Une CAN plus large, c’est plus de places, mais aussi plus de pression

Le football africain change de gabarit. Quand la phase finale de la Coupe d’Afrique des nations s’ouvre un peu plus largement, ce n’est pas seulement une question de calendrier ou de chiffres. C’est aussi une bataille pour plus d’exposition, plus de revenus et plus de chances pour des sélections qui se battent souvent avec des moyens inégaux. Dans ce dossier, la prochaine édition prévue en Afrique de l’Est devient un test majeur pour l’organisation, les stades, les transports et la qualité sportive.

La CAN 2027 sera coorganisée par le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda, sous le label PAMOJA, un terme swahili qui signifie « ensemble ». La CAF a déjà mis en place un comité de supervision commun avec les autorités et les fédérations des trois pays. Elle a aussi confirmé que la compétition se jouera du 19 juin au 17 juillet 2027. Autrement dit, la préparation ne se limite plus à un pays hôte, mais à un dispositif régional qui engage trois administrations, trois calendriers et trois réseaux d’infrastructures.

Ce que la CAF a annoncé à Johannesburg

Mercredi 22 juillet 2026, à Johannesburg, Patrice Motsepe a confirmé que la CAN 2027 passera de 24 à 28 équipes. La nouvelle formule doit entrer en vigueur dès l’édition organisée par le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda. La CAF n’a pas encore détaillé le format exact ni les règles de qualification, ce qui laisse ouverte une question sensible : comment répartir les places, avec quels barrages, et selon quel équilibre entre compétitivité et ouverture.

Ce point n’est pas secondaire. Les coorganisateurs devraient bénéficier d’une qualification automatique, comme le prévoit la logique habituelle d’un tournoi coorganisé, ce qui réduit d’autant les places disponibles pour les autres nations. La CAF a déjà lancé les éliminatoires et fixé le tirage au sort au 19 mai 2026, preuve que le chantier était engagé avant l’annonce finale sur l’élargissement. Le reste devra être tranché vite, car un tournoi à 28 équipes n’a pas le même poids logistique qu’une CAN à 24.

Le président de la CAF a aussi annoncé une hausse importante des dotations de la CAN féminine 2026 au Maroc. Le vainqueur touchera 2 millions de dollars, contre 1 million auparavant, soit un doublement. La compétition féminine se jouera du 25 juillet au 16 août 2026, avec le Maroc comme pays hôte. Cette revalorisation place le football féminin plus nettement dans le centre de gravité des investissements de la CAF, alors que la pression pour professionnaliser les championnats reste forte dans de nombreux pays.

Le message politique derrière le choix sportif

Le calendrier annoncé par la CAF s’inscrit dans une séquence plus large. La FIFA a confirmé que neuf des dix sélections africaines engagées au Mondial 2026 ont atteint la phase à élimination directe, un record pour le continent, tandis que les dix équipes africaines ont offert la plus large présence jamais vue à ce niveau. Cette performance donne à Motsepe un argument simple : l’Afrique produit davantage de compétitivité internationale, donc elle peut réclamer plus d’espace dans ses propres compétitions.

Dans le même temps, la FIFA a rappelé que son président Gianni Infantino se portera candidat à sa réélection en 2027. Motsepe a réaffirmé son soutien à cette ligne, ce qui montre que les équilibres internes du football mondial pèsent aussi sur les choix africains. Le football continental n’évolue pas en vase clos. Il avance avec ses propres ambitions, mais dans un environnement institutionnel où les alliances comptent autant que les performances sur le terrain.

Pour l’Afrique de l’Est, l’enjeu est concret. Un tournoi à 28 équipes peut attirer davantage de spectateurs, renforcer les droits commerciaux et offrir plus de visibilité aux villes hôtes. Mais il peut aussi exposer les failles de préparation si les routes, les aéroports, les hôtels ou les stades n’avancent pas au même rythme. Kenya, Tanzanie et Ouganda devront prouver qu’une coorganisation régionale peut être efficace, au-delà du symbole politique et de la promesse de mutualisation.

Ce que cela change pour les sélections africaines

Sportivement, l’élargissement ouvre une porte supplémentaire à des pays qui restent souvent à la marge du sommet continental. Les nations de l’intérieur du continent, celles qui ont des fédérations solides mais des résultats irréguliers, y voient une chance d’entrer dans le grand rendez-vous. Cela peut élargir la base du football africain. Mais cela oblige aussi la CAF à préserver la valeur sportive du tournoi. Plus de participants ne doit pas rimer avec plus de matches sans enjeu.

Cette question est d’autant plus importante que la CAF a déjà modifié plusieurs paramètres de ses compétitions ces dernières années pour soutenir ses revenus et sa visibilité. Elle a relevé les primes dans les compétitions interclubs, et ses documents budgétaires montrent une montée en puissance de l’investissement dans le football féminin. La logique est claire : élargir la base, vendre davantage de contenu, et rendre les compétitions plus attractives pour les diffuseurs et les partenaires.

Pour les équipes nationales, le vrai sujet reste la préparation. Les grands pays disposent souvent d’un réservoir plus large. Les autres doivent composer avec des championnats locaux inégaux, des voyages coûteux et des temps de rassemblement courts. Une CAN à 28 équipes peut donc redistribuer les chances, mais elle ne corrige pas à elle seule les écarts structurels. Elle donne une opportunité de plus. Elle ne remplace ni la formation ni l’investissement dans les ligues domestiques.

Un signal pour le continent, et un rendez-vous à surveiller

Au fond, cette annonce dit quelque chose de la trajectoire du football africain. La CAF cherche à agrandir ses compétitions au moment où le continent obtient des résultats plus visibles sur la scène mondiale. Le mouvement peut renforcer la place de l’Afrique dans le football international, à condition que les formats suivent et que les organisateurs tiennent leurs délais. Le prochain cap est déjà connu : la CAN 2027 en Afrique de l’Est, puis les décisions sur les éliminatoires et la répartition définitive des 28 places.

La séquence dira aussi si la CAF peut transformer une annonce politique en architecture sportive cohérente. C’est là que se joue la crédibilité. Pas seulement dans la taille du tournoi, mais dans sa tenue, sa lisibilité et sa capacité à servir autant les grandes puissances du continent que les sélections qui cherchent encore leur première grande percée.