Au Tibesti, la paix autour de l’or dépend autant de la sécurité que de la confiance dans les règles d’exploitation. Les affrontements signalés à Miski le 14 octobre ravivent une question restée au cœur du conflit : qui décide de l’accès aux ressources et de leurs retombées pour les habitants ?
Un accord de paix mis à l’épreuve
Miski se trouve dans la province du Tibesti, au nord-ouest du Tchad, loin de N’Djamena. Dans cette zone aurifère, les tensions autour de l’exploitation minière ont nourri plusieurs années de conflit entre les autorités et le Comité d’autodéfense local. L’enjeu dépasse le contrôle d’un site : il touche à la présence de l’État, à la sécurité des communautés et à la répartition des revenus tirés du sous-sol.
Le 20 avril 2025, le gouvernement tchadien et le Comité d’autodéfense ont signé à Bardaï un accord destiné à mettre fin aux hostilités. Le texte prévoit notamment une amnistie pour les affrontements de 2019 et 2020, l’intégration de combattants dans les forces de défense après formation et l’annulation des permis miniers en cours. Il prévoit aussi la suspension des activités minières à Miski et dans ses environs, dans l’attente d’études environnementales, sociales et cartographiques. Le détail des dispositions de l’accord de Miski montre que le volet minier était au centre du compromis.
Ce règlement devait également s’appuyer sur une commission mixte chargée de suivre son application et sur la reprise de services administratifs et sociaux dans le département d’Emi-Koussi. L’accord dessinait donc une sortie de crise à plusieurs dimensions : désarmement, réintégration, retour de l’administration et encadrement de l’activité minière. Sa signature n’effaçait toutefois pas les différends ; elle fixait des engagements dont la mise en œuvre devait être vérifiée.
Deux militaires tués, neuf blessés selon l’armée
Le 14 octobre 2026, des éléments de la Brigade nationale de contrôle des activités minières ont été attaqués à leur position dans la zone de Miski. Selon le communiqué de l’état-major tchadien, deux officiers ont été tués et neuf militaires blessés. L’armée attribue l’attaque au Comité d’autodéfense de Miski. Ce bilan et cette attribution proviennent du communiqué militaire, repris par des médias ; ils doivent être compris comme la version des autorités, faute de confirmation indépendante accessible au moment de la rédaction. Le compte rendu de l’annonce de l’état-major rapporte également l’appel de l’armée au dépôt immédiat des armes.
L’état-major a averti que le non-respect de cet ordre pourrait être considéré comme un acte de rébellion. Cette déclaration marque une ligne de fermeté. Elle intervient alors que l’accord de 2025 prévoyait un processus de désarmement et d’intégration, mais aussi des engagements concernant l’exploitation de l’or. Les éléments disponibles ne permettent pas d’établir le déclencheur précis des affrontements ni de confirmer séparément les circonstances des pertes.
Le comité, d’après les informations rapportées, a déploré les morts et présenté ses condoléances, tout en renouvelant ses revendications. Il demande notamment le retrait du coordinateur de la brigade minière, qu’il accuse d’être impliqué dans l’exploitation aurifère, et réclame l’application de l’accord. Cette accusation n’est pas établie de manière indépendante. La divergence entre l’armée et le comité porte ainsi à la fois sur la responsabilité des violences et sur la mise en œuvre du compromis.
L’or, la sécurité et les retombées locales
Dans une région éloignée de la capitale, le déploiement d’une brigade chargée des sites aurifères peut être présenté par l’État comme une mesure de sécurisation. Pour les habitants, la question centrale reste aussi celle des règles : qui peut exploiter, sous quel contrôle et avec quelles retombées locales ? L’annulation des permis et la suspension temporaire prévues par l’accord visaient à répondre à ces préoccupations, notamment par des études préalables. Tant que ces engagements sont contestés ou difficiles à vérifier, une présence armée autour des sites risque de devenir un nouveau point de friction.
Les conséquences ne se répartissent pas de façon égale. Les forces déployées et les membres du comité sont directement exposés aux affrontements. Les habitants des localités concernées peuvent, eux, subir les restrictions de déplacement, l’interruption des activités minières ou la perturbation de services déjà éloignés. Les opérateurs et travailleurs de l’or sont également concernés par l’incertitude sur les permis et les conditions d’accès. À l’échelle nationale, un regain de violence complique la tâche des autorités qui cherchent à restaurer leur présence dans le Tibesti sans abandonner les engagements négociés.
Un autre épisode récent souligne la fragilité du climat local, sans établir de lien direct avec les combats de Miski. Le 8 octobre, quatorze personnes retenues dans les massifs de Tourkou ont été libérées après 72 heures, à l’issue d’une médiation conduite avec des responsables gouvernementaux et des autorités traditionnelles. Des médias tchadiens ont relié cette affaire à des tensions consécutives à la mort d’un entrepreneur minier. Le récit de la libération à Tourkou évoque un autre foyer de tensions dans la province, mais rien ne permet de confondre les deux événements.
Un enjeu tchadien aux résonances régionales
Le dossier relève d’abord de la responsabilité des institutions tchadiennes et des communautés concernées. À l’échelle régionale, le Tchad appartient à la CEMAC, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale. Les affrontements de Miski ne constituent pas, à eux seuls, une crise régionale. Toutefois, la maîtrise des ressources minières, la sécurité des zones éloignées et la confiance dans les accords de paix comptent pour la stabilité de l’Afrique centrale.
La prochaine étape sera moins une nouvelle déclaration qu’une vérification concrète : le cessez-le-feu tient-il, la commission de suivi fonctionne-t-elle et les dispositions minières de l’accord sont-elles appliquées ? Il faudra aussi distinguer les faits confirmés des accusations échangées, et établir dans quelles conditions la Brigade minière opère. À Miski, la sécurité durable dépendra autant de la protection des personnes que de la crédibilité des engagements pris sur l’or.