À Miski, dans le Tibesti, les accords de paix de 2025 n’ont pas suffi à empêcher une nouvelle confrontation autour de la sécurité des sites aurifères. Quatre personnes sont désormais aux mains de la justice tchadienne, après une attaque meurtrière qui ravive les questions sur le contrôle des ressources et le retour durable de l’État dans cette zone reculée.
Une attaque suivie d’arrestations
Le 14 octobre 2026, une position de la brigade minière a été attaquée à Miski, localité de la province du Tibesti, dans le nord du Tchad. Selon l’armée, deux officiers ont été tués et neuf militaires blessés. Ce bilan a également été rapporté par l’agence panafricaine APA, qui attribue ces chiffres aux autorités militaires.
Le 20 octobre, un responsable militaire a annoncé l’interpellation de quatre personnes au cours d’une opération de poursuite. Le lendemain, le procureur de la République près le Tribunal de grande instance de N’Djaména, Moussa Abdelkerim Saleh, les a présentées à la presse. Il a indiqué que l’enquête porte notamment sur des faits d’atteinte à la sûreté de l’État, de trouble à l’ordre public et d’association de malfaiteurs.
Les autorités militaires affirment que dix armes ont été saisies, dont deux bazookas et deux fusils de précision. Elles mettent en cause des membres présumés du comité d’autodéfense local. Cette attribution reste celle des autorités : le rôle de chaque personne interpellée devra être établi par l’enquête et la justice. Les quatre suspects bénéficient de la présomption d’innocence.
Après l’attaque, l’armée a appelé le comité à déposer les armes et annoncé la poursuite d’opérations dans la zone. Le procureur a, de son côté, assuré que les personnes mises en cause seraient entendues selon les procédures et pourraient faire valoir leurs droits de défense.
Un accord de paix confronté à ses épreuves
La reprise des tensions intervient après plusieurs tentatives de règlement. Le 20 avril 2025, à Bardaï, le gouvernement tchadien et le comité d’autodéfense de Miski ont signé un accord prévoyant un cessez-le-feu, une commission de suivi et la reprise de services publics. Le texte prévoyait aussi la suspension des activités minières en attendant des études environnementales, sociales et cartographiques.
Le processus a connu d’autres étapes. En septembre 2025, une entente supplémentaire a été conclue avec le comité Diffa Al-Watan de Miski. Quelques jours plus tard, une rencontre entre responsables militaires et représentants locaux a porté sur la coopération et la mise en œuvre des engagements. Ces jalons attestent d’un dialogue engagé, mais ils ne garantissent pas à eux seuls l’application des dispositions ni l’adhésion de tous les acteurs concernés.
Le différend s’enracine notamment dans l’exploitation de l’or, la sécurité des sites et la répartition des bénéfices. Pour les autorités, la brigade minière protège les zones aurifères et l’ordre public. Du côté local, les comités d’autodéfense se sont présentés comme des acteurs de protection face aux intrusions et aux exploitations jugées illégales. Les demandes d’infrastructures, de services publics et de participation aux décisions pèsent aussi dans la relation entre Miski et l’État.
La sécurité ne règle pas seule la question minière
La situation met en jeu des intérêts distincts. L’État cherche à réaffirmer son autorité et à sécuriser les sites. Les habitants, eux, sont directement concernés par l’accès aux services, les conséquences de l’activité minière et la protection des moyens de subsistance. Les travailleurs des sites et les commerçants locaux dépendent aussi de conditions de sécurité prévisibles.
Une réponse uniquement militaire peut contenir les violences à court terme, mais elle ne règle ni les désaccords sur la gouvernance de l’or ni les attentes liées aux compensations et aux services publics. À l’inverse, la poursuite du dialogue suppose que les engagements du gouvernement et des représentants locaux soient suivis de mécanismes vérifiables. C’est précisément le rôle attendu des commissions de suivi prévues par les accords.
Les autorités tchadiennes avaient déjà reconnu en 2025 la nécessité d’encadrer l’exploitation minière et de suspendre des permis en attendant des évaluations. La nouvelle crise remet ces engagements à l’épreuve. Elle ne permet pas, à elle seule, de conclure à l’effondrement du processus de paix, mais montre combien celui-ci demeure fragile.
Un enjeu pour le Tibesti et la région
Le Tibesti se trouve dans l’extrême nord du Tchad, dans un espace frontalier où la surveillance et la présence administrative sont difficiles à maintenir. Les tensions locales s’inscrivent ainsi dans un contexte régional marqué par la circulation d’armes et l’instabilité des zones frontalières, sans que les éléments disponibles établissent un lien direct entre l’attaque de Miski et des acteurs extérieurs.
Le Tchad est membre de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, la CEMAC, qui rassemble six pays autour de la coopération économique et monétaire. Si le dossier de Miski relève d’abord des autorités tchadiennes, la stabilité des régions du nord compte aussi pour les équilibres frontaliers de l’Afrique centrale et pour les efforts de l’Union africaine en matière de prévention des conflits.
La suite dépendra de deux dossiers étroitement liés : les résultats de l’enquête judiciaire et la capacité des parties à réactiver un cadre de dialogue crédible. L’application des dispositions sur les ressources minières, les compensations et les services publics sera déterminante. À Miski, le retour au calme se mesurera autant à la fin des affrontements qu’à la confiance accordée aux engagements pris.
Pour situer les faits et les accords, consultez le compte rendu d’APA sur les arrestations à Miski, les précisions du parquet rapportées par Tchadinfos, les dispositions de l’accord d’avril 2025 et le suivi des engagements présenté par l’Agence tchadienne de presse et d’édition.