Dans les zones d’élevage sénégalaises, une vache ou un petit ruminant représente bien plus qu’un actif économique. Il peut financer une rentrée scolaire, soutenir une activité familiale ou garantir une réserve de revenus. Quand il disparaît, les conséquences dépassent donc la seule perte matérielle.
À Fatick, les autorités sénégalaises préparent une nouvelle réponse fondée sur l’identification et la traçabilité des animaux. L’objectif est de rendre les circuits de déplacement et de commercialisation plus faciles à contrôler, tout en donnant aux éleveurs davantage de moyens pour signaler les disparitions.
Un dispositif national doté d’un milliard de francs CFA
Le Programme national de développement intégré de l’élevage au Sénégal (PNDIES) travaille sur une stratégie nationale de lutte contre le vol de bétail. Son budget prévisionnel atteint un milliard de francs CFA, soit environ 1,7 million de dollars.
L’annonce a été faite le jeudi 24 septembre 2026 à Fatick, dans le centre-ouest du Sénégal, par le coordonnateur du programme, le docteur Dame Sow. La phase pilote doit démarrer prochainement. Les autorités n’ont toutefois pas encore précisé les premières zones concernées ni le calendrier détaillé du déploiement.
Le projet prévoit plusieurs outils. Des puces électroniques, des colliers et des boucles pourraient servir à associer chaque animal à une identité vérifiable. Cette approche doit faciliter les contrôles lors des déplacements, des ventes et des opérations de récupération.
La technologie ne suffira cependant pas à elle seule. Elle devra être reliée à des registres fiables, à des services vétérinaires présents sur le terrain et à des procédures judiciaires capables de traiter rapidement les plaintes.
À Fatick, le PNDIES a également annoncé la construction de dix parcs à vaccination, sur les quarante prévus dans la région. Deux postes vétérinaires doivent être construits et trois autres réhabilités. Ces infrastructures peuvent renforcer indirectement la traçabilité, car elles offrent des lieux où les animaux peuvent être recensés et suivis.
Une réponse qui prolonge plusieurs années d’efforts
Le Sénégal ne part pas de zéro. Le pays a structuré, depuis le début des années 2010, un cadre spécifique contre le vol de bétail. Une Cellule de lutte contre le vol de bétail a notamment été créée en 2013. Des brigades spécialisées ont aussi été intégrées au dispositif de la gendarmerie dans les zones rurales.
Le cadre pénal a ensuite été renforcé en 2017. Dans certains cas, les personnes reconnues coupables peuvent encourir des peines allant de cinq à dix ans de prison ferme. Cette évolution traduit la volonté de considérer le phénomène comme une atteinte sérieuse à l’économie rurale et à la sécurité des communautés.
En 2025, le gouvernement sénégalais a poursuivi cette orientation avec un système de renseignement communautaire et un système national d’identification du bétail. Le renseignement local joue un rôle central dans les zones pastorales. Les habitants connaissent les itinéraires, les points d’eau, les marchés et les mouvements inhabituels. Leur participation peut donc accélérer l’alerte.
Le 23 et le 24 décembre 2025, un atelier national organisé à Diamniadio, près de Dakar, a validé les études consacrées au Système national d’identification et de traçabilité du bétail (SNITB), avec l’appui de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).
Des entreprises sénégalaises ont présenté des plateformes numériques et des dispositifs connectés. Le comité technique mis en place à cette occasion réunit des administrations, des organisations professionnelles, des acteurs privés et des représentants de la société civile. Cette composition doit permettre de relier innovation, besoins des éleveurs et contraintes des services publics.
Le passage du registre local au contrôle des mouvements
L’enjeu principal sera la continuité du suivi. Un animal identifié dans une commune doit rester identifiable lorsqu’il change de département, rejoint un marché ou traverse une frontière. Sans interconnexion entre les services, un dispositif numérique risque de rester limité à quelques territoires.
La question concerne aussi les éleveurs qui pratiquent la transhumance. Leurs troupeaux se déplacent selon les pâturages, les ressources en eau et les conditions climatiques. Une traçabilité efficace devra donc éviter de transformer chaque mouvement pastoral en suspicion automatique.
Le système devra également protéger les données et rester accessible aux exploitations familiales. Le coût des puces, des colliers ou des démarches d’enregistrement ne doit pas reposer uniquement sur les éleveurs. De même, les agents chargés des contrôles auront besoin de moyens, de formation et d’une couverture régulière des zones rurales.
Pour les marchés, les transporteurs et les acheteurs, l’identification pourrait améliorer la sécurité des transactions. Elle permettrait de vérifier plus facilement l’origine d’un animal et de compliquer la revente d’un cheptel déclaré volé. Pour les forces de sécurité, elle peut aussi fournir des éléments utiles aux enquêtes.
Un problème qui dépasse les frontières sénégalaises
Le vol de bétail s’inscrit dans des circuits qui ne s’arrêtent pas aux frontières nationales. C’est pourquoi la FAO a réuni, du 9 au 12 février 2026 à Dakar, environ 70 participants représentant quinze pays d’Afrique de l’Ouest. Les échanges portaient sur une réponse coordonnée entre administrations, services de sécurité, organisations d’éleveurs et acteurs de l’élevage.
Les participants ont travaillé sur une coalition sous-régionale et sur un programme commun consacré à la prévention, à la traçabilité et à la coopération judiciaire. Le sujet concerne directement la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui cherche à faciliter la circulation des personnes et des biens tout en renforçant la sécurité régionale.
Une meilleure coordination pourrait aider à suivre les animaux déplacés d’un pays à l’autre, à partager les alertes et à limiter les reventes frauduleuses. Elle pourrait aussi réduire les tensions liées aux mouvements pastoraux, notamment lorsque l’absence de documents alimente les accusations entre communautés.
Pour Dakar, la prochaine étape sera donc décisive. La réussite du plan dépendra moins de l’annonce budgétaire que de son application dans les villages, les marchés et les couloirs de transhumance. Le Sénégal devra mesurer les résultats de la phase pilote, associer les organisations d’éleveurs et assurer la compatibilité de son système avec les initiatives régionales.