À Béjaïa, un chantier minier qui dépasse le seul périmètre de Tala Hamza

Dans la vallée de la Soummam, la question n’est pas seulement celle d’une mine. Elle touche aussi l’eau, les terres agricoles, les routes, l’emploi et la place de l’Algérie dans sa propre stratégie industrielle. À Béjaïa, le projet de zinc et de plomb de Tala Hamza-Oued Amizour est désormais entré dans une phase visible de travaux, après des années de report et de tensions locales.

Ce dossier s’inscrit dans une séquence nationale plus large. Alger pousse depuis plusieurs années ses grands projets miniers, au même titre que Gara Djebilet pour le fer et le complexe phosphatier de l’Est. Depuis le remaniement d’avril 2026, le secteur relève d’un ministère des Mines et des Industries minières distinct, confié à Mourad Hanifi, signe du poids politique donné à cette filière dans la diversification de l’économie algérienne.

Des accès au site aux ouvrages publics, le projet sort du papier

Le 17 mars 2026, le Premier ministre Sifi Ghrieb a lancé à Béjaïa les travaux préparatoires d’accès à la mine, située entre Amizour et Tala Hamza. Les services publics ont ensuite détaillé plusieurs chantiers associés : une ligne à haute tension portée par Sonelgaz, un pont d’accès au-dessus de la RN75 et un échangeur autoroutier. Fin juillet, le Gouvernement a encore cité Tala Hamza parmi les trois mégaprojets miniers stratégiques suivis au niveau central.

Sur le plan industriel, la société mixte Bejaia Zinc & Lead, issue de l’ancienne Western Mediterranean Zinc, porte le projet avec Terramin et les partenaires publics algériens ENOF et ORGM. Le montage capitalistique est resté stable : 49 % pour Terramin, 51 % pour les deux entreprises publiques. Les études actualisées de mars 2026 évoquent une ressource d’environ 53 millions de tonnes de minerai, avec une teneur moyenne de 5,3 % en zinc et 1,3 % en plomb. Le scénario retenu prévoit une exploitation souterraine et une capacité de traitement proche de 2 millions de tonnes par an.

Les ambitions de production restent élevées. Le dossier technique communiqué au printemps 2026 évoque une cible d’environ 170 000 tonnes de zinc et 30 000 tonnes de plomb par an, tandis que l’étude de mars parle d’environ 178 000 tonnes de concentré de zinc et 33 000 tonnes de concentré de plomb. Le coût de démarrage est estimé à quelque 415 millions de dollars, avec près de 40 millions supplémentaires sur la durée d’exploitation. Les écarts entre les formats de présentation relèvent ici de la distinction entre métal contenu et concentré, mais ils confirment l’ordre de grandeur du projet.

Une mine souterraine pour limiter l’empreinte, sans lever toutes les inquiétudes

Le choix d’une mine entièrement souterraine répond à une inquiétude ancienne. Dans la vallée, des habitants et des associations ont dénoncé les risques pour les terres agricoles et les nappes phréatiques, dans une région où l’activité agricole reste structurante pour les familles et les communes. Des mobilisations ont déjà eu lieu, y compris sous forme de rassemblements et de marches de sensibilisation, quand le projet a gagné en visibilité publique dès 2021 et 2022.

Les autorités et l’entreprise mettent désormais en avant un dispositif moins intrusif : extraction souterraine, remblayage en pâte cimentée des galeries, stockage sous terre d’une partie des résidus et transport des concentrés en conteneurs fermés vers le port de Béjaïa. Cette architecture vise à réduire les risques d’affaissement et à limiter les rejets en surface. La promesse est claire, mais sa crédibilité dépendra de la qualité du suivi environnemental, du contrôle de l’eau et de la transparence sur les rejets réels.

Pour la wilaya de Béjaïa, l’enjeu est double. D’un côté, le chantier peut créer des emplois directs et indirects, dynamiser la logistique portuaire et renforcer le tissu industriel local. De l’autre, il impose des arbitrages sensibles entre activité minière, agriculture de vallée, sécurité hydrique et acceptabilité sociale. Dans une économie où le formel et l’informel cohabitent fortement, ce type de projet peut irriguer les services, le transport et la sous-traitance. Il peut aussi cristalliser les craintes si les habitants ont le sentiment que les bénéfices partent vite et que les contraintes restent sur place.

Un test pour l’Algérie minière, observé bien au-delà de Béjaïa

Tala Hamza-Oued Amizour est devenu un test de méthode pour Alger. Le pays veut réduire sa dépendance aux hydrocarbures sans renoncer à une lecture souveraine de ses ressources. Dans ce cadre, le minerai n’est plus seulement une matière première exportée. Il devient un levier de transformation industrielle, à condition que les infrastructures suivent, que le financement se stabilise et que les contestations locales soient traitées sérieusement.

Le projet résonne aussi à l’échelle nord-africaine et continentale. Il rappelle que la question minière ne se limite pas à la ressource sous terre. Elle engage les routes, l’énergie, l’eau, les ports, les normes environnementales et la répartition de la valeur. Pour l’Union africaine et les économies voisines, le dossier algérien illustre une tendance plus large : les États cherchent à capter davantage de valeur locale sur les minerais stratégiques, tout en affrontant des attentes sociales plus élevées sur la protection des territoires.

La suite se jouera sur trois temporalités. D’abord, la finition des accès et des ouvrages énergétiques à Béjaïa. Ensuite, le bouclage du financement de long terme, encore en discussion avec une banque publique algérienne. Enfin, la montée en cadence du chantier souterrain, qui dira si Tala Hamza devient un symbole de relance minière maîtrisée ou un nouveau dossier suspendu entre promesse industrielle et vigilance locale.