Un produit peut promettre un teint uniforme et laisser des marques durables. En Côte d’Ivoire, l’alerte porte désormais sur des milliers de cosmétiques classés à risque élevé. Mais identifier un risque ne suffit pas : encore faut-il informer les consommateurs, retirer les produits concernés et contrôler leur retour éventuel sur le marché.

Des produits recensés, mais des suites à préciser

Les chiffres disponibles donnent la mesure du défi. Selon les résultats présentés par l’Autorité ivoirienne de régulation pharmaceutique (AIRP), une campagne menée entre octobre 2024 et décembre 2025 a recensé 11 849 produits et 1 140 opérateurs. Parmi ces références, 2 639 ont été classées à risque élevé. Les produits éclaircissants représentent la catégorie la plus importante, avec 1 969 références, devant notamment les produits destinés au grossissement fessier et ceux présentés comme resserrants ou détoxifiants vaginaux. Le compte rendu des résultats de la campagne de l’AIRP détaille cette classification.

Le classement « à risque élevé » ne signifie pas automatiquement que chaque produit a été interdit, saisi ou confirmé comme toxique. Il signale une catégorie qui appelle une attention renforcée. Cette distinction est essentielle : sans liste publique facilement consultable ni bilan des mesures prises, les consommateurs ne peuvent pas savoir précisément quels produits éviter et lesquels ont été retirés.

En septembre 2026, le Centre d’Éducation Médicale et Citoyenne de Côte d’Ivoire (CEMC-CI) a justement demandé à l’AIRP de préciser le statut des références recensées : régularisées, interdites, saisies, retirées ou détruites. L’organisation réclame aussi des informations régulières sur les contrôles et la surveillance après retrait. Ses demandes de transparence sur le suivi des produits posent une question concrète de santé publique : comment transformer un recensement en protection effective ?

Des atteintes à la peau et des produits artisanaux

Le sujet dépasse les statistiques. Une utilisatrice citée dans le reportage à l’origine de cette alerte décrit des taches apparues sur le cou et les bras après l’usage d’une pommade éclaircissante. Elle raconte aussi les conséquences sur son quotidien et le regard des autres. Son témoignage illustre des séquelles possibles, mais ne permet pas, à lui seul, d’établir la composition du produit ni un diagnostic médical.

Le président du CEMC-CI, Marcelin Doh, affirme que son organisation a pris en charge plus de 250 personnes confrontées à des complications liées à des cosmétiques non conformes. Ce chiffre relève du bilan de l’ONG ; il ne correspond pas à un décompte national publié par les autorités sanitaires. L’organisation alerte aussi sur des préparations artisanales auxquelles seraient ajoutés, selon elle, de l’huile de frein, de l’eau de Javel ou de l’huile moteur. Ces affirmations appellent des contrôles et des analyses de produits, car une composition dangereuse ne peut être confirmée sur la seule base d’un témoignage.

La réglementation ivoirienne encadre déjà les cosmétiques. Le gouvernement a annoncé en 2015 des restrictions visant notamment les produits éclaircissants contenant plus de 2 % d’hydroquinone, ainsi que le mercure et ses dérivés et certains corticoïdes. Le texte gouvernemental présenté à l’époque prévoyait également un dispositif de suivi de la fabrication, de l’importation et de la distribution. L’existence de règles ne garantit toutefois pas leur application à chaque étape de la chaîne commerciale.

Informer sans faire porter toute la charge aux consommateurs

L’AIRP recommande de privilégier les pharmacies et les commerces officiellement déclarés. Les circuits traçables facilitent la vérification d’un produit et offrent davantage de possibilités de recours. Cette précaution ne suffit cependant pas à résoudre le problème : les autorités doivent aussi contrôler les importations, les fabricants, les vendeurs et les annonces diffusées sur les réseaux sociaux.

Les marchés informels et la vente en ligne compliquent la surveillance. Les produits peuvent changer d’emballage ou de nom, tandis que les promesses de transformation rapide attirent des personnes soumises à des normes sociales valorisant certains teints ou certaines apparences. La prévention ne peut donc pas se limiter à avertir les femmes ou à leur demander de mieux choisir. Elle suppose une information accessible, des contrôles cohérents et une prise en charge médicale des personnes touchées.

Le ministère ivoirien de la Santé a lancé en juillet 2025, avec le CEMC-CI, une campagne nationale de prévention. Elle prévoit notamment des actions d’information, la formation de personnels de santé et des consultations. Le ministère rappelle que l’hydroquinone, le mercure et les corticoïdes figurent parmi les substances préoccupantes dans les produits détournés à des fins de dépigmentation. La présentation officielle de cette campagne souligne aussi les dimensions sanitaires, psychologiques et économiques du phénomène.

Un enjeu de contrôle qui dépasse les frontières

La Côte d’Ivoire est un marché important d’Afrique de l’Ouest, où les marchandises circulent entre pays voisins et où les circuits de vente ne s’arrêtent pas aux frontières nationales. La CEDEAO, communauté économique des États de la région, constitue donc un cadre pertinent pour partager des alertes et coordonner la surveillance des produits. Cela ne remplace pas la responsabilité des autorités ivoiriennes : l’AIRP et les services du Commerce, des Douanes et de la santé doivent rendre lisibles leurs rôles et leurs résultats.

À Abidjan, où se concentrent institutions et grands circuits commerciaux, les contrôles peuvent être plus visibles que dans les villes secondaires ou les zones rurales. Pourtant, les produits vendus hors des réseaux formels circulent aussi loin de la capitale économique. La capitale politique, Yamoussoukro, et les administrations nationales ont également un rôle à jouer dans le suivi des décisions et la coordination publique.

Le prochain indicateur à surveiller n’est donc pas seulement le nombre de produits classés à risque. Ce sont les listes effectivement publiées, les retraits confirmés, les saisies, les sanctions et le suivi des personnes affectées. La campagne de sensibilisation engagée en 2025 et le recensement présenté en 2026 donnent des outils de départ. Leur portée dépendra de la transparence des résultats et de contrôles capables d’atteindre aussi les circuits les moins visibles.