À Bélinga, l’enjeu n’est plus seulement de confirmer la présence du fer. Il faut relier le gisement aux voies d’évacuation, au port et à l’énergie, puis établir que l’ensemble peut fonctionner et financer sa construction. C’est à cette étape, longue et coûteuse, que se joue la transformation d’une promesse minière en activité économique durable pour le Gabon.

Un permis ne suffit pas à lancer une mine

Situé dans la province de l’Ogooué-Ivindo, au nord-est du pays, Bélinga est un projet ancien. Le gisement a été découvert en 1955, mais son exploitation a été plusieurs fois retardée. La convention minière avec Ivindo Iron, société liée au groupe australien Fortescue, a été signée en février 2023. Le permis d’exploitation à grande échelle a ensuite été attribué par décret. La convention prévoyait une production initiale de deux millions de tonnes par an.

Cette autorisation ne signifie pas que la mine est prête à produire. Il reste à achever les études, préciser les coûts, obtenir les approbations nécessaires et organiser le transport du minerai. La décision de la Cour constitutionnelle gabonaise, publiée en juin 2023, a par ailleurs établi que la convention n’était pas un traité soumis à ratification parlementaire. Elle rappelle que le cadre juridique du projet relève aussi de décisions nationales et des règles minières en vigueur.

Une première cargaison avait été expédiée en 2023 pour tester la qualité du minerai. Cette opération pilote ne constitue pas le démarrage d’une production commerciale. En 2025, Fortescue indiquait encore mener des travaux d’exploration et des études de faisabilité. Le calendrier alors évoqué visait l’achèvement de l’étude en décembre 2026. Dans ses informations publiques, l’entreprise fait état de plus de 230 000 mètres de forage réalisés, sans donner de nouvelle date ferme pour la fin de cette étude.

Le projet prend forme, mais le calendrier reste à préciser

Des étapes concrètes ont été annoncées depuis. Le 29 septembre 2026, les autorités gabonaises ont lancé à Makokou la construction d’un futur pôle opérationnel de Fortescue. La veille et le jour même, les responsables gabonais ont rencontré Andrew Forrest, dirigeant du groupe, à Libreville. Les échanges ont porté sur la coordination des infrastructures et des partenaires associés au projet.

Ces annonces signalent une présence opérationnelle renforcée dans l’Ogooué-Ivindo. Elles ne remplacent toutefois ni l’étude de faisabilité ni une décision finale d’investissement. Le gouvernement gabonais affirme vouloir faire avancer Bélinga comme un projet intégré : mine, chemin de fer, installations portuaires et approvisionnement énergétique. C’est une ambition plus large que l’extraction seule, mais chaque composante ajoute des besoins de financement, des délais et des autorisations.

Le gouvernement a également indiqué que Fortescue avait investi 270 millions de dollars dans l’économie gabonaise. Ce montant est une donnée communiquée par les autorités, et ne doit pas être confondu avec le coût total de construction du complexe, qui n’est pas établi dans les informations publiques consultées. La distinction compte : les dépenses d’exploration et d’implantation ne garantissent pas encore la réalisation de toute l’infrastructure.

Des retombées qui dépendront des choix locaux

Pour l’État, Bélinga représente une possibilité de diversifier une économie où les hydrocarbures occupent une place importante. Le fer pourrait élargir les recettes d’exportation et soutenir les services liés au transport, à la maintenance et à l’énergie. Mais l’ampleur de ces bénéfices dépendra des contrats, de la fiscalité, des emplois créés et de la part des achats confiée aux entreprises gabonaises.

À Makokou et dans les localités proches, l’activité peut apporter des emplois et de nouveaux marchés pour les fournisseurs. Elle peut aussi accroître la pression sur les logements, les routes et les services publics. Les retombées ne seront donc pas identiques pour les travailleurs recrutés, les entreprises établies à Libreville et les communautés vivant près des zones de travaux. Les engagements de formation et de contenu local devront être évalués à partir de résultats vérifiables, et pas seulement d’annonces.

Le projet doit aussi composer avec les fluctuations du marché du fer. Une baisse des cours peut réduire les revenus attendus ou rendre plus difficile le financement d’infrastructures lourdes. À l’inverse, des prix plus favorables ne suffisent pas à garantir la rentabilité : la qualité du minerai, les coûts de transport et la capacité à acheminer régulièrement les cargaisons sont déterminants.

Un test pour la diversification en Afrique centrale

Bélinga s’inscrit dans une stratégie gabonaise plus large, aux côtés du projet de fer de Baniaka, porté par Genmin. Les deux projets ne sont pas au même stade et ne partagent pas nécessairement les mêmes solutions logistiques. Ensemble, ils montrent néanmoins que la diversification minière dépend autant des infrastructures et des accords avec l’État que des ressources présentes dans le sous-sol.

Cette question dépasse le Gabon. Membre de la CEMAC, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, le pays évolue dans une région où la diversification et les infrastructures de transport restent des enjeux communs. Bélinga pourrait renforcer les échanges et les capacités industrielles gabonaises, mais son impact régional dépendra de connexions effectives et d’une chaîne d’approvisionnement compétitive.

La prochaine étape à surveiller est donc la publication d’une étude de faisabilité complète, avec des coûts, des besoins énergétiques et un calendrier actualisé. Le cap de 2030 a été évoqué pour un ensemble intégré et les premières expéditions commerciales, mais il ne constitue pas une garantie. D’ici là, la construction du site de Makokou, les approbations publiques, le financement et l’organisation du rail et du port permettront de mesurer si Bélinga passe de la préparation à l’exécution.

Sources documentaires : décret gabonais attribuant le permis d’exploitation de Bélinga, avis de la Cour constitutionnelle sur la convention minière, présentation du projet par Fortescue, annonce gouvernementale sur le pôle opérationnel de Makokou, point des autorités gabonaises sur le projet intégré, compte rendu de Gabonreview sur les échanges de septembre 2026.