À moins de trois mois du scrutin annoncé au Soudan du Sud, la question n’est plus seulement de fixer une date. Il faut aussi établir si les acteurs politiques pourront y participer, si les institutions sont prêtes et si le vote peut se tenir sans raviver les tensions.

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa et son homologue sud-soudanais Salva Kiir Mayardit se sont rencontrés le mercredi 7 octobre 2026 à Pretoria. Ils ont notamment évoqué l’application de l’accord de paix et les conditions d’un processus électoral inclusif, selon la présidence sud-africaine. L’échéance annoncée est le 22 décembre.

Un scrutin encadré par un accord de paix fragilisé

Le Soudan du Sud, indépendant depuis 2011, n’a encore jamais organisé d’élections générales. Le calendrier électoral a été reporté à plusieurs reprises, sur fond de retards dans l’application de l’accord de paix de 2018 et de difficultés sécuritaires et logistiques.

Signé pour mettre fin à la guerre civile et organiser une transition politique, l’Accord revitalisé sur la résolution du conflit prévoit un partage du pouvoir entre les principales parties. En septembre 2024, l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), l’organisation régionale d’Afrique de l’Est qui a facilité l’accord, a confirmé un nouveau report : la transition devait durer jusqu’en février 2027 et le scrutin, initialement prévu en décembre 2024, a été repoussé à décembre 2026. C’était alors la quatrième prolongation depuis 2018.

Cette échéance est désormais portée par plusieurs institutions africaines. Le 1er octobre, l’Union africaine a réaffirmé son soutien à la mise en œuvre de l’accord et à la préparation d’élections pacifiques et crédibles. L’IGAD a, elle aussi, appelé à un scrutin inclusif et transparent dans son communiqué récent. L’organisation considère toujours l’accord de paix comme le cadre politique de référence.

Ramaphosa insiste sur la confiance politique

Après leur entretien à Pretoria, Ramaphosa a appelé les responsables sud-soudanais à respecter pleinement l’accord de paix. Il a également insisté sur la confiance et la coopération entre les parties, nécessaires pour résoudre les difficultés restantes et créer un environnement favorable aux élections, rapporte la présidence sud-africaine.

Cette démarche s’inscrit dans son rôle de président du Comité de haut niveau de l’Union africaine sur le Soudan du Sud, aussi appelé C5. Ce groupe réunit cinq pays africains chargés d’accompagner le processus politique. Le 1er octobre, à l’issue d’une réunion virtuelle présidée par Ramaphosa, l’Union africaine a indiqué que le comité avait examiné l’application des engagements pris lors d’un sommet tenu à Addis-Abeba en février.

Les deux présidences présentent cette séquence comme un engagement à soutenir le processus. Mais un appui diplomatique ne suffit pas à établir que les conditions du vote sont réunies. Les décisions pratiques — calendrier détaillé, sécurité, accès des partis et fonctionnement des institutions électorales — pèseront tout autant.

La date ne règle pas les obstacles

La fragilité du calendrier s’est accentuée ces dernières semaines. Le 16 septembre, Salva Kiir a remplacé le président de la Commission électorale nationale, à trois mois du scrutin. L’Associated Press rapporte que des analystes sud-soudanais ont exprimé des inquiétudes sur l’effet de ce changement pour les préparatifs et sur la procédure légale suivie.

Le 22 septembre, Kiir a dissous le gouvernement de transition et annoncé une administration intérimaire. Cette décision modifie les institutions à l’approche du vote. Des analystes cités par l’Associated Press ont estimé qu’un changement de cette ampleur, sans nouvel accord politique, pouvait fragiliser davantage le compromis de 2018. La Commission des droits de l’homme des Nations unies au Soudan du Sud a, de son côté, averti que des élections sans garanties ni dialogue inclusif pourraient alimenter de nouvelles tensions.

La question de la participation politique reste également ouverte. L’opposant Riek Machar, premier vice-président suspendu et poursuivi en justice, se trouve en résidence surveillée à Djouba, la capitale. L’Associated Press rapporte qu’il n’est pas établi s’il pourra être candidat. Son mouvement d’opposition conteste les conditions politiques et sécuritaires du scrutin. Ces désaccords comptent directement pour la crédibilité du résultat, au-delà de la tenue matérielle du vote.

Pour les habitants, les enjeux ne se limitent pas aux tractations entre dirigeants. Dans les zones où l’insécurité complique les déplacements, l’enregistrement des électeurs, la campagne et l’accès aux bureaux de vote pourraient être plus difficiles. Les responsables électoraux devront aussi établir des règles compréhensibles et accessibles dans les différentes régions. Sans garanties concrètes, la date annoncée risque de rester éloignée de l’expérience réelle des électeurs.

Un test pour la médiation régionale

La rencontre de Pretoria donne une visibilité supplémentaire à l’action de l’Afrique du Sud, de l’Union africaine et de l’IGAD. Elle ne constitue toutefois ni une garantie de scrutin ni une validation de l’état des préparatifs. Le communiqué de l’IGAD appelle les parties à restaurer la confiance et à s’entendre sur une voie vers les élections de décembre. Il rappelle ainsi que le calendrier dépend aussi d’un accord politique suffisamment partagé.

Le dossier met à l’épreuve la capacité des institutions africaines à accompagner un processus qu’elles ont contribué à négocier, sans confondre annonce d’une élection et règlement des différends politiques. Pour la suite, les signes à surveiller sont précis : participation effective des différentes forces, fonctionnement indépendant des organes électoraux, garanties de sécurité et conditions d’expression pour les citoyens et les partis.

Le scrutin du 22 décembre 2026 reste donc l’échéance officielle, mais sa crédibilité dépendra des actes posés dans les prochaines semaines. Pour les Sud-Soudanais, il ne s’agira pas seulement de voter à la date prévue. Il faudra pouvoir choisir dans un cadre qui ne ferme pas la voie à la paix.