Dans plusieurs régions africaines, le défi sanitaire ne consiste plus seulement à disposer de vaccins. Il faut encore atteindre les enfants absents des circuits de soins, sécuriser les frontières et financer durablement les campagnes. Les dernières initiatives menées en Ouganda, en Éthiopie et en République démocratique du Congo illustrent cette course contre les ruptures de protection.
Les enfants oubliés restent au cœur de la bataille vaccinale
En Ouganda, les autorités ont lancé début octobre 2026 une campagne nationale contre la rougeole et la rubéole. Elle vise près de 7,9 millions d’enfants âgés de 9 à 59 mois dans les 146 districts et villes du pays.
Cette opération répond à une alerte précise. En 2025, l’Ouganda a confirmé 66 flambées de rougeole. Parmi les cas étudiés, 64 % des enfants n’avaient reçu aucune dose de vaccin. Aucun des enfants concernés n’avait reçu les deux doses recommandées contre la rougeole et la rubéole.
Ces données déplacent le débat. Le problème ne se résume pas à une hésitation des familles. Il tient aussi à la capacité des services de santé à atteindre les quartiers éloignés, les zones pastorales et les communautés mal desservies. En Karamoja, une analyse des décès liés à la rougeole a montré que 92 % des enfants décédés n’avaient jamais été vaccinés.
La même logique apparaît en Éthiopie. Une campagne de vaccination orale contre la poliomyélite a ciblé 1 029 048 enfants dans les régions de Gambella et de Benishangul-Gumuz, ainsi que dans deux zones de l’Oromia. Les équipes ont annoncé avoir vacciné 1 048 555 enfants, soit une couverture administrative de 102 %.
Un taux supérieur à 100 % ne signifie pas que chaque enfant a reçu une dose supplémentaire. Il peut traduire une estimation initiale trop basse de la population cible. Dans les zones frontalières, les déplacements, les camps de réfugiés et la mobilité des familles compliquent souvent le décompte.
L’Éthiopie coordonne aussi ses efforts avec le Soudan du Sud. Cette coopération vise à limiter la circulation transfrontalière des poliovirus, notamment dans les communautés proches de Gambella. Dans ces espaces, une campagne nationale isolée ne suffit pas. La protection dépend de la continuité des interventions de part et d’autre de la frontière.
La RDC face à une épidémie d’Ebola et à une pénurie de moyens
En République démocratique du Congo, l’épidémie due au virus Ebola Bundibugyo reste le dossier le plus lourd de cette séquence sanitaire. Au 30 septembre 2026, l’Organisation mondiale de la santé faisait état de 7 773 cas et de 3 759 décès dans sept provinces et 63 zones de santé. Le taux de létalité atteignait 48,4 %.
Ces chiffres sont attribués au bilan de surveillance de l’OMS. Ils doivent être distingués de l’affirmation d’un dépassement de 8 000 cas confirmés, qui n’est pas établie par les données publiques consultées. Cette précision est importante dans une crise où les bilans évoluent rapidement et peuvent mélanger cas confirmés, probables et suspects.
La surveillance constitue l’un des principaux remparts. Elle permet de repérer les alertes, d’enquêter sur les cas suspects et de suivre les personnes contacts. Mais elle dépend de la confiance des communautés. Une famille qui tarde à signaler un malade peut retarder toute la chaîne de réponse.
La prise en charge reste tout aussi décisive. L’OMS insiste sur l’arrivée précoce des patients dans des structures capables de les stabiliser et de fournir de l’oxygène. L’équipement ne remplace pas le personnel. Le plan de riposte révisé évaluait les besoins à 9 000 agents, contre environ 4 000 disponibles selon les éléments rapportés dans le dossier.
Pour les Congolais vivant dans les zones touchées, l’épidémie ajoute une contrainte à des services déjà sollicités. Les difficultés de transport, l’insécurité et le manque de soignants peuvent retarder la recherche des contacts, les soins courants et le traitement des autres maladies. La réponse ne se limite donc pas à interrompre la transmission d’Ebola. Elle doit aussi préserver l’accès aux soins ordinaires.
Produire, diagnostiquer et surveiller davantage sur le continent
Au Kenya, la stratégie de santé 2026-2030 fixe l’objectif de produire localement au moins 50 % des produits de santé essentiels d’ici 2030. Le pays associe cette ambition industrielle au contrôle de la qualité. Treize nouvelles entreprises pharmaceutiques ont commencé leurs activités et plus de 2 200 produits non conformes ont été retirés du marché, selon les informations communiquées dans le cadre de cette stratégie.
Cette orientation répond à une vulnérabilité révélée par les crises récentes. Lorsque les chaînes d’approvisionnement mondiales se tendent, les pays importateurs subissent les retards, les hausses de prix et les ruptures. La production locale ne règle pas tout. Elle suppose des laboratoires fiables, des normes communes, des financements et un marché suffisamment structuré.
En Éthiopie, le renforcement des laboratoires et la surveillance intégrée de la santé humaine et animale poursuivent le même objectif. Cette approche, souvent appelée « Une seule santé », considère que les risques sanitaires circulent entre les personnes, les animaux et l’environnement. Elle doit améliorer la détection des épidémies avant leur extension.
Un autre outil cherche à rapprocher le dépistage des femmes enceintes. Un dispositif proposé au coût d’environ un dollar peut rechercher simultanément le VIH, la syphilis et l’hépatite B. Son intérêt tient à la possibilité d’utiliser une seule visite prénatale pour dépister trois infections.
Le test ne produira toutefois un bénéfice réel que si les femmes positives accèdent rapidement à une confirmation, à un traitement et à un suivi. Le dépistage constitue une porte d’entrée. Il ne doit pas devenir une étape isolée sans prise en charge derrière.
Le financement déterminera la portée des progrès
La question budgétaire traverse toutes ces initiatives. L’Alliance des dirigeants africains contre le paludisme estime qu’une baisse de 30 % des financements pourrait provoquer 146 millions de cas supplémentaires et près de 400 000 décès additionnels d’ici 2030. L’OMS avance une estimation proche, avec 397 000 décès évitables.
Ces chiffres sont des projections, non un bilan déjà enregistré. Ils montrent cependant le coût potentiel d’un recul des investissements dans les moustiquaires, le diagnostic, les traitements et la prévention saisonnière. Les pays africains demandent donc des financements nationaux plus importants, mais aussi une aide extérieure prévisible sur plusieurs années.
Cette exigence concerne directement la RDC et ses voisins de la Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC. Les épidémies, les mouvements de population et les chaînes d’approvisionnement dépassent les frontières administratives. La surveillance, la vaccination et la production médicale gagnent à être coordonnées à l’échelle régionale.
Le prochain enjeu sera de transformer les campagnes ponctuelles en systèmes durables. Atteindre un enfant pendant une opération de masse est nécessaire. Le protéger ensuite grâce à la vaccination de routine, à un centre de santé accessible et à un financement stable sera la véritable mesure du progrès.