En Algérie, l’école doit désormais relever un double défi : accueillir une population scolaire nombreuse et mieux relier les apprentissages aux compétences recherchées demain. Les annonces de réforme dessinent cette ambition. Leur portée dépendra toutefois de leur mise en œuvre dans les établissements, de la formation des enseignants et des moyens disponibles sur l’ensemble du territoire.
Une école de grande taille à faire évoluer
Le 5 octobre 2026, à Alger, le ministre de l’Éducation nationale, Mohammed Seghir Sadaoui, a défendu la modernisation de l’école à l’occasion de la Journée mondiale des enseignants. Le chantier annoncé touche aux programmes, aux méthodes pédagogiques, aux équipements et au cadre scolaire. Il intervient dans un système qui scolarise près de 12 millions d’élèves, selon les données rapportées par le ministère dans les éléments communiqués cette année.
L’effort matériel reste considérable. Les autorités ont recensé plus de 30 000 établissements publics et prévu 150 milliards de dinars d’autorisations d’engagement pour la construction scolaire dans la loi de finances 2026, contre 67 milliards en 2025. Ces crédits visent à répondre à la hausse des effectifs et aux besoins en infrastructures. Ils ne renseignent pas, à eux seuls, sur les délais de livraison ni sur la répartition des équipements entre les régions.
Cette question territoriale compte. Une salle informatique ou un club scientifique n’offre pas les mêmes possibilités lorsqu’il manque du matériel, une connexion fiable ou un enseignant formé. La modernisation se mesurera donc autant à l’accès concret des élèves qu’aux annonces nationales.
Du programme scolaire aux compétences pratiques
Pour la rentrée 2026-2027, le ministère a confirmé l’introduction de l’anglais dès la troisième année du primaire. Le français commence désormais en quatrième année, tandis que l’anglais est renforcé au collège. Au secondaire, l’informatique a été introduite dans certaines filières scientifiques et techniques. Le ministère prévoit aussi une filière informatique dédiée à partir de 2027-2028.
Ces changements s’inscrivent dans une évolution des parcours, mais leur effet dépendra de leur articulation avec les autres apprentissages. Enseigner une langue ou une discipline informatique ne suffit pas à garantir la maîtrise de compétences pratiques. Il faut du temps pour manipuler, expérimenter et résoudre des problèmes, ainsi qu’un accompagnement pédagogique adapté.
Des initiatives donnent déjà une place à l’expérimentation. En avril, la première édition du concours national de l’innovation scolaire, consacrée à la robotique, a réuni 742 projets d’élèves du primaire, du moyen et du secondaire. Le ministère a par ailleurs fait état de 99 clubs d’intelligence artificielle et de 95 clubs de robotique. Ces chiffres témoignent d’un intérêt institutionnel et de l’engagement d’élèves ; ils ne permettent pas encore de mesurer combien d’établissements disposent d’activités régulières ni combien de jeunes peuvent y participer.
Le sujet rejoint la stratégie nationale d’intelligence artificielle examinée par le gouvernement le 25 mai 2026. Celle-ci s’appuie notamment sur les données, les infrastructures numériques et les compétences humaines. En septembre, le ministère de l’Enseignement supérieur a indiqué que sa mise en œuvre entrait dans une nouvelle phase, avec des projets de recherche prévus à partir d’octobre. Le lien entre école, université et économie numérique devient donc un enjeu de continuité, et non une simple question de programme scolaire.
Les acquis de base restent déterminants
La place croissante du numérique ne fait pas disparaître les difficultés dans les apprentissages fondamentaux. Le rapport annuel 2024 de la Cour des comptes algérienne signale un recours important aux cours particuliers. Il cite notamment le français, matière pour laquelle 74,5 % des élèves de cinquième année primaire concernés par les données examinées auraient suivi un soutien supplémentaire. Le rapport relie ce phénomène à plusieurs facteurs, dont les difficultés de compréhension et la pression autour des résultats scolaires.
Ce constat invite à regarder au-delà des seuls clubs et concours. Si les familles qui le peuvent compensent les lacunes par des cours payants, l’accès aux compétences dépend aussi des ressources du foyer. L’enjeu est alors de renforcer l’accompagnement au sein de l’école, sans opposer les matières générales aux apprentissages technologiques.
Le marché du travail donne une autre mesure de l’urgence, sans établir de lien mécanique entre études et chômage. Selon les données de l’OIT reprises par la Banque mondiale, le chômage des 15-24 ans en Algérie s’établissait à environ 29,4 % en 2025. Cet indicateur concerne les jeunes actifs qui cherchent un emploi ; il ne décrit ni tous les jeunes ni, à lui seul, les causes de leurs difficultés d’insertion.
La mise en œuvre, prochain test de la réforme
Pour les élèves, l’enjeu sera de transformer les annonces en apprentissages accessibles et durables. Pour les enseignants, cela suppose des programmes cohérents, du matériel utilisable et une formation continue. Pour les familles, la qualité de l’école publique pèse aussi sur le besoin de recourir au soutien privé. Enfin, les employeurs et les établissements de formation auront un rôle dans la transition entre compétences acquises et besoins réels des secteurs d’activité.
À l’échelle régionale, l’Algérie est membre de l’Union du Maghreb arabe (UMA), organisation de coopération entre pays d’Afrique du Nord. L’ambition de développer les compétences numériques rejoint des enjeux partagés dans la région : former des jeunes, soutenir l’innovation et faciliter les échanges de savoir-faire. Mais les trajectoires nationales et les dispositifs éducatifs restent différents ; les comparaisons doivent tenir compte de ces écarts.
La prochaine étape sera d’observer comment les nouveaux choix pédagogiques se déploient dans les classes, puis comment ils s’articulent avec la stratégie d’intelligence artificielle et la formation professionnelle. En Algérie, l’enjeu n’est plus seulement d’ouvrir l’accès à l’école. Il est de faire en sorte que chaque élève, à Alger comme dans les autres wilayas, puisse acquérir les bases et les compétences pratiques qui lui permettront de poursuivre ses études et de trouver sa place dans une économie en transformation.