’est pas entièrement nouvelle. En 2024, l’association étudiante avait déjà alerté les autorités sur les transports vers Faraba. En mars 2025, elle avait publié les résultats d’analyses d’eau réalisées sur le campus : certains échantillons de puits présentaient une contamination bactérienne, tandis que l’eau de forage testée répondait aux normes indiquées. Ce précédent souligne l’importance d’un suivi régulier et de consignes claires, sans conclure que toutes les sources d’eau du campus sont concernées.

Des engagements publics attendus sur le terrain

Le ministère gambien de l’Enseignement supérieur a annoncé, le samedi précédant la manifestation, plusieurs mesures. Il a indiqué que le service de restauration devait reprendre dès le lundi, que des distributeurs d’eau supplémentaires seraient installés et que la compagnie publique Gambia Transport Service Company mobiliserait ses vingt bus pour les déplacements étudiants. Le ministère a également évoqué des démarches auprès des opérateurs télécoms et le recours au réseau de recherche et d’enseignement GAMEN pour améliorer la connexion.

Ces annonces répondent aux principales revendications, mais leur mise en œuvre reste le point décisif. Le président du syndicat étudiant, Ismaila Fadera, a contesté le calendrier des échanges avec les autorités, estimant que les discussions avaient pris forme après l’annonce de la protestation. De son côté, le ministère a appelé au dialogue et reconnu que les demandes nécessitaient coordination et solutions pratiques.

Les étudiants ont présenté une pétition fixant des délais d’action et demandé que leur mobilisation reste pacifique. Demba Bojang, étudiant, a insisté sur le fait que les revendications portaient sur leur bien-être. Le désaccord porte donc aussi sur la méthode : les autorités mettent en avant les mesures annoncées et le dialogue; les représentants étudiants réclament des engagements suivis d’effets vérifiables.

Un enjeu d’accès aux études, au-delà de Banjul

À Faraba, la distance transforme le transport en condition d’accès aux cours. Les étudiants qui résident dans l’agglomération de Banjul dépendent davantage des bus; ceux qui disposent de moyens de déplacement ou peuvent acheter nourriture et données mobiles sont moins exposés aux perturbations. Le coût se mesure aussi en temps et en occasions d’apprentissage perdues, pas seulement en dépenses.

La réponse ne relève pas du seul ministère. Elle suppose une coordination entre l’Université de Gambie, le ministère, la compagnie de transport, les services d’eau et les opérateurs télécoms. Les annonces ne pourront être évaluées qu’à partir d’indicateurs simples : fréquence et ponctualité des bus, disponibilité effective des repas et de l’eau potable, stabilité de la connexion et présence des étudiants en cours.

Le dossier résonne également à l’échelle ouest-africaine. La CEDEAO, communauté économique regroupant des pays d’Afrique de l’Ouest, a inscrit dans son cadre de coopération l’enseignement supérieur et la mobilité des étudiants et enseignants. Mais la mobilité régionale reste théorique si les déplacements quotidiens jusqu’au campus, l’accès à Internet ou les équipements de base ne sont pas assurés.

Cette protestation survient quelques semaines après des manifestations liées aux coupures d’électricité en Gambie, dans un contexte politique marqué par l’élection présidentielle prévue le 5 décembre 2026. Le président Adama Barrow brigue un troisième mandat. Ces événements distincts ne prouvent pas un lien direct, mais ils placent les services publics et les réponses aux préoccupations quotidiennes au centre de l’attention nationale.

La suite se jouera moins dans les déclarations que dans l’application des mesures annoncées. Pour les étudiants, le test sera concret dès les prochains jours : pouvoir se rendre en cours à l’heure, boire de l’eau sûre, se restaurer et accéder aux ressources numériques nécessaires. Pour les autorités, l’enjeu est de transformer une mobilisation ponctuelle en amélioration durable du fonctionnement du campus.