Au Zimbabwe, la question du pouvoir ne se joue plus seulement dans les urnes : elle se déplace aussi dans les règles qui fixent la durée des mandats et le choix du président. La conférence de la ZANU-PF organisée à Chinhoyi, du 15 au 17 octobre, a confirmé la volonté du parti de maintenir Emmerson Mnangagwa à sa tête jusqu’en 2030.

Un congrès repoussé, une succession différée

La ZANU-PF, au pouvoir depuis l’indépendance du Zimbabwe en 1980, a désigné Mnangagwa comme son candidat à la prochaine présidentielle. Les délégués ont aussi décidé de reporter de 2027 à 2029 le prochain congrès électif, où la direction du parti devait être renouvelée. Ces résolutions ont été adoptées lors de la 23e conférence nationale annuelle, à Chinhoyi, dans la province du Mashonaland occidental. Le compte rendu de la conférence et des médias zimbabwéens rapportent ces décisions.

Le changement repousse une échéance interne importante et prolonge la direction de Mnangagwa au sein du parti jusqu’en 2030, selon les résolutions rapportées. À 84 ans, le président, arrivé au pouvoir en 2017 après la chute de Robert Mugabe, conserve ainsi la main sur la préparation de la prochaine candidature. Cela ne signifie pas que la conférence, à elle seule, règle toutes les questions constitutionnelles ou les contestations liées à ces changements.

Mnangagwa a reconnu l’existence de divergences au sein de la formation, tout en affirmant qu’elle restait unie. Après la conférence, il a appelé à passer « des promesses aux performances, des déclarations aux réalisations, des résolutions aux résultats ». Il a demandé aux ministères et aux administrations de mettre en œuvre les décisions, avec des calendriers et des mécanismes d’évaluation.

Un changement constitutionnel déjà adopté

La décision du parti intervient dans un contexte plus large qu’un simple calendrier interne. En juillet 2026, le président a promulgué l’amendement constitutionnel numéro 3, adopté par le Parlement le mois précédent. La réforme porte de cinq à sept ans la durée des mandats et reporte les prochaines élections générales de 2028 à 2030. Elle remplace également l’élection directe du président par un choix effectué au Parlement. Human Rights Watch et l’agence de presse Associated Press ont rapporté la promulgation et les principales dispositions.

La conférence de Chinhoyi a donc aligné le calendrier et les règles internes de la ZANU-PF sur ce nouveau cadre national. Le parti a annoncé vouloir modifier ses statuts en conséquence. Son congrès prévu en 2029 se tiendrait avant la fin du mandat présidentiel désormais fixée à 2030, et Mnangagwa a été désigné comme candidat pour la prochaine présidentielle.

Cette réforme reste politiquement contestée. Les défenseurs du changement invoquent la stabilité et la continuité des politiques publiques. Ses opposants y voient une concentration accrue du pouvoir et une modification des règles qui bénéficie au président en exercice. Avant son adoption, des organisations de défense des droits et des acteurs politiques avaient aussi contesté la procédure et la durée des mandats. Le suivi de l’adoption et de ses critiques éclaire ces divergences.

Les effets dépassent les rivalités internes

Pour les dirigeants de la ZANU-PF, le report du congrès offre du temps et repousse une compétition pour la succession. Pour les membres qui espéraient briguer la direction, il ferme temporairement une échéance de renouvellement. Pour les électeurs, l’enjeu est plus direct : le prochain scrutin est repoussé et le mode de désignation du chef de l’État change. Le président ne serait plus élu au suffrage direct, mais par les parlementaires.

Cette évolution modifie le rapport entre le vote populaire et l’accès à la présidence. Elle rend aussi déterminants les équilibres au Parlement, où la ZANU-PF dispose d’une majorité. L’opposition, traversée par des divisions depuis les dernières élections, devra donc compter avec un dispositif institutionnel différent. Le débat ne porte pas seulement sur la durée du mandat de Mnangagwa : il concerne la place des citoyens dans le choix du prochain président.

La conférence a également rattaché ces décisions à l’objectif de développement national à l’horizon 2030. Le gouvernement présente la continuité politique comme un moyen de mener ses programmes à terme. Mais les annonces de performance devront être évaluées à l’aune de résultats concrets pour les Zimbabwéens, dans la capitale Harare comme dans les autres provinces. Les résolutions du parti ne constituent pas, à elles seules, des indicateurs de progrès économique ou de qualité des services publics.

Un signal suivi de près en Afrique australe

Le Zimbabwe est membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), organisation régionale qui rassemble des États de la région et coopère notamment sur les questions politiques et économiques. Le calendrier électoral zimbabwéen compte donc au-delà des rivalités de la ZANU-PF : la manière dont les institutions appliquent la réforme et dont les contestations sont traitées pèsera sur la confiance politique dans le pays et dans son environnement régional.

À l’échelle du continent, l’épisode rappelle que les règles électorales peuvent évoluer au cœur même d’un mandat, avec des conséquences sur la compétition et la succession. La prochaine étape à surveiller sera la mise en conformité des statuts de la ZANU-PF avec la Constitution amendée, ainsi que l’application du nouveau calendrier. Reste aussi à voir comment les partis d’opposition et les institutions zimbabwéennes contesteront ou accepteront ce cadre à l’approche de 2030.