Quand l’or artisanal échappe aux registres officiels, les États perdent des recettes et les mineurs restent souvent éloignés des circuits légaux. En Côte d’Ivoire, la nouvelle coopération internationale annoncée autour de la transparence pourrait renforcer des efforts déjà engagés, à condition de produire des résultats mesurables sur le terrain.
Un accord mondial, des enjeux très ouest-africains
Le World Gold Council (WGC), organisation professionnelle qui rassemble de grandes entreprises aurifères, et l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) ont signé le 12 octobre 2026 un protocole d’accord de trois ans. Il porte sur la gouvernance, la traçabilité et la formalisation de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle de l’or. L’ITIE est un cadre international qui aide les pays à rendre publiques les informations sur les revenus et les activités extractives. Les deux organisations indiquent que leur coopération visera les pays mettant en œuvre ses normes.
L’accord ne cible pas exclusivement l’Afrique. Mais le continent est directement concerné : plusieurs de ses pays producteurs appliquent les normes de l’ITIE et l’or artisanal y occupe une place importante. En Afrique de l’Ouest, les flux traversent des frontières et des réseaux commerciaux régionaux. Leur encadrement dépend donc à la fois des administrations nationales, des contrôles douaniers et de la coopération entre États.
En Côte d’Ivoire, où la capitale politique est Yamoussoukro et où Abidjan concentre une grande partie des activités économiques et administratives, l’exploitation artisanale s’inscrit dans un secteur aurifère en expansion. Le 11 juillet 2025, le pays a lancé avec la Banque mondiale et le WGC un partenariat consacré à l’encadrement de l’orpaillage. Il associe notamment Endeavour Mining, Perseus Mining et la Chambre des mines ivoirienne. L’objectif annoncé : améliorer la sécurité, les pratiques environnementales et la traçabilité, tout en facilitant l’accès des petits mineurs aux marchés légaux.
Formaliser sans exclure les mineurs
La formalisation ne consiste pas seulement à réprimer les circuits clandestins. Elle suppose aussi des règles accessibles, des autorisations compréhensibles, des débouchés fiables et des conditions de travail plus sûres. Sans ces leviers, les exploitants artisanaux peuvent rester dépendants d’intermédiaires informels, même lorsque les autorités renforcent les contrôles.
Le partenariat ivoirien de 2025 visait un secteur dont dépend le revenu d’environ un demi-million de personnes, selon la Banque mondiale. Les entreprises minières industrielles peuvent apporter des compétences techniques et faciliter l’accès au marché. Mais les priorités des grands opérateurs, des administrations et des communautés minières ne coïncident pas nécessairement. La transparence devra donc inclure les conditions d’accès aux sites, la répartition des revenus et la place accordée aux travailleurs locaux.
Le sujet dépasse les frontières ivoiriennes. Au Ghana, le WGC et le gouvernement ont annoncé en juillet 2026 une coopération sur la formalisation et l’intégrité des chaînes d’approvisionnement. En août, l’organisation a également noué un partenariat avec l’Artisanal Gold Council, spécialisé dans l’accompagnement technique de mines artisanales. Ces annonces dessinent un réseau d’initiatives, mais elles ne prouvent pas encore que les flux seront mieux contrôlés ni que les revenus des mineurs augmenteront.
Des volumes importants, des chiffres à manier avec prudence
La difficulté de mesurer les flux clandestins reste centrale. Une étude de SWISSAID estime que 321 à 474 tonnes d’or artisanal sont produites chaque année en Afrique sans être déclarées. Il s’agit d’une fourchette issue d’une analyse des données de production et de commerce, non d’un décompte exhaustif réalisé aux frontières. L’Associated Press a rapporté séparément l’estimation de plus de 435 tonnes d’or sorties illégalement du continent en 2022. Ces indicateurs portent sur des mesures différentes et ne doivent pas être confondus.
La contrebande réduit les recettes publiques et rend plus difficile l’identification de l’origine de l’or. Dans certaines zones, les circuits opaques peuvent aussi se mêler à des réseaux criminels ou à des économies de conflit. Toutefois, l’orpaillage n’est pas en soi synonyme de criminalité : il représente une activité économique et un moyen de subsistance pour des communautés entières. Les réponses publiques doivent distinguer les travailleurs de terrain des acteurs qui organisent ou profitent du commerce illicite.
Le WGC défend aussi les intérêts d’entreprises minières qui financent et composent son organisation. Cette réalité n’invalide pas automatiquement les objectifs de traçabilité, mais elle rend nécessaire une gouvernance ouverte. Les États, les organisations de mineurs, les communautés, les chercheurs et la société civile doivent pouvoir vérifier les engagements, les financements et les résultats. La transparence ne peut se limiter à rendre les flux plus acceptables pour les acheteurs internationaux.
Le test sera celui des résultats locaux
Pour la Côte d’Ivoire et ses voisins de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, l’enjeu est double : mieux capter la valeur produite sur le territoire et éviter que les nouvelles normes ne ferment l’accès au marché aux petits exploitants. Des procédures coûteuses ou trop complexes risqueraient de déplacer les circuits plutôt que de les formaliser.
Les prochaines étapes à surveiller sont concrètes : publication des financements et des calendriers, nombre de sites accompagnés, accès des mineurs aux acheteurs légaux, évolution des recettes déclarées et effets sur la sécurité et l’environnement. L’accord ITIE-WGC annonce un cadre de coopération de trois ans. Sa portée en Afrique se mesurera moins à l’étendue des partenariats qu’à leur capacité à rendre l’or traçable sans marginaliser les communautés qui l’extraient.