Près de six passagers sur dix transitent par Casablanca ou Marrakech. Cette concentration donne une place centrale à ces deux aéroports dans la mobilité du Maroc, mais elle pose aussi une question pratique : comment accompagner la hausse du trafic sans laisser les autres régions à l’écart des liaisons aériennes et des investissements ?

Un réseau dominé par deux grandes plateformes

Entre janvier et septembre 2026, les aéroports marocains ont accueilli 29 330 764 passagers, soit 8,74 % de plus qu’à la même période en 2025. Les chiffres de l’Office national des aéroports (ONDA), repris par SNRT News à partir de la dépêche de la MAP, sont également rapportés par le média marocain LeBrief.

Casablanca Mohammed V arrive en tête avec 9,36 millions de voyageurs. Marrakech-Ménara suit avec 8,11 millions. Ensemble, les deux plateformes ont donc traité environ 17,47 millions de passagers, près de 60 % du total national. Agadir-Al Massira en a accueilli 2,79 millions, Tanger Ibn Battouta 2,33 millions et Rabat-Salé 1,90 million.

La hausse ne se limite pas aux deux premiers aéroports. Elle touche à la fois les vols internationaux et les déplacements intérieurs. Le trafic international a atteint 26,15 millions de passagers, en progression de 8,73 %. Le trafic domestique a augmenté de 8,88 %, à 3,18 millions. Cette croissance comparable en pourcentage ne signifie toutefois pas que les deux marchés pèsent autant : les liaisons internationales représentent l’essentiel de l’activité.

Une croissance portée par les liaisons internationales

L’Europe reste de loin le premier marché international du Maroc. Elle représente 21,67 millions de passagers sur neuf mois, en hausse de 9,05 %. Les liaisons avec l’Afrique ont progressé de 13,62 %, à 1,58 million de voyageurs. Celles avec l’Amérique du Nord ont augmenté de 13,23 %, à 771 932 passagers. Les chiffres publiés indiquent donc une progression de plusieurs marchés, même si leurs volumes restent très différents.

Sur l’ensemble du réseau, les mouvements d’avions ont atteint 214 607, soit 9,70 % de plus qu’un an auparavant. Le fret aérien a, lui aussi, progressé : 83 744,45 tonnes, en hausse de 14,29 %. Ces indicateurs élargissent la lecture du trafic. Les plateformes servent les voyageurs, mais aussi les échanges de marchandises et les activités qui dépendent de leur acheminement rapide.

La croissance du trafic passagers n’est donc qu’une partie de l’équation. La capacité des terminaux, la gestion des mouvements d’avions et le traitement du fret doivent suivre. Les investissements dans les aéroports devront répondre à ces besoins, tout en tenant compte des écarts de fréquentation entre plateformes.

La desserte régionale, autre mesure de la performance

Un grand aéroport concentre les vols et peut faciliter les correspondances. Mais pour les voyageurs, l’accès au réseau dépend aussi de la présence de liaisons adaptées depuis leur ville. La fréquence des vols, leur coût et les connexions disponibles ne sont pas les mêmes partout. Les habitants des grandes métropoles et des destinations touristiques ne rencontrent donc pas nécessairement les mêmes choix que ceux des villes moins desservies.

Les volumes de fréquentation ne suffisent pas à mesurer cette accessibilité. Ils ne précisent ni le nombre de destinations directes, ni la fréquence des liaisons, ni leur prix. Ils ne permettent pas non plus de conclure que les aéroports moins fréquentés seraient sous-utilisés : leur rôle peut dépendre des déplacements locaux, des saisons et des besoins économiques propres à chaque région.

Pour les décideurs, l’enjeu est ainsi double. Il faut accroître la capacité là où la demande est la plus forte, notamment à Casablanca et Marrakech, tout en examinant les besoins du reste du réseau. Une desserte plus équilibrée ne suppose pas de répartir mécaniquement les investissements à parts égales. Elle demande d’évaluer les liaisons utiles aux populations et aux économies régionales, ainsi que les moyens de les relier aux grands pôles.

Un enjeu marocain aux résonances régionales

Le débat s’inscrit dans la trajectoire d’un Maroc qui renforce ses connexions aériennes avec l’Europe, le continent africain et l’Amérique du Nord. La hausse du trafic avec l’Afrique est notable, mais son volume demeure bien inférieur à celui des liaisons européennes. Les données disponibles décrivent une progression, pas encore une répartition équilibrée des flux entre les marchés.

À l’échelle nord-africaine, les déplacements aériens dépendent aussi de la coopération entre pays. L’Union du Maghreb arabe (UMA) réunit le Maroc et ses voisins autour d’un cadre régional, mais la seule hausse du trafic ne permet pas d’évaluer l’état de l’intégration ni la facilité des déplacements transfrontaliers. Les statistiques publiées distinguent par ailleurs le Maghreb des autres marchés africains : elles font état de 396 080 passagers avec les pays du Maghreb, tandis que le chiffre de 1,58 million concerne la catégorie Afrique.

La prochaine étape sera de voir comment les capacités annoncées ou engagées se traduiront concrètement dans les différentes plateformes. Les prochains chiffres permettront de suivre si la croissance se poursuit et si elle s’accompagne d’une meilleure connectivité au-delà de Casablanca et Marrakech. Pour le Maroc, la réussite du réseau ne se mesurera pas uniquement au nombre de passagers accueillis, mais aussi à la qualité des liaisons offertes aux voyageurs et aux territoires.