Un permis de recherche ne fait pas encore une mine. Mais il ouvre la première étape d’un parcours qui peut, plusieurs années plus tard, créer de la production, des emplois et des recettes publiques. En Côte d’Ivoire, six nouvelles autorisations minières relancent ainsi une question centrale : jusqu’où le pays peut-il transformer son sous-sol aurifère en activité durable et en retombées locales ?
Six permis, quatre ans pour explorer
Réuni le mercredi 14 octobre 2026, le Conseil des ministres a accordé cinq permis de recherche d’or et un permis portant sur le cuivre et le nickel. Les autorisations sont valables quatre ans et couvrent plusieurs départements du pays, selon le compte rendu du Conseil relayé par la presse ivoirienne. Un permis de recherche autorise à prospecter ; il ne vaut ni découverte de réserves exploitables ni autorisation automatique d’ouvrir une mine.
Les cinq permis aurifères reviennent à Awalé Resources, qui en obtient deux, ainsi qu’à Etruscan Resources Côte d’Ivoire, Smart Mining Group et Tietto Minerals Côte d’Ivoire. Les zones concernées comprennent notamment Gbéléban, Minignan, Bondoukou, Tanda, M’Bahiakro, Bouaké, Gagnoa et Soubré. Le permis de cuivre et de nickel est attribué à Switch Metals Côte d’Ivoire, dans les départements de Ouaninou et de Touba. Le gouvernement indique que ces autorisations sont soumises à des exigences techniques et environnementales. Le compte rendu du Conseil des ministres du 14 octobre détaille les sociétés et les zones concernées.
La décision s’inscrit dans une stratégie de croissance minière portée par l’État et financée en grande partie par des opérateurs privés. En octobre 2025, le ministre des Mines avait présenté ce modèle : l’État attribue les permis et conserve une participation gratuite dans certains projets, tandis que les entreprises mobilisent l’essentiel des capitaux. Il a alors évoqué l’objectif de faire de la Côte d’Ivoire le premier producteur africain d’or. Le gouvernement ivoirien a exposé ce cap en 2025.
Une production en hausse, un écart à combler
La production aurifère ivoirienne a fortement progressé depuis le début des années 2010, avec l’entrée en activité de nouvelles mines et l’extension de sites existants. Des chiffres publiés dans la presse économique régionale font état d’environ 13,2 tonnes en 2012 et de 59,33 tonnes en 2025. Les estimations pour 2026 évoquent près de 62 tonnes. Ces données doivent être lues comme des chiffres rapportés et des projections, distincts d’un bilan annuel définitif. Un média panafricain a relayé ces estimations de production.
La progression repose déjà sur plusieurs exploitations, dont Abujar, Yaouré, Séguéla et Lafigué. D’autres projets, notamment Assafou et Doropo, sont appelés à contribuer à la production future, sous réserve des étapes de développement, des financements et des autorisations nécessaires. L’exploration reste donc un pari : certains permis ne déboucheront pas sur une découverte économiquement exploitable, et toute découverte devra encore franchir des étapes d’évaluation, d’investissement et de construction.
Le Ghana, voisin de la Côte d’Ivoire au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), conserve une avance importante. Des estimations relayées pour 2025 lui attribuent environ 186,6 tonnes, soit plus de trois fois le volume ivoirien annoncé pour la même année. La comparaison dépend toutefois des méthodes de comptabilisation et de la part respective de la production industrielle et artisanale. L’ambition ivoirienne ne se joue donc pas seulement sur l’octroi de nouveaux permis, mais sur la capacité à convertir les ressources identifiées en production régulière.
Des investissements, mais aussi des enjeux locaux
Le projet de Koné illustre la rapidité avec laquelle une exploration peut, après plusieurs années de travaux, passer à la production. Montage Gold a annoncé une première coulée d’or le 26 septembre 2026. L’entreprise vise à terme une production annuelle supérieure à 300 000 onces durant les premières années, soit environ 9,3 tonnes. Il s’agit d’un objectif de l’opérateur, qui dépendra de la montée en régime du site. Montage Gold présente les étapes et les objectifs du projet de Koné.
Pour les investisseurs, les nouveaux permis élargissent les zones où rechercher des gisements. Pour les autorités, ils peuvent préparer de futures recettes fiscales et redevances. Pour les habitants des régions concernées, les retombées dépendront de facteurs plus concrets : emplois accessibles aux travailleurs locaux, achats auprès des entreprises ivoiriennes, infrastructures utiles au-delà du site et suivi des engagements environnementaux.
Ces effets ne sont pas automatiques. Les travaux d’exploration peuvent rester limités, tandis qu’une future mine transforme durablement les usages du sol et les activités économiques locales. Les communautés, les autorités territoriales et les services de l’État auront donc un rôle important dans le suivi des consultations, de l’eau, des terres et des engagements de réhabilitation. L’enjeu est aussi de mieux répartir la valeur créée entre l’État, les entreprises et les territoires producteurs.
Le cap de 2035 dépendra des résultats
À l’échelle régionale, la course aux ressources minières se déroule dans un contexte où plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest cherchent à attirer les capitaux tout en renforçant la maîtrise nationale des retombées. La Côte d’Ivoire mise sur la continuité de son cadre minier et sur l’investissement privé. Mais la comparaison avec le Ghana montre l’ampleur du défi : multiplier les permis ne suffit pas ; il faut des découvertes confirmées, des projets financés et des mines effectivement mises en service.
Les prochaines étapes seront donc déterminantes : résultats des campagnes de prospection, respect des normes environnementales, avancement des projets déjà identifiés et évolution réelle de la production. L’objectif de leadership africain annoncé par Abidjan demeure une ambition politique, pas un résultat acquis. Les nouveaux permis en sont un instrument parmi d’autres ; leur portée se mesurera aux découvertes qu’ils permettront, puis à la part de richesse qui bénéficiera aussi aux populations ivoiriennes.