À Ekurhuleni, les prochains mégawatts ne viendront plus uniquement de l’opérateur public Eskom. Le projet place une grande municipalité au cœur d’un changement qui touche déjà les entreprises sud-africaines : acheter de l’électricité à plusieurs producteurs pour mieux sécuriser l’approvisionnement.

Un feu vert ministériel pour diversifier l’approvisionnement

Le 19 octobre 2026, le ministre sud-africain de l’Électricité et de l’Énergie, Kgosientsho Ramokgopa, a annoncé à Pretoria l’autorisation donnée à la municipalité métropolitaine d’Ekurhuleni de se procurer jusqu’à 2 400 mégawatts auprès de producteurs indépendants. Cette décision, prise au titre de l’article 34 de la loi sur la régulation de l’électricité, ouvre la voie à de nouveaux projets, mais ne signifie pas que toute cette capacité est déjà construite ou raccordée.

Le programme prévoit 1 237 MW solaires, 780 MW au gaz naturel, 183 MW issus de la valorisation énergétique des déchets et 200 MW réservés à des technologies innovantes. Une partie de la production solaire et gazière sera intégrée au réseau local ou acheminée par le réseau national. La ville restera donc connectée à Eskom, même si elle entend réduire sa dépendance à ses achats en gros.

Les autorités municipales estiment que le portefeuille pourrait attirer 6,2 milliards de rands d’investissements dans les infrastructures et générer 36 milliards de rands d’économies sur vingt ans. Ce sont des projections, non des gains déjà réalisés. Des médias sud-africains rapportent que les premières phases pourraient démarrer en 2027 et que la pleine capacité est visée d’ici 2030. La réalisation dépendra notamment des contrats, du financement et des raccordements.

Les municipalités entrent dans le jeu énergétique

Ekurhuleni, grand pôle industriel de la province du Gauteng, rejoint une dynamique municipale encore récente. La ville de eThekwini, qui comprend Durban, a obtenu l’autorisation de rechercher 400 MW. Au Cap, deux contrats d’achat d’électricité totalisant 70 MW solaires ont été annoncés le 31 août 2026. Ces expériences restent distinctes par leur calendrier et leur ampleur, mais elles signalent un déplacement : les villes ne veulent plus seulement distribuer l’électricité d’Eskom, elles cherchent aussi à diversifier les sources d’approvisionnement.

Les entreprises ont ouvert la voie. Des groupes miniers et industriels ont conclu des accords avec des producteurs privés, notamment pour des projets renouvelables. Mais l’échelle municipale change la portée du débat. Les villes achètent de l’électricité en gros, gèrent des réseaux de distribution et facturent les ménages comme les commerces. Leur capacité à diversifier leurs fournisseurs peut donc influencer à la fois la continuité du service et le coût de l’électricité locale.

La municipalité d’Ekurhuleni avait auparavant annoncé un mécanisme de compte séquestre pour sécuriser les paiements aux producteurs et faciliter le financement. Ce type de garantie répond à une question concrète des investisseurs : comment s’assurer que les ventes d’électricité seront payées sur la durée du contrat ? Il ne règle toutefois ni les délais de construction, ni les risques liés aux tarifs, ni les contraintes techniques du réseau.

Des économies annoncées, des bénéfices à vérifier

Pour les résidents, l’enjeu est de savoir si la diversification se traduira par une facture plus prévisible ou moins élevée. Le maire d’Ekurhuleni évoque des économies potentielles pouvant atteindre 31 % pour certains consommateurs. Cette estimation dépend de la mise en service des installations, des coûts des contrats et de la manière dont les gains seront répercutés sur les tarifs. Les ménages ne bénéficieront donc pas automatiquement des économies projetées.

Les effets pourraient aussi varier selon les secteurs. Les usines, les commerces et les grands consommateurs ont besoin d’une alimentation régulière pour planifier leur activité. Une production diversifiée peut réduire leur exposition à une source unique. Mais les quartiers résidentiels, les petites entreprises et les travailleurs de l’économie informelle dépendront toujours de la qualité du réseau local et de la politique tarifaire municipale. La disponibilité d’électricité supplémentaire ne garantit pas, à elle seule, un service plus abordable ou plus fiable dans chaque zone.

Le bouquet énergétique soulève également des choix de long terme. Le solaire peut réduire le recours aux centrales fossiles, mais sa production varie avec l’ensoleillement et nécessite des solutions de flexibilité ou de stockage. Le gaz peut fournir une énergie pilotable, mais il maintient une dépendance aux combustibles fossiles. La valorisation des déchets peut associer production énergétique et gestion urbaine, à condition que les projets soient techniquement viables et que leurs effets environnementaux soient suivis.

Un test pour la transition énergétique sud-africaine

La réforme met à l’épreuve la capacité des municipalités à organiser des achats complexes, surveiller les contrats et intégrer de nouveaux producteurs sans fragiliser leurs finances. À Ekurhuleni, la municipalité affirme vouloir mobiliser des investissements privés plutôt que financer seule toutes les installations. La répartition des risques, les règles de raccordement et la transparence des tarifs seront déterminantes pour que ce montage serve aussi l’intérêt des usagers.

Le précédent compte au-delà du Gauteng. En Afrique australe, les réseaux électriques et les échanges régionaux relient plusieurs pays au sein de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC). La diversification de l’offre sud-africaine peut renforcer la résilience du système national, mais l’annonce d’une capacité municipale n’équivaut pas à une production disponible pour les voisins. Il faudra d’abord construire les centrales, les raccorder et répondre à la demande locale.

La prochaine étape se mesurera moins aux mégawatts annoncés qu’aux projets effectivement financés, aux chantiers engagés et à l’électricité livrée. Pour les habitants, le critère sera plus immédiat : la fiabilité du service et l’évolution des factures. Pour l’Afrique du Sud, l’expérience dira si les municipalités peuvent devenir des acheteurs d’énergie capables de compléter, plutôt que simplement contourner, le système national.

La décision annoncée le 19 octobre a été rapportée par SAnews et recoupée par The Citizen. La municipalité a présenté son mécanisme de financement dans un communiqué sur son programme de producteurs indépendants. Les contrats solaires du Cap sont détaillés par la municipalité du Cap, tandis que le cadre d’approvisionnement de eThekwini figure dans son document budgétaire à moyen terme.