Pour un ménage algérien, passer à la fibre ne se résume pas à voir un nouveau câble arriver dans la rue. Il faut aussi pouvoir se raccorder, payer l’abonnement et obtenir une connexion stable. Le franchissement du seuil de quatre millions d’abonnements FTTH marque une avancée importante, mais ne suffit pas, à lui seul, à mesurer l’accès réel au très haut débit.

Un marché fixe encore partagé entre plusieurs technologies

L’internet fixe en Algérie s’appuie encore sur plusieurs réseaux. L’ADSL utilise les lignes téléphoniques en cuivre. La 4G LTE fixe relie les foyers à internet par le réseau mobile. Le FTTH, ou fibre jusqu’au domicile, amène quant à lui la fibre optique au logement.

Ces technologies coexistent pendant la migration progressive du cuivre vers la fibre. Elle s’inscrit dans un chantier national de modernisation des télécommunications, avec des effets attendus pour les administrations, les entreprises et les particuliers. L’enjeu est aussi territorial : la progression du nombre de clients ne dit pas si les quartiers éloignés des grandes villes bénéficient du même rythme de raccordement.

Les données de l’Autorité de régulation de la poste et des communications électroniques (ARPCE) donnent un point de comparaison. Au troisième trimestre 2025, l’Algérie comptait 2 565 347 abonnements FTTH, contre 2 204 319 en ADSL et 2 045 253 en 4G LTE fixe. La fibre était alors la première technologie fixe prise séparément, sans représenter la majorité du marché. Le pays totalisait 6 819 233 abonnements fixes, toutes technologies confondues. Les indicateurs de l’ARPCE sur le marché algérien de l’internet permettent ainsi de distinguer l’essor de la fibre de la croissance de l’ensemble des accès.

Une hausse rapide, portée par les raccordements

Le ministre de la Poste et des Télécommunications, Sid Ali Zerrouki, a annoncé le 11 octobre 2026 que le seuil des quatre millions d’abonnements à la fibre jusqu’au domicile avait été atteint au début du mois. Il a retracé une progression allant de 53 000 abonnements en juin 2020 à environ 1,08 million fin 2023, puis 1,7 million fin 2024 et 2,6 millions en décembre 2025. Ces chiffres ont été rapportés par l’agence de presse publique algérienne, l’APS.

Selon le ministre, 1,4 million de foyers supplémentaires ont été raccordés au cours des neuf premiers mois de 2026. Les autorités visent plus de 4,4 millions d’abonnements avant la fin de l’année, puis 300 000 raccordements au premier trimestre 2027. Ce sont des objectifs annoncés, et non des résultats déjà atteints. L’annonce de l’APS sur le cap des quatre millions attribue ces données au ministre.

La baisse des prix constitue l’autre indicateur mis en avant par les autorités. D’après Sid Ali Zerrouki, l’offre mensuelle d’au moins 100 mégabits par seconde est passée de 9 999 dinars en 2020 à 2 400 dinars en octobre 2026, soit une baisse annoncée de 76 %. Cette comparaison porte sur le tarif communiqué pour cette offre. Elle ne renseigne pas, à elle seule, sur le coût total des services numériques pour les ménages ni sur les éventuels frais et conditions de raccordement.

Le nombre d’abonnements ne mesure pas toute la qualité d’accès

La progression du FTTH élargit les possibilités de connexion pour les foyers raccordés. Une liaison fixe plus rapide peut faciliter le télétravail, l’enseignement en ligne, l’usage de services publics numériques et les activités des petites entreprises. Mais ces bénéfices dépendent aussi de la régularité du service, du délai d’intervention en cas de panne et de la capacité des ménages à payer leur abonnement.

Il faut également distinguer un abonnement d’une couverture universelle. Le chiffre national annoncé ne précise pas la répartition des raccordements entre Alger et les autres villes, ni entre centres urbains et zones moins densément peuplées. Il ne mesure pas non plus les foyers qui disposent d’un accès possible mais n’ont pas souscrit. Ces limites invitent à suivre, en parallèle, les indicateurs de couverture, de qualité et d’usage.

La série trimestrielle publiée par l’ARPCE aide à replacer l’annonce dans le temps. À la fin du troisième trimestre 2025, elle comptabilisait près de 6,82 millions d’abonnements fixes, dont environ 2,57 millions en fibre. Le chiffre de quatre millions communiqué pour octobre 2026 signale donc un changement d’échelle, mais les périodes et les sources diffèrent : le premier est un relevé réglementaire trimestriel, le second une annonce ministérielle. Ils ne doivent pas être confondus avec une mesure de la qualité ressentie par les utilisateurs.

La prochaine étape : achever la migration sans laisser de zones à l’écart

Le programme annoncé associe la poursuite des raccordements à la transition des réseaux en cuivre et au développement des capacités nationales d’accès et de connexion internationale. Réussir cette étape suppose de convertir les objectifs chiffrés en service fiable, y compris hors des quartiers les plus faciles à desservir. Pour les entreprises, la stabilité de la connexion compte autant que le débit affiché ; pour les ménages, l’accessibilité financière et la continuité du service restent déterminantes.

À l’échelle régionale, l’Algérie cherche à renforcer ses infrastructures numériques et ses liaisons avec l’extérieur. Une capacité accrue peut soutenir les échanges de données et les services en ligne, mais les annonces disponibles ne précisent pas encore les effets attendus sur les usages transfrontaliers. La prochaine échéance concrète est l’objectif gouvernemental de dépasser 4,4 millions d’abonnements avant le 31 décembre 2026. Les données de l’ARPCE permettront ensuite de vérifier la progression du parc, tandis que la répartition géographique et la qualité effective resteront essentielles pour juger de la portée du chantier.