Pour l’Égypte, chaque nouveau mètre cube produit localement peut réduire le recours aux cargaisons de gaz naturel liquéfié, coûteuses et exposées aux fluctuations du marché. Mais entre lancer une installation et fournir du gaz au réseau, il reste une étape décisive : la montée en production.

Une nouvelle capacité dans le désert occidental

Le 20 octobre 2026, Eni a annoncé le lancement des activités de démarrage de la deuxième phase du projet Meleiha, dans le désert occidental égyptien. Il s’agit des opérations préparatoires à la mise en service, et non de la confirmation que l’installation fonctionne déjà à pleine capacité.

Le projet est développé par Agiba Petroleum Company, coentreprise du groupe italien et de l’EGPC, la compagnie pétrolière publique égyptienne. La nouvelle installation pourra traiter jusqu’à 100 millions de pieds cubes standard de gaz par jour, soit environ 2,8 millions de mètres cubes. Elle rassemble des puits, des réseaux de collecte et des conduites, dont un gazoduc destiné à raccorder la production aux infrastructures existantes.

Le ministère égyptien du Pétrole a également relayé l’annonce. Ce recoupement confirme la date, le lieu et la capacité annoncée, mais les informations disponibles proviennent des parties au projet. Elles ne précisent pas encore quand la production commerciale commencera, ni quel volume quotidien sera effectivement livré.

La capacité de traitement annoncée ne doit donc pas être confondue avec une production déjà disponible. Le résultat dépendra du débit réel des puits, de la bonne mise en service des équipements et du raccordement au réseau. L’annonce décrit une étape industrielle importante ; elle ne mesure pas encore son apport net à l’approvisionnement national.

Du statut d’exportateur à la pression des importations

Le projet s’inscrit dans une situation énergétique tendue. La production gazière égyptienne recule depuis son sommet de 2021, tandis que les besoins intérieurs restent élevés. Le gisement offshore de Zohr, longtemps moteur de l’offre nationale, a lui aussi connu une baisse de débit. Le pays, qui exportait du gaz, est ainsi revenu sur le marché du GNL, le gaz refroidi pour être transporté par navire.

Selon les données de S&P Global rapportées par le média égyptien Arab Finance, les importations de GNL ont atteint environ 9,01 millions de tonnes en 2025. La même source estimait, début 2026, qu’elles pourraient atteindre 11,14 millions de tonnes cette année-là, soit une hausse de 26,3 %. Il s’agit d’une prévision publiée en janvier, et non d’un bilan définitif de 2026.

Cette dépendance pèse sur les finances publiques et rend l’équilibre énergétique plus sensible aux prix mondiaux et à la disponibilité des cargaisons. Les achats extérieurs peuvent soutenir l’approvisionnement, mais ils ne remplacent pas durablement une production intérieure en baisse. Pour les ménages et les entreprises, la question concrète reste celle de la régularité du gaz disponible, notamment lorsque la demande augmente.

Une relance qui repose sur plusieurs projets

Meleiha n’est pas, à lui seul, une réponse à l’écart entre offre et demande. Le ministère égyptien du Pétrole a indiqué en septembre que quatre puits récemment mis en service ou remis en activité avaient ajouté 45 millions de pieds cubes de gaz par jour, ainsi que des condensats. Ces résultats montrent la place des raccordements de puits et de la remise en état des installations dans la stratégie de relance.

Le média économique égyptien Enterprise rapporte également que neuf projets gaziers ont été réalisés au cours de l’exercice évoqué par les autorités, avec 28 puits raccordés et 1,12 milliard de dollars d’investissements. Ces chiffres donnent une idée de l’effort engagé, mais ne suffisent pas à établir que la tendance nationale s’est déjà inversée : il faudrait connaître les volumes nets ajoutés et les comparer au déclin des champs existants.

Le désert occidental présente un intérêt opérationnel particulier : les projets peuvent s’appuyer sur des infrastructures déjà présentes dans une zone où Eni est active depuis plusieurs décennies. Le groupe affirme avoir produit en Égypte environ 242 000 barils équivalent pétrole par jour en part propre en 2025. Ce chiffre agrège toutefois différents hydrocarbures et ne correspond pas au seul gaz de Meleiha.

La concession Merged Meleiha associe Eni et le russe Lukoil, selon les informations du projet. Eni affirme que l’accord d’exploitation a été prolongé jusqu’en 2036. La continuité contractuelle peut soutenir les investissements, mais l’intérêt public dépend aussi des volumes réellement livrés au marché égyptien, des revenus générés et des conditions convenues avec les partenaires.

Un enjeu national aux effets régionaux

Au Caire, la priorité est de sécuriser l’offre sans laisser les importations absorber une part croissante des ressources publiques. Les grands projets et les contrats d’approvisionnement concernent directement l’État et les entreprises énergétiques. Pour les consommateurs, l’effet ne sera tangible que si les nouvelles capacités accroissent effectivement les livraisons et limitent les tensions sur le réseau.

Le dossier dépasse les frontières égyptiennes. L’Égypte occupe une place stratégique dans les échanges gaziers de la Méditerranée orientale, grâce à ses infrastructures de transport et de liquéfaction. Sa capacité à produire, importer ou traiter du gaz influe donc sur les flux énergétiques régionaux. L’Union africaine, de son côté, porte des objectifs d’accès à l’énergie et de coopération continentale ; mais la réponse à court terme relève d’abord des choix nationaux et des partenariats énergétiques.

Le prochain indicateur à suivre sera le passage des essais à une production mesurable, puis le volume effectivement injecté dans les réseaux. Il faudra aussi comparer cet apport aux importations et à l’évolution de la demande. Meleiha constitue une pièce de la relance égyptienne. Sa portée dépendra moins de la capacité nominale annoncée que du gaz qui atteindra réellement le marché.