Le gaz, nerf discret de la puissance ivoirienne
À Abidjan, les lumières restent allumées parce qu’un sous-sol offshore alimente des centrales, des usines et des exportations régionales. En Côte d’Ivoire, le gaz n’est plus seulement une ressource énergétique : il soutient une partie de l’équilibre économique du pays, dont la capitale politique est Yamoussoukro et le cœur industriel reste Abidjan. Le gouvernement ivoirien présente d’ailleurs le pays comme un futur hub énergétique d’Afrique de l’Ouest, capable d’alimenter plusieurs voisins en électricité.
Dans ce paysage, l’opération annoncée autour du bloc CI-27 n’a rien d’anecdotique. Elle s’inscrit dans une séquence où les acteurs indépendants cherchent des actifs déjà en production, moins volatils que les paris d’exploration. Pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu est concret : sécuriser des volumes de gaz qui font tourner les turbines, alors que le pays continue d’investir pour renforcer son rôle de plateforme énergétique régionale, dans l’espace CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest.
Ce que change l’entrée de Panoro dans CI-27
La transaction porte sur une participation indirecte de 9,09 % dans CI-27, au large de la Côte d’Ivoire, pour un montant d’environ 86,5 millions de dollars selon DNO, dont 65,1 millions en cash et 7 millions d’actions Panoro. L’accord, annoncé le 19 août 2026, devait être finalisé à la mi-septembre 2026. DNO indique aussi que le bloc CI-27 lui apportait environ 3 287 barils équivalent pétrole par jour en 2025. Panoro a, de son côté, confirmé que l’acquisition s’inscrivait dans son portefeuille africain et dans sa trajectoire de croissance.
Le bloc CI-27 est opéré par Foxtrot International avec PETROCI et SECI parmi les partenaires. ANARE-CI, le régulateur ivoirien du secteur, rappelle que le contrat de vente et d’achat de gaz naturel issu de ce bloc prévoit une obligation minimale d’enlèvement de 140 millions de pieds cubes par jour selon le principe du take-or-pay : l’acheteur paie même s’il ne retire pas tout le volume contractuel. Ce mécanisme protège les revenus du producteur et réduit l’exposition aux à-coups des cours mondiaux.
Les données publiques du ministère ivoirien de l’Énergie montrent que CI-27 reste un actif majeur du pays. Le même ministère fait état d’une production nationale de pétrole brut et de gaz en progression, tandis que la plate-forme officielle du gouvernement rappelle qu’en 2026, 70 % de l’électricité ivoirienne provient du gaz naturel. L’État cherche donc moins une rente spectaculaire qu’une sécurité d’approvisionnement, indispensable pour les ménages, les entreprises et les centrales thermiques qui soutiennent le réseau.
Un actif utile à l’Ivoirien, stratégique pour la région
Pour les Ivoiriens, l’enjeu se lit d’abord dans la continuité du service. Quand le gaz circule sans rupture, l’électricité suit, les coûts de production restent plus maîtrisés et l’industrie respire mieux. Pour l’État, c’est aussi un levier budgétaire et diplomatique. La Côte d’Ivoire exporte déjà de l’électricité vers ses voisins, notamment le Mali, le Burkina Faso, le Ghana, le Libéria, le Bénin, la Guinée et la Sierra Leone selon les documents publics du programme énergétique régional. Cette interconnexion fait du pays un maillon important de la CEDEAO, où l’énergie reste un instrument de stabilité autant qu’un marché.
Le gouvernement ivoirien a encore renforcé ce récit en 2026, en réaffirmant à Washington que le gaz naturel devait devenir un pilier de la souveraineté énergétique du pays. Dans le même temps, il a mobilisé de nouveaux financements pour moderniser le réseau et consolider les échanges d’électricité dans la sous-région. L’arrivée de Panoro dans CI-27 s’inscrit donc dans un mouvement plus large : celui d’un État qui veut garder la main sur sa sécurité énergétique, tout en ouvrant la porte à des opérateurs capables d’investir vite dans des champs en production.
Reste la question de la durée. Panoro dit chercher des actifs générateurs de trésorerie, faciles à intégrer à un portefeuille dominé jusque-là par le pétrole brut en Guinée équatoriale, au Gabon et en Tunisie. Mais en Côte d’Ivoire, la valeur de CI-27 dépasse la logique de rendement d’un groupe coté à Oslo. Le bloc touche au fonctionnement quotidien du pays, à la compétitivité de son économie et à sa capacité à peser dans l’architecture énergétique ouest-africaine. C’est là que l’opération prend sa portée continentale : dans une Afrique où la maîtrise de l’énergie conditionne désormais autant la croissance que l’influence régionale.