Pour les ménages et les entreprises du Zimbabwe, un ralentissement de la hausse des prix ne signifie pas que la vie redevient immédiatement moins chère. Il indique plutôt que les prix augmenteraient moins vite. Après des années de fortes variations monétaires, la prévision d’inflation à 3,9 % pour 2026 ouvre une perspective de répit, mais elle reste conditionnée à la stabilité du ZiG et aux recettes en devises.

Une prévision à lire avec prudence

Dans une note publiée le 16 octobre 2026, Afreximbank, la Banque africaine d’import-export, prévoit une inflation de 3,9 % en 2026, après une estimation de 55 % pour 2025. L’institution anticipe ensuite une remontée modérée, à 4,9 % en 2027. Ce sont des projections, non des résultats définitifs. Elles reposent notamment sur la stabilisation de la monnaie nationale, le Zimbabwe Gold (ZiG), et sur une meilleure disponibilité des devises étrangères.

Les séries disponibles ne se comparent toutefois pas toutes directement. Le Fonds monétaire international (FMI) indiquait en juillet une inflation moyenne proche de 5,1 % en 2026, tandis que ses projections de référence retiennent des niveaux différents selon qu’elles mesurent la moyenne annuelle ou la variation en fin d’année. Le taux communiqué pour le ZiG ne doit donc pas être confondu avec toutes les mesures de l’inflation ni avec l’évolution des prix en dollars américains. La méthode, la période et la monnaie de référence comptent.

Les dernières données de septembre 2026 donnent un repère concret : l’inflation annuelle mesurée en ZiG s’établissait à 3,7 %, selon la Banque de réserve du Zimbabwe (RBZ), chiffre également repris par le FMI. Elle avait été de 2,9 % en août. Ce léger rebond rappelle que le reflux n’est pas une ligne droite. Il ne confirme pas, à lui seul, la prévision annuelle d’Afreximbank.

Le ZiG au cœur de la stabilisation

Introduit en avril 2024, le ZiG — pour Zimbabwe Gold — est la monnaie nationale adossée, selon les autorités, à des réserves d’or et de devises. Son lancement cherchait à rétablir la confiance après des épisodes répétés de dépréciation monétaire et de hausse rapide des prix. Mais une nouvelle unité ne suffit pas à ancrer les anticipations : sa stabilité dépend aussi de la discipline budgétaire, de la politique de la banque centrale et de la capacité du pays à obtenir des devises.

Le Zimbabwe a connu une inflation particulièrement forte à la fin des années 2010 et au début des années 2020. Les chiffres historiques varient selon les séries et les périodes retenues. Afreximbank estime qu’elle a atteint 255,3 % en 2019 et 557,2 % en 2020. La dépréciation de la monnaie locale et la pénurie de devises ont alors renchéri les biens importés. Les tensions mondiales sur les denrées alimentaires, les engrais et l’énergie ont ensuite ajouté une pression supplémentaire.

La RBZ affirme que la prudence monétaire reste nécessaire en 2026. En octobre, le FMI a également relevé que l’inflation annuelle en ZiG était retombée à un chiffre, tout en soulignant la poursuite des réformes économiques. Cette convergence des constats sur la désinflation ne signifie pas que les organismes partagent les mêmes projections. Elle montre surtout que le resserrement monétaire et l’arrêt du financement monétaire des dépenses publiques ont contribué à calmer les prix, selon l’analyse du FMI.

Des devises qui soutiennent la monnaie, mais exposent aux chocs

Les entrées de devises constituent un autre pilier de la prévision. Selon les données rapportées par la RBZ, elles ont atteint 15,9 milliards de dollars entre janvier et septembre 2026, contre 11,9 milliards durant la même période en 2025. Les exportations minières, notamment l’or, et les transferts contribuent à alimenter ces flux. Des recettes plus élevées facilitent le financement des importations et peuvent soutenir la confiance dans le ZiG.

Cette dépendance comporte cependant un risque. Une baisse du cours de l’or réduirait potentiellement les recettes en devises, tandis qu’une hausse du pétrole renchérirait les carburants et le transport. Ces mouvements pèseraient sur les entreprises importatrices et pourraient se répercuter sur les prix payés par les consommateurs. L’agriculture, les commerces et les activités informelles ne ressentent pas tous ces variations de la même manière : les ménages dont les revenus suivent mal les prix restent particulièrement exposés à toute nouvelle poussée du coût de la vie.

La banque centrale se trouve ainsi face à un équilibre délicat. Un assouplissement monétaire trop rapide pourrait relancer les pressions sur la devise et les prix. À l’inverse, des conditions de crédit durablement strictes peuvent freiner les entreprises qui ont besoin de financer leurs stocks ou leurs investissements. La trajectoire annoncée dépend donc autant de la crédibilité de la politique économique que de facteurs extérieurs que Harare ne maîtrise pas.

Un enjeu pour l’Afrique australe

Le Zimbabwe évolue dans un environnement régional où les échanges, les prix de l’énergie et les mouvements de devises se transmettent par-delà les frontières. Membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), il est concerné par les efforts régionaux de convergence macroéconomique, qui visent notamment une inflation basse et stable. Une monnaie plus prévisible peut faciliter les échanges formels avec ses voisins, mais les écarts de prix et les tensions sur les devises peuvent aussi déplacer les achats vers les circuits informels.

La prévision d’Afreximbank constitue donc un signal encourageant, pas une garantie de stabilité durable. Les prochains indicateurs de la RBZ, l’évolution du ZiG, les recettes minières et le coût des importations permettront de juger si la désinflation s’installe. Pour les Zimbabwéens, l’enjeu concret sera de savoir si cette accalmie se traduit dans les dépenses quotidiennes et si elle tient au-delà d’une conjoncture favorable à l’or.

Sources consultées : présentation du rapport d’Afreximbank sur le Zimbabwe, évaluation du FMI publiée en octobre 2026, prévisions du FMI de juillet 2026, statistiques d’inflation de la Banque de réserve du Zimbabwe, reprise des données de septembre par NewZimbabwe, cadre de convergence macroéconomique de la SADC.