Un camion d’aide qui n’atteint pas Kadugli, ce sont des vivres qui manquent à des familles déjà coupées des routes commerciales. Au Kordofan du Sud, la sécurité des convois conditionne désormais l’accès à l’assistance autant que la disponibilité des stocks.

Une route vitale sous tension

Depuis avril 2023, la guerre oppose l’armée soudanaise aux Forces de soutien rapide (FSR), une force paramilitaire. Les combats et les restrictions de circulation ont fragmenté le pays et compliqué l’acheminement de nourriture et de médicaments. Le Soudan est membre de l’IGAD, l’Autorité intergouvernementale pour le développement, organisation régionale de la Corne de l’Afrique engagée dans les efforts de médiation.

Dans le Kordofan du Sud, Kadugli et Dilling sont particulièrement difficiles à ravitailler. Les axes qui relient ces villes aux principaux centres d’approvisionnement sont exposés aux combats, aux barrages et aux changements de contrôle. L’analyse du Comité d’examen de la famine de l’IPC décrit des routes contestées et des convois entravés par l’insécurité. L’IPC est le mécanisme international qui classe la gravité de l’insécurité alimentaire.

Les livraisons restent possibles, mais elles sont irrégulières. En octobre 2025, le Programme alimentaire mondial (PAM), le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés et l’UNICEF ont acheminé une aide vers Dilling et Kadugli après des mois d’accès limité. Les agences ont alors souligné la nécessité de garanties de passage et de corridors durables, plutôt que de convois ponctuels.

Deux camions touchés, un chauffeur tué

Le 3 octobre 2026, une frappe aérienne a atteint deux camions affrétés par le PAM sur la route entre Dilling et Kadugli. Les véhicules transportaient des denrées alimentaires et portaient des marques humanitaires visibles. Un chauffeur a été tué, selon le PAM, qui a indiqué que les circonstances précises et l’étendue des dégâts sur le chargement restaient à établir.

L’agence a demandé une enquête rapide et impartiale ainsi que l’établissement des responsabilités. La veille, le 2 octobre, un autre camion du PAM avait heurté un engin explosif à Dilling après une livraison. Le ministère français des Affaires étrangères a confirmé les dates et le décès, et condamné l’attaque. À ce stade, les informations publiques consultées ne permettent pas d’attribuer la frappe du 3 octobre à un camp précis.

Le PAM rappelle que le personnel humanitaire, les biens civils et les convois d’assistance doivent être protégés en vertu du droit international humanitaire, les règles applicables aux conflits armés. L’organisation affirme vouloir poursuivre ses opérations au Soudan, tout en demandant aux parties de garantir un passage sûr et sans entrave.

Le coût humain dépasse les personnels internationaux

L’attaque s’inscrit dans une tendance plus large. Selon l’Aid Worker Security Database, qui recense les incidents violents visant les travailleurs humanitaires, au moins 350 humanitaires ont été tués dans le monde en 2025. Le chiffre est repris par l’International Rescue Committee. L’organisation souligne que les victimes étaient presque toutes des employés recrutés dans leur propre pays.

Cette réalité compte au Soudan : les équipes locales, les chauffeurs et les partenaires soudanais assurent une part essentielle des opérations sur le terrain. Ils connaissent les communautés et les itinéraires, mais restent exposés aux dangers de leur environnement quotidien. Lorsque les routes deviennent impraticables ou trop risquées, les conséquences ne se limitent pas aux organisations : les habitants perdent l’accès aux distributions, aux marchés et parfois aux soins.

Les effets varient selon les lieux et les moyens de subsistance. Dans les villes isolées comme Kadugli, une baisse des livraisons peut raréfier les denrées et faire monter les prix. Les ménages qui dépendent des marchés ou de revenus informels disposent souvent de moins de réserves que les acteurs capables de stocker ou de faire venir des produits par d’autres voies. Les zones rurales, elles aussi touchées par l’insécurité, sont difficiles à atteindre et à documenter.

Une protection qui doit se traduire sur le terrain

À Paris, la Conférence nationale humanitaire du 6 octobre 2026 a replacé la protection des équipes de secours au centre des échanges. La rencontre, organisée par les autorités françaises avec les acteurs humanitaires, a eu lieu trois jours après la frappe au Kordofan du Sud. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a notamment évoqué les risques posés par les drones et la nécessité de renforcer la responsabilité des auteurs d’attaques.

Pour les populations soudanaises, l’enjeu immédiat est concret : un convoi peut représenter plusieurs semaines d’approvisionnement, mais il ne remplace pas un accès régulier. En octobre 2025, les agences de l’ONU indiquaient déjà qu’une seule opération ne suffirait pas à répondre aux besoins de Dilling et Kadugli. La répétition des incidents rend donc plus difficile la planification des stocks, des itinéraires et des distributions.

À l’échelle régionale, l’insécurité des axes du Kordofan pèse aussi sur les échanges et les déplacements entre le Soudan et ses voisins, notamment le Soudan du Sud. Pour l’IGAD et l’Union africaine, la protection des convois rejoint ainsi les enjeux d’accès humanitaire et de désescalade du conflit. Les prochains éléments déterminants seront les résultats de l’enquête demandée par le PAM et la capacité des parties à garantir des passages répétés, sûrs et prévisibles vers les localités isolées.

Les informations sur la frappe et la victime ont été confirmées par le Programme alimentaire mondial et le ministère français des Affaires étrangères. Le contexte d’accès au Kordofan est documenté par le Comité d’examen de la famine de l’IPC et le PAM. Le bilan mondial des travailleurs humanitaires tués est rapporté par l’International Rescue Committee. La date de la conférence est confirmée par France Diplomatie.