Dans plusieurs régions de Côte d’Ivoire, chercher de l’or permet encore de gagner rapidement un revenu. Mais cette activité fragilise les sols, les cours d’eau et parfois la sécurité locale. Le gouvernement ivoirien veut désormais agir sur toute la chaîne, des travailleurs présents sur les sites aux financiers qui organisent leur fonctionnement.
Une pression renforcée depuis Yamoussoukro
La réponse de l’État s’est accélérée en septembre 2026. Le Conseil national de sécurité, réuni le 17 septembre, a annoncé de nouvelles mesures contre l’orpaillage illégal. Un atelier national organisé quelques jours plus tôt à Yamoussoukro avait réuni des préfets et plusieurs ministères pour harmoniser les méthodes d’intervention.
Le gouvernement cherche ainsi à éviter une lutte dispersée. Les forces de sécurité, les services des Eaux et Forêts et les autorités préfectorales doivent mieux partager leurs informations. Dans les zones rurales, cette coordination est essentielle. Les sites se déplacent rapidement et profitent souvent de l’éloignement des centres administratifs.
Le 30 septembre, les autorités ivoiriennes ont annoncé la remise de moyens supplémentaires aux unités engagées sur le terrain. Le dispositif comprend notamment 30 véhicules pick-up, 35 véhicules de transport de troupes, 300 motos, 12 embarcations et des drones. Ces équipements doivent renforcer la surveillance des zones difficiles d’accès et des cours d’eau.
Le gouvernement a également adopté, le 23 septembre, un projet de loi prévoyant des sanctions plus lourdes contre les commanditaires, les receleurs, les financiers et les propriétaires de sites clandestins. Cette évolution marque une volonté de ne plus limiter les opérations à la destruction des installations visibles.
Des opérations menées du nord au sud
Les interventions récentes montrent l’étendue géographique du phénomène. Dans le centre, une opération menée le 12 septembre à Kokumbo a visé un site clandestin et la pollution des cours d’eau. Dans l’ouest, une patrouille nautique effectuée le 30 septembre sur le fleuve Sassandra a conduit au démantèlement d’une zone de vie installée sur une île.
Les services des Eaux et Forêts ont aussi multiplié les actions dans le nord, notamment sur les berges du fleuve Bagoué. À l’est, l’opération « WAVIE » se poursuit dans l’Indénié-Djuablin. Dans le sud-ouest, les patrouilles concernent également les bassins du Cavally et les environs de Soubré.
Ces opérations ciblent les pompes, les motopompes, les abris et les autres équipements utilisés pour extraire le minerai. Elles cherchent aussi à empêcher la réinstallation immédiate des exploitants. Toutefois, la destruction d’un site ne règle pas nécessairement la question économique qui pousse les travailleurs à revenir ou à se déplacer vers une autre zone.
Une activité illégale, mais une économie de survie pour certains
Dans les campagnes ivoiriennes, l’orpaillage attire des jeunes qui disposent de peu d’alternatives rémunératrices. L’activité ne concerne pas uniquement les personnes qui creusent. Elle fait vivre des transporteurs, des vendeuses, des mécaniciens, des restauratrices et des commerçants installés autour des sites.
Cette économie locale explique la difficulté de la répression. Pour les autorités, l’orpaillage illégal prive l’État de recettes, dégrade l’environnement et peut créer des risques sécuritaires. Pour certaines familles, il représente cependant un revenu immédiat dans des territoires où l’emploi formel reste limité.
La situation est particulièrement sensible dans les zones rurales éloignées des grandes villes. Les revenus issus de l’agriculture peuvent varier selon les saisons et les prix. À l’inverse, l’or donne l’espoir d’un gain rapide, même si les travailleurs sont exposés aux accidents, aux violences, aux produits chimiques et à l’endettement auprès de réseaux de financement.
Une étude consacrée aux risques de l’exploitation artisanale de l’or en Côte d’Ivoire souligne d’ailleurs l’importance des revenus tirés de cette activité pour les jeunes et le rôle du préfinancement. Ce système permet à des intermédiaires d’avancer l’argent nécessaire à l’installation d’un site, avant de récupérer une part de la production.
Des dégâts qui dépassent les zones d’extraction
Les conséquences environnementales ne restent pas confinées aux fosses. Le creusement déstructure les terres et fragilise les berges. Les boues issues du lavage de l’or augmentent la turbidité de l’eau. L’usage de produits comme le mercure peut également contaminer les milieux aquatiques et la chaîne alimentaire.
Cette pollution menace directement les populations riveraines. Dans plusieurs localités, les cours d’eau servent à la pêche, à l’agriculture, à l’élevage ou à des usages domestiques. Lorsque leur qualité se dégrade, les ménages doivent chercher d’autres sources ou supporter un coût supplémentaire pour accéder à une eau utilisable.
Le gouvernement ivoirien a récemment fait le même constat autour des lagunes Tendo, Ehy et Aby. Il a évoqué la contamination des eaux et le remblayage anarchique de certains plans d’eau. Ces atteintes touchent donc à la fois l’environnement, la santé publique et les activités économiques des communautés riveraines.
Les cours d’eau constituent aussi un enjeu régional. La Côte d’Ivoire partage plusieurs bassins avec des pays membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO. Une pollution produite en amont peut affecter des territoires situés au-delà d’une frontière administrative.
Le défi de la formalisation
La stratégie ivoirienne ne pourra pas reposer uniquement sur les arrestations et la destruction des sites. Les travaux de recherche et les réflexions menées dans l’est du pays recommandent aussi de formaliser l’orpaillage artisanal, d’améliorer la surveillance et de proposer des activités économiques alternatives.
La formalisation signifie notamment identifier les exploitants, délimiter des zones autorisées, encadrer les techniques utilisées et contrôler les acheteurs. Elle permettrait de réduire les risques sanitaires et environnementaux tout en donnant davantage de visibilité à une production aujourd’hui largement informelle.
Cette option pose toutefois une question de gouvernance. L’État doit protéger les terres et l’eau, mais aussi éviter que les populations rurales ne soient privées d’une source de revenu sans solution crédible. Les dirigeants locaux, les entreprises minières, les communautés et les services publics devront donc être associés aux décisions.
Une bataille nationale aux implications régionales
Pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu dépasse la seule protection de l’environnement. Il concerne également la maîtrise des ressources minières, la sécurité des zones frontalières et la capacité de l’administration à faire appliquer la loi dans les régions éloignées de Yamoussoukro et d’Abidjan.
La prochaine étape sera de vérifier si les nouveaux moyens permettent de maintenir les sites fermés après les opérations. Il faudra aussi mesurer les effets des sanctions sur les réseaux financiers et commerciaux qui alimentent l’exploitation clandestine.
Le calendrier annoncé par les autorités donne une première échéance. Les préfets se sont engagés à contribuer à l’éradication de l’orpaillage illégal dans leurs circonscriptions dans un délai de six mois. La réussite dépendra autant de la pression exercée sur les organisateurs que des solutions proposées aux jeunes et aux communautés qui vivent autour des sites.