La prochaine décision de l’ONU sur le Sahara occidental ne portera pas seulement sur le maintien d’une mission de terrain. Elle touchera aussi au cadre des négociations : qui en fixe les bases, et quelle place reste accordée au droit des Sahraouis à choisir leur avenir ?
À l’approche du vote prévu au Conseil de sécurité avant le 31 octobre, le Front Polisario critique la démarche de l’émissaire onusien Staffan de Mistura. Mais le mouvement affirme vouloir rester dans le processus diplomatique. Cette double posture — contestation de la méthode, maintien du dialogue — place la médiation sous pression, sans annoncer sa rupture.
Un désaccord sur le cadre des discussions
Le Sahara occidental, territoire disputé du nord-ouest africain, oppose le Maroc au Front Polisario, qui revendique l’indépendance du peuple sahraoui. L’Algérie soutient le Polisario et accueille des camps de réfugiés sahraouis près de Tindouf. La Mauritanie est également concernée par les équilibres régionaux. Le différend pèse ainsi sur les relations entre Rabat et Alger, déjà marquées par de fortes tensions.
La Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental, la MINURSO, a été créée en 1991 dans le cadre d’un plan de règlement prévoyant notamment un scrutin. Le référendum n’a pas eu lieu. Depuis, le Conseil de sécurité renouvelle périodiquement le mandat de la mission, tandis que l’ONU cherche une issue politique acceptée par les parties.
Le débat s’est déplacé après l’adoption, le 31 octobre 2025, de la résolution 2797. Le Conseil a prolongé le mandat de la MINURSO jusqu’au 31 octobre 2026 et a placé le plan d’autonomie proposé par le Maroc au centre du processus de négociation. Cette évolution donne un poids accru à une proposition défendue par Rabat, sans régler la question du statut final du territoire ni faire disparaître le principe d’autodétermination des débats onusiens. La résolution 2797 et la prolongation du mandat de la MINURSO fixent ainsi le cadre immédiat de l’échéance d’octobre.
Le Polisario conteste, mais ne se retire pas
Après les consultations à huis clos du Conseil de sécurité du 8 octobre 2026, le représentant du Front Polisario auprès de l’ONU, Sidi Mohamed Omar, a critiqué les propos de Staffan de Mistura. Dans une déclaration publiée le 12 octobre, il lui reproche d’avoir présenté l’autonomie comme base des futures discussions. Selon le Polisario, cette approche compromet la neutralité de l’émissaire et risque de reléguer l’autodétermination au second plan.
Cette accusation exprime la position d’une partie au conflit, et non un constat indépendant sur la conduite de la médiation. Le Polisario rappelle toutefois qu’il veut continuer à coopérer avec le secrétaire général de l’ONU dans le cadre du processus politique. Il demande un changement de méthode et un rétablissement de la confiance, plutôt qu’une sortie des négociations. La déclaration du représentant du Polisario à l’ONU confirme à la fois la critique de l’émissaire et le maintien affiché de la coopération.
Le représentant du mouvement en France, Mohamed Ali Zerouali, a lui aussi appelé à revoir la méthode. Dans les éléments rapportés autour de cette prise de position, il défend l’idée qu’un médiateur ne devrait pas déterminer à l’avance les options soumises au peuple concerné. Le Polisario présente donc son désaccord comme une mise en garde sur les conditions des discussions, pas comme une décision de les interrompre.
Une mission au rôle débattu
Pour le Polisario, la MINURSO reste indispensable, car sa présence maintient le dossier sahraoui à l’agenda international. Cette mission constitue aussi un point d’appui institutionnel dans un processus politique enlisé. Sa prolongation ne garantit cependant ni la reprise d’un référendum ni un accord entre Rabat et le Polisario. Le mandat de la mission et la négociation sur le statut du territoire sont liés, mais ce ne sont pas une seule et même décision.
Le vote du Conseil de sécurité est donc attendu avec des enjeux différents selon les acteurs. Pour le Maroc, l’autonomie sous souveraineté marocaine est la solution proposée. Pour le Polisario et l’Algérie, l’autodétermination doit rester au cœur d’un règlement. Pour les Sahraouis, notamment les personnes vivant dans les camps de Tindouf ou dans le territoire, l’issue des discussions concerne directement leur représentation et leur avenir politique. Les populations ne forment pas un bloc uniforme, et leurs conditions de vie diffèrent selon qu’elles résident dans les zones administrées par le Maroc ou dans les camps en Algérie.
La politologue Khadija Mohsen-Finan voit dans l’initiative du Polisario une tentative de replacer l’autodétermination au centre du débat, tout en soulignant le repositionnement de l’Algérie autour de ce principe. Cette lecture aide à comprendre l’enjeu diplomatique : la querelle porte autant sur le rôle de l’envoyé que sur le terrain de négociation et sur les acteurs autorisés à en définir les termes.
Une échéance qui concerne tout le Maghreb
Le Conseil de sécurité doit se prononcer avant l’expiration du mandat actuel, le 31 octobre 2026. La résolution de 2025 prévoit une revue stratégique de la MINURSO, ce qui rend cette échéance plus large qu’un simple renouvellement administratif. Les discussions pourront porter sur les moyens et le rôle de la mission, mais leur portée dépendra aussi de la manière dont l’ONU maintiendra le dialogue avec les parties.
Pour le Maghreb, le dossier reste un test de coopération régionale. Les relations entre le Maroc et l’Algérie influencent les possibilités de rapprochement et la stabilité diplomatique de la région. La Mauritanie, voisine du territoire, suit également les évolutions qui touchent ses équilibres frontaliers et régionaux. À l’échelle continentale, la question renvoie aux principes de décolonisation et d’autodétermination défendus dans les cadres africains, sans pour autant effacer les positions distinctes des États concernés.
La suite dépendra donc de deux signaux : la décision du Conseil sur la MINURSO et la capacité de l’émissaire à maintenir une médiation jugée crédible par les parties. Le Polisario dit rester à la table, mais conteste le cadre proposé. C’est cette tension — poursuivre les pourparlers sans accepter leurs bases actuelles — qui pèsera sur la prochaine étape du dossier.