Au Burkina Faso, l’électricité se joue désormais autant dans les centrales que dans les délais

À Ouagadougou comme à Bobo-Dioulasso, le sujet n’est plus seulement de produire davantage. Il faut produire vite, livrer sans retard et réduire une dépendance qui pèse sur les ménages, les entreprises et les services publics. Dans un pays où l’accès à l’électricité reste très inégal entre villes et campagnes, chaque mégawatt ajouté compte, mais chaque raccordement compte aussi.

Le contexte régional éclaire cette accélération. En Afrique de l’Ouest, la CEDEAO a fait de l’intégration énergétique un levier majeur, avec des échanges transfrontaliers d’électricité qui profitent aux pays mieux dotés en capacité de production. Le Burkina Faso, lui, reste structurellement lié à ces flux, en particulier avec la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Togo.

Une série de projets pour desserrer l’étau énergétique

Depuis le début de 2026, les autorités burkinabè ont multiplié les annonces et les mises en service dans le thermique. À Bobo-Dioulasso, la centrale Bobo 2 a été mise en service le 7 août avec une capacité de 26,4 MW, pour un investissement annoncé de 33,9 milliards de FCFA. À Pabré, près de Ouagadougou, une centrale thermique d’urgence de 50 MW a été inaugurée le 21 juillet 2026. Et à Saaba, les travaux d’une centrale de 120 MW ont été lancés dans la même dynamique.

Projet Capacité Lieu Statut
Bobo 2 26,4 MW Bobo-Dioulasso Mise en service le 7 août 2026
Centrale d’urgence de Pabré 50 MW Pabré, près de Ouagadougou Inaugurée le 21 juillet 2026
Centrale de Saaba 120 MW Saaba, région du Kadiogo Travaux lancés en 2026

Au premier regard, la stratégie paraît simple : augmenter rapidement la puissance disponible. En réalité, elle répond à une contrainte plus dure. Les installations déjà en service ne suffisent pas à couvrir une demande en hausse, et le pays doit encore importer une part importante de son énergie. Un bulletin statistique du secteur indique qu’en 2024 les énergies importées ont pesé lourd dans l’approvisionnement national, tandis qu’un document de planification fixe encore l’accès à l’électricité à 34,2 % cette année-là, avec seulement 10,2 % en milieu rural.

Le thermique comme réponse d’urgence, pas comme horizon unique

Le choix du thermique n’a rien d’un slogan. Il répond à l’urgence de sécuriser le réseau et de limiter les coupures. Il permet aussi d’alimenter plus sûrement les pôles urbains, les zones industrielles et les infrastructures administratives. Mais il a un coût. Le thermique reste dépendant des carburants importés, donc des prix internationaux, des chaînes logistiques et des marges de manœuvre budgétaires. Autrement dit, il peut renforcer la continuité du service sans régler à lui seul la question de la soutenabilité.

Cette réalité explique pourquoi les autorités mettent en avant un Pacte national de l’énergie 2026-2030. Le document officiel évoque un saut d’échelle : porter l’accès à l’électricité à 48,4 % en 2030, contre 34,2 % en 2024, et faire progresser l’accès rural de 10,2 % à 60 % sur la même période. L’ambition est aussi de mobiliser le privé, les partenaires et l’État pour financer production, transport et distribution.

Le signal politique est clair. Le Burkina Faso veut montrer qu’il peut reprendre la main sur un secteur souvent tributaire des importations régionales et des à-coups de financement. Cette lecture rejoint d’ailleurs les analyses d’institutions internationales qui décrivent un système électrique encore fragile, coûteux et insuffisamment étendu, mais en quête de rattrapage rapide.

Ce que cela change pour les Burkinabè, et ce que la région doit observer

Pour les habitants des grandes villes, l’enjeu est la qualité de service. Pour les ménages ruraux, il s’agit d’abord d’un accès durable, avec des usages concrets : éclairage, conservation des aliments, pompage, activités artisanales, services de santé et scolarité prolongée. Pour les entreprises, le sujet touche directement la productivité, les coûts d’exploitation et la capacité à investir. Le débat n’oppose donc pas simplement thermique et solaire ; il oppose surtout disponibilité immédiate et transformation de fond.

La portée régionale est tout aussi nette. Dans l’espace CEDEAO, le Burkina Faso reste connecté à un marché électrique ouest-africain où certains voisins exportent plus qu’ils n’importent. Réduire la dépendance aux importations peut renforcer la marge de manœuvre nationale, mais cela ne supprimera pas, à court terme, l’intérêt des interconnexions. Au contraire, le pays aura besoin d’un mix plus équilibré pour amortir les pics de demande et sécuriser son approvisionnement.

La question de fond est donc celle-ci : le Burkina Faso peut-il transformer une réponse d’urgence en politique énergétique cohérente ? Les prochains mois diront si les nouvelles centrales produisent surtout un effet d’annonce ou si elles servent de base à un redressement plus large, appuyé sur les réseaux, la distribution et l’électrification rurale. C’est là que se jouera, au-delà des MW installés, la crédibilité du pari énergétique burkinabè.