À Dakar comme dans les régions, recommander un dépistage ne suffit pas si l’examen nécessaire reste difficile à payer ou à atteindre. Pour les Sénégalaises, l’accès à la mammographie se joue donc autant dans les structures de santé que dans le coût du parcours qui mène au diagnostic.
Un enjeu de santé publique, au-delà d’Octobre rose
Le cancer du sein est le cancer le plus fréquent chez les femmes au Sénégal. Les estimations nationales fondées sur GLOBOCAN, la base de données du Centre international de recherche sur le cancer, recensent 1 838 nouveaux cas en 2022 et 976 décès. Ces chiffres sont des estimations, et non le décompte exhaustif d’un registre national couvrant tous les cas.
Un chiffre plus récent circule toutefois dans le débat public. À l’ouverture de la campagne Octobre rose 2026, la présidente de la Ligue sénégalaise contre le cancer (LISCA), Fatma Guenoune, a évoqué environ 2 220 nouveaux cas et plus de 1 300 décès par an. Ces données, rapportées par la RTS et reprises dans la presse sénégalaise, ne coïncident pas avec l’estimation GLOBOCAN pour 2022. Les périodes et méthodes de calcul peuvent différer : il faut donc les attribuer et éviter de les présenter comme une série statistique directement comparable.
Cette prudence ne diminue pas l’urgence. Les données disponibles dessinent une charge importante pour les patientes, leurs proches et les services de santé. Elles rappellent aussi l’intérêt de renforcer les registres et le suivi des parcours de soins afin de mieux mesurer les évolutions.
Le dépistage ne s’arrête pas à l’examen
Une mammographie est un examen d’imagerie qui permet de repérer certaines anomalies du sein. Mais l’accès à cet examen n’est qu’une étape. En cas de résultat suspect, une femme peut avoir besoin d’autres examens, comme une échographie ou une biopsie, puis d’une consultation spécialisée. Les frais, les déplacements et le temps nécessaire peuvent s’additionner.
Le ministère sénégalais de la Santé prévoit une détection précoce reposant notamment sur l’information, l’examen clinique et l’orientation vers des structures adaptées. Son protocole indique que les estimations de 2022 font du cancer du sein le premier cancer féminin en incidence dans le pays. Il souligne également le poids des diagnostics tardifs. L’enjeu est donc de relier les campagnes de sensibilisation à une prise en charge réellement accessible.
Le prix exact d’une mammographie n’est pas uniforme : il dépend notamment de la structure et du dispositif de prise en charge. Les campagnes ponctuelles peuvent faciliter l’accès, mais elles ne remplacent pas une offre régulière. Les femmes qui peuvent se rendre dans un centre de Dakar ne font pas face aux mêmes contraintes que celles qui vivent loin des équipements, doivent organiser un transport ou perdre une journée de travail.
Les conséquences dépassent le seul coût de l’image médicale. Une première consultation, un examen complémentaire et un déplacement supplémentaire peuvent ralentir le parcours. Pour les travailleuses de l’économie informelle, s’absenter peut aussi signifier renoncer à un revenu quotidien. Dans les ménages, les décisions de soins mobilisent parfois du temps et des ressources partagés avec d’autres besoins.
Entre annonces nationales et écarts territoriaux
Les autorités disent vouloir élargir les services de dépistage dans les régions. En 2025, le ministère de la Santé a annoncé le renforcement de ces services et la recherche d’un accès plus large aux campagnes. En septembre 2026, la RTS a rapporté l’annonce d’un futur centre dédié au dépistage des cancers féminins à l’hôpital Dalal Jamm, à Guédiawaye, près de Dakar. La portée de ces initiatives dépendra de leur calendrier, de leurs équipements et de la capacité à orienter puis suivre les patientes.
La LISCA mène également des actions de sensibilisation et de dépistage. La Ligue a annoncé pour Octobre rose 2026 des consultations à son siège, avec un accompagnement pour les femmes présentant des anomalies. Ces initiatives associatives peuvent compléter le service public et soutenir les patientes. Elles ne sauraient toutefois se substituer à une politique durable, financée et accessible dans les différentes régions du Sénégal.
La question centrale est celle de la continuité : une campagne peut faire connaître le dépistage, mais il faut ensuite des rendez-vous, des appareils fonctionnels, des professionnels et un accès aux examens de confirmation. Sans ce relais, le dépistage risque de rester une promesse ponctuelle, particulièrement pour les femmes éloignées des grands centres urbains.
Un enjeu régional de capacité sanitaire
Au Sénégal, pays membre de la CEDEAO — l’organisation de coopération des États d’Afrique de l’Ouest —, l’accès au diagnostic rejoint des défis rencontrés dans plusieurs systèmes de santé de la région : équipements inégalement répartis, collecte de données à renforcer et distance entre prévention et traitement. Cela ne signifie pas que les situations nationales sont identiques. Le Sénégal doit répondre à ses propres écarts entre Dakar et les autres territoires.
La prochaine étape se mesurera moins au nombre de rubans roses qu’à la capacité des structures à proposer des examens au-delà des campagnes, à orienter rapidement les femmes et à réduire les obstacles financiers et géographiques. C’est à cette condition que l’appel au dépistage pourra se traduire en accès effectif aux soins pour les Sénégalaises.