Au Sahara occidental, le débat ne porte plus seulement sur la durée d’une mission de l’ONU. Il concerne aussi le cadre politique dans lequel seraient négociées les options pour l’avenir du territoire. À l’approche du vote sur la MINURSO, une contestation du Front Polisario met en lumière cette ligne de fracture.
Une médiation prise dans le débat sur le statut du territoire
Le Sahara occidental, ancienne colonie espagnole inscrite par l’ONU sur la liste des territoires non autonomes, est revendiqué par le Maroc et par le Front Polisario, mouvement indépendantiste sahraoui. L’Algérie, voisine du territoire, soutient le Polisario et accueille des réfugiés sahraouis près de Tindouf. La Mauritanie est également associée aux consultations diplomatiques.
La MINURSO — la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental — a été créée en 1991. Son mandat initial prévoyait notamment un référendum d’autodétermination, qui n’a jamais eu lieu. Depuis la rupture du cessez-le-feu en 2020, la mission observe également une situation militaire tendue. Le Conseil de sécurité doit se prononcer avant l’expiration de son mandat, fixée au 31 octobre 2026.
Le dossier est aussi régional. Les positions opposées de Rabat et d’Alger pèsent sur les relations au Maghreb et compliquent les perspectives de coopération entre les deux pays. À l’échelle continentale, l’Union africaine est concernée : la République arabe sahraouie démocratique, proclamée par le Polisario, en est membre, tandis que le Maroc a réintégré l’organisation en 2017.
Le Polisario met en cause le cadre proposé
La controverse est née après les consultations à huis clos du Conseil de sécurité du 8 octobre. Dans un communiqué publié le 13 octobre, le Front Polisario a contesté les propos attribués à Staffan de Mistura, envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU. Le mouvement estime que l’approche présentée risque, selon lui, d’affaiblir l’exigence de neutralité de la médiation.
La déclaration du Polisario intervient après une rencontre entre son représentant auprès de l’ONU et Rosemary DiCarlo, secrétaire générale adjointe aux affaires politiques et à la consolidation de la paix. Le texte sahraoui rappelle des démarches antérieures auprès du secrétaire général et affirme que l’envoyé doit agir dans le cadre des résolutions onusiennes et du droit à l’autodétermination. Cette position constitue celle d’une partie au conflit ; elle ne vaut pas constat indépendant sur l’impartialité de l’émissaire.
Le briefing de Staffan de Mistura n’ayant pas été public, les détails de son intervention reposent en partie sur des comptes rendus de presse et des informations communiquées par des interlocuteurs. Des médias marocains présentent son approche comme une invitation à examiner une autonomie sous garanties internationales. Le Polisario considère, lui, que mettre cette option au centre des discussions risque de prédéterminer l’issue. Les informations publiques disponibles ne permettent pas de traiter ces interprétations comme un compte rendu officiel intégral.
Ce désaccord s’inscrit dans le prolongement de la résolution 2797, adoptée le 31 octobre 2025. Elle a renouvelé le mandat de la MINURSO jusqu’au 31 octobre 2026 et pris la proposition marocaine d’autonomie comme base des négociations, tout en évoquant une solution politique mutuellement acceptable qui permette l’autodétermination du peuple du Sahara occidental. Le texte n’a donc pas effacé la divergence sur ce que recouvre concrètement ce principe.
Un renouvellement qui pèsera sur le terrain
Pour Rabat, l’autonomie sous souveraineté marocaine demeure la solution proposée. Pour le Polisario, le choix du statut doit relever d’un processus d’autodétermination qui ne se limite pas à entériner une option déjà définie. L’ONU doit tenter de maintenir un espace de négociation entre ces positions, alors que la confiance entre les parties reste faible.
Le renouvellement de la MINURSO ne réglera pas à lui seul le conflit. Mais le mandat peut influer sur les moyens de surveillance, la présence de la mission et l’appui apporté aux efforts de médiation. Le débat porte donc à la fois sur la durée de la mission et sur la place qui lui sera laissée dans un processus politique dont les contours restent contestés.
Les conséquences ne sont pas les mêmes pour tous. Les autorités marocaines défendent une solution qui préserverait la souveraineté revendiquée par Rabat. Le Polisario cherche à maintenir la question du référendum et de l’autodétermination au cœur du processus. Pour les Sahraouis vivant dans le territoire, les zones administrées par le Maroc ou les camps près de Tindouf, l’incertitude prolonge l’attente d’un règlement durable. La mission de l’ONU, elle, ne dispose pas du pouvoir de trancher le statut du territoire.
Le vote de l’ONU, prochain test diplomatique
Les discussions du Conseil de sécurité sont suivies de près par les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, la Russie et la Chine, membres permanents susceptibles de peser sur le texte final. L’Algérie défend le droit des Sahraouis à décider de leur avenir ; le Maroc mobilise ses soutiens en faveur de son plan d’autonomie. Les débats antérieurs ont montré que le renouvellement du mandat peut aussi devenir un affrontement sur la formulation des résolutions et le rôle de la mission.
Le scrutin attendu avant le 31 octobre sera donc un indicateur du rapport de force diplomatique, sans constituer un règlement du conflit. Il faudra examiner le texte adopté : la durée du mandat, les références à l’autodétermination et la manière dont il encadre les négociations. L’autre enjeu sera la capacité de Staffan de Mistura à conserver la confiance des parties, condition essentielle pour que les consultations de l’ONU restent un canal de dialogue plutôt qu’un nouveau terrain de confrontation.
La contestation du Polisario rappelle enfin que la médiation ne se mesure pas seulement à la reprise de discussions. Elle dépend aussi de la perception, par les acteurs concernés, de l’équilibre du cadre proposé. À l’approche du vote, cette question pourrait compter autant que la reconduction de la MINURSO.