À Kaduna, la campagne de Bola Tinubu s’ouvre sur une question qui pèsera dans l’isoloir : les réformes annoncées par le président peuvent-elles améliorer le quotidien avant que les électeurs ne choisissent leur prochain dirigeant ? Le rassemblement du 24 octobre a donné le coup d’envoi de sa quête d’un second mandat, à moins de trois mois du scrutin présidentiel prévu le 16 janvier 2027.

Un scrutin national, des réalités très différentes

Le Nigeria est une fédération de 36 États, à laquelle s’ajoute le Territoire de la capitale fédérale, où se trouve Abuja. Les enjeux ne se vivent pas partout de la même manière. Dans les grandes villes, les ménages et les entreprises ressentent directement le coût de la vie. Dans les zones rurales, l’accès aux routes, aux services publics et à la sécurité pèse aussi sur les déplacements et les revenus.

Le scrutin fédéral s’inscrit également dans un contexte ouest-africain marqué par des trajectoires politiques et sécuritaires contrastées. La CEDEAO, organisation régionale qui rassemble des États d’Afrique de l’Ouest, reste un cadre de coopération entre ses membres. Mais l’élection nigériane est d’abord une décision nationale : elle déterminera la direction politique et économique du pays le plus peuplé de la région.

Le vote de 2027 intervient après une présidentielle disputée. En 2023, la Commission électorale nationale indépendante (INEC) a déclaré Tinubu vainqueur avec 8 794 726 voix. Atiku Abubakar et Peter Obi étaient arrivés respectivement deuxième et troisième. Ces résultats officiels ne disent pas, à eux seuls, comment les électeurs jugeront le bilan du mandat en cours.

La continuité au cœur du message de Tinubu

À Kaduna, dans le nord-ouest du pays, le président a défendu la poursuite de son programme et promis de tenir un engagement de « prospérité, de continuité, de progrès et de développement ». Il a aussi affirmé vouloir éradiquer la faim et la pauvreté, tout en imputant une part de ces difficultés à ses adversaires. Cette accusation relève de son discours de campagne, et non d’un constat indépendant.

Le ministre des Travaux publics, David Umahi, a mis en avant les infrastructures achevées et les chantiers encore en cours. Son argument est politique autant que matériel : un nouveau mandat permettrait, selon lui, de terminer les projets engagés. Pour les électeurs, l’enjeu sera de distinguer les annonces, les travaux effectivement réalisés et leurs effets concrets sur les déplacements, les échanges et l’activité économique.

La sécurité a également été évoquée. Le gouverneur de l’État de Kaduna, Uba Sani, a présenté comme un progrès la circulation sur l’axe reliant Kaduna à Birnin Gwari, affirmant que les voyageurs pouvaient désormais s’y déplacer sans escorte policière. Cette déclaration décrit le bilan avancé par le gouverneur ; elle ne permet pas, à elle seule, de conclure que la sécurité est rétablie dans l’ensemble de l’État ou sur toutes les routes.

Le rassemblement a ainsi associé trois promesses : poursuivre les travaux, améliorer la situation économique et renforcer la sécurité. Mais les résultats ne se mesurent pas au même rythme. Un chantier peut être visible sans que ses bénéfices soient immédiatement accessibles aux habitants. De même, une amélioration sur un axe routier ne règle pas nécessairement les difficultés rencontrées dans d’autres localités.

Le coût de la vie, test central du bilan

La campagne commence alors qu’une partie de la population exprime son mécontentement face aux difficultés économiques. Tinubu demande aux électeurs de juger son projet dans la durée ; ses critiques peuvent, eux, concentrer le débat sur les effets déjà ressentis. Cette opposition entre promesse de continuité et attente de résultats risque de structurer les échanges jusqu’au vote.

Les conséquences sont différentes selon les acteurs. Les ménages doivent arbitrer leurs dépenses quotidiennes. Les petites entreprises et les travailleurs de l’économie informelle sont particulièrement sensibles aux variations des coûts et de la demande. Pour le gouvernement, l’enjeu consiste à défendre les réformes sans laisser les bénéfices annoncés paraître trop lointains. La campagne ne fournit pas encore d’indicateur indépendant permettant de mesurer l’ampleur de ces effets.

Les infrastructures offrent, elles aussi, un terrain de comparaison. Les autorités peuvent présenter les routes et les chantiers comme des preuves d’action. Les électeurs, notamment hors des centres urbains, peuvent surtout évaluer leur utilité réelle : une route praticable, des déplacements plus sûrs et un accès plus régulier aux marchés et aux services. Le bilan ne se résume donc ni au nombre de projets annoncés ni à leur visibilité lors d’un rassemblement.

Une opposition à rassembler avant janvier

En 2025, plusieurs figures de l’opposition, dont Atiku Abubakar et Peter Obi, avaient participé à une initiative de rapprochement politique. Le projet n’a pas débouché sur une alliance durable. À l’approche de l’élection, cette dispersion peut compliquer la constitution d’un défi commun au parti au pouvoir, même si elle ne préjuge pas du choix des électeurs ni de l’issue du scrutin.

Le calendrier officiel de l’INEC fixe le vote présidentiel au 16 janvier 2027. La campagne devra donc permettre aux candidats de présenter leurs programmes et aux électeurs de confronter les promesses au bilan. Parmi les points à suivre figurent l’évolution des candidatures, la capacité des formations d’opposition à coordonner leurs soutiens et la précision des propositions sur l’économie, les infrastructures et la sécurité.

Pour l’Afrique de l’Ouest, l’enjeu dépasse la compétition entre partis nigérians. La stabilité politique du Nigeria et les décisions de son prochain gouvernement pèseront sur les échanges et la coopération régionale. À Kaduna, Tinubu a choisi de défendre la continuité. D’ici au scrutin, sa campagne devra convaincre que cette continuité peut produire des résultats perceptibles dans des régions et des milieux sociaux aux attentes différentes.

Références vérifiables : compte rendu du lancement de campagne à Kaduna, calendrier électoral officiel de l’INEC et rapport officiel sur les résultats de 2023.