À Chinhoyi, les délégués de la ZANU-PF ont fixé un cap politique qui dépasse la vie interne du parti : Emmerson Mnangagwa reste son candidat pour la prochaine présidentielle, tandis que le calendrier électoral du Zimbabwe a déjà été profondément remanié. La question centrale n’est donc plus seulement qui représentera le parti, mais dans quelles règles les Zimbabwéens choisiront leur prochain chef d’État.

Un calendrier politique qui s’étire jusqu’en 2030

La décision a été prise lors de la 23e conférence nationale annuelle de la ZANU-PF, organisée à Chinhoyi, dans la province du Mashonaland occidental, et conclue le 17 octobre 2026. Le parti a désigné Mnangagwa comme son candidat à la prochaine élection présidentielle et reporté son congrès électif de 2027 à 2029. Ces résolutions confirment la volonté de le maintenir à la tête du mouvement jusqu’en 2030. La télévision publique zimbabwéenne a rapporté les décisions de la conférence, également relayées par le quotidien national The Herald.

Le report du congrès du parti s’inscrit dans un changement juridique déjà intervenu au niveau national. Le 7 juillet 2026, Mnangagwa a promulgué l’amendement constitutionnel numéro 3, adopté par le Parlement en juin. Le texte porte de cinq à sept ans le mandat présidentiel et celui des parlementaires. Il remplace aussi l’élection présidentielle au suffrage direct par une désignation du président par les parlementaires, et repousse le prochain scrutin, prévu en 2028, à 2030. L’agence Associated Press a documenté la promulgation et les principales dispositions de la réforme.

La conférence de Chinhoyi ne crée donc pas, à elle seule, la prolongation du calendrier présidentiel. Elle ajuste les règles internes de la ZANU-PF au nouveau cadre constitutionnel et transforme l’appui de ses délégués en désignation politique. Le parti affirme vouloir aligner son cycle électoral sur celui de l’État.

La Constitution au cœur du débat

La réforme modifie la manière dont les citoyens participent au choix du président. Jusqu’ici, les électeurs votaient directement pour les candidats à la présidence. Désormais, le Parlement doit choisir le chef de l’État. La prolongation des mandats reporte également de deux ans le prochain rendez-vous électoral national et permet à Mnangagwa de rester en fonction jusqu’en 2030, selon les dispositions adoptées.

Le gouvernement et les partisans du texte défendent une réforme destinée, selon eux, à soutenir la continuité et à harmoniser les cycles électoraux. Mais l’opposition et des organisations civiques contestent la procédure et la réduction du choix direct des électeurs. Le MDC de Douglas Mwonzora a saisi la Cour constitutionnelle, soutenant que la suppression du vote présidentiel direct nécessitait un référendum. Le média zimbabwéen CITE a rendu compte de cette contestation judiciaire. Au 19 octobre, plusieurs recours liés à l’amendement restent un enjeu juridique : la décision de la conférence du parti ne tranche pas ces litiges.

Le débat porte ainsi sur deux niveaux distincts. D’un côté, la ZANU-PF peut choisir son dirigeant et son candidat selon ses procédures internes. De l’autre, les règles nationales déterminent comment l’ensemble des citoyens peut participer au choix du président. Le passage du suffrage direct à une désignation parlementaire donne davantage de poids aux équilibres au sein des deux chambres et rend décisive leur composition.

Un parti dominant, des tensions à surveiller

La ZANU-PF gouverne le Zimbabwe depuis l’indépendance, en 1980, et dispose d’une majorité parlementaire. Mnangagwa est arrivé au pouvoir en 2017, après le départ de Robert Mugabe, puis a remporté les élections de 2018 et de 2023. Il avait auparavant indiqué qu’il quitterait la présidence à la fin de son second mandat, en 2028. Les changements constitutionnels et la résolution adoptée à Chinhoyi redessinent aujourd’hui cette perspective.

À la conférence, Mnangagwa a reconnu l’existence de divergences internes, tout en affirmant que son parti demeurait uni. Il a appelé les ministères et les administrations à transformer les résolutions politiques en résultats concrets, dans le cadre de l’objectif gouvernemental Vision 2030. Cette priorité économique sera jugée sur ses effets quotidiens : services publics, emplois, infrastructures et revenus, aussi bien à Harare que dans les provinces. Pour les habitants, les promesses de développement ne remplacent pas le débat sur la représentation politique; les deux enjeux avancent désormais en parallèle.

La désignation du président comme candidat unique peut aussi renforcer les interrogations sur la succession et les équilibres au sein du parti. Le pouvoir affirme l’unité de ses rangs, mais l’extension de l’horizon politique de Mnangagwa donne un relief particulier aux rivalités internes. Il reste à voir comment elles se manifesteront lors des prochaines étapes de la vie du parti et devant les institutions judiciaires.

Un enjeu pour le Zimbabwe et la SADC

La suite dépendra notamment de l’examen des recours constitutionnels et de l’application concrète de la nouvelle loi électorale. La Cour constitutionnelle peut être appelée à se prononcer sur les contestations. D’ici au scrutin de 2030, l’organisation des élections et les garanties accordées aux électeurs resteront au centre des discussions nationales.

Le sujet concerne aussi la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), organisation régionale dont le Zimbabwe est membre. Ses missions d’observation électorale évaluent notamment le cadre légal et la tenue des scrutins; lors des élections zimbabwéennes de 2023, sa mission s’est référée aux principes et lignes directrices régionaux sur les élections démocratiques. La déclaration préliminaire de la mission de la SADC présente ces repères. La réforme actuelle pose donc une question suivie au-delà des frontières zimbabwéennes : comment les institutions régionales apprécieront-elles des élections organisées selon un cadre profondément remanié?

À Chinhoyi, la ZANU-PF a confirmé son choix politique. Mais la légitimité et la portée de ce choix dépendront aussi des décisions de justice, de l’application des nouvelles règles et de la confiance des électeurs. C’est dans ces étapes, plus que dans les seules résolutions du parti, que se jouera la prochaine séquence politique du Zimbabwe.