Dans le nord-ouest du Nigeria, la campagne présidentielle s’ouvre avec une question concrète pour les électeurs : les réformes engagées depuis 2023 finiront-elles par améliorer leur quotidien ? À Kaduna, Bola Tinubu a défendu la continuité de son action, alors que le coût de la vie et l’insécurité pèsent toujours dans le débat public.
À Kaduna, l’APC mise sur la continuité
Le président nigérian a lancé sa campagne pour un second mandat le 24 octobre 2026, lors d’un rassemblement de son parti, le Congrès des progressistes (APC), dans l’État de Kaduna. Le scrutin présidentiel est fixé au 16 janvier 2027 par la Commission électorale nationale indépendante, l’INEC.
Devant ses partisans, Bola Tinubu a présenté le prochain mandat comme une étape pour poursuivre le programme engagé. « Pour ce second mandat, il s’agit de tenir notre promesse de prospérité, de continuité, de progrès et de développement », a-t-il déclaré, selon les propos rapportés par l’Associated Press.
Le ministre des Travaux publics, David Umahi, a défendu le bilan du gouvernement en mettant en avant les infrastructures achevées et les chantiers en cours. Son argument est politique autant que budgétaire : maintenir l’équipe au pouvoir, affirme-t-il, permettrait de terminer les projets lancés. Mais la campagne devra aussi convaincre les habitants que ces investissements se traduisent par des bénéfices accessibles, au-delà des annonces et des grands axes.
La sécurité a également occupé une place importante dans les discours. Le gouverneur de Kaduna, Uba Sani, a évoqué une amélioration des déplacements sur l’axe reliant Kaduna à Birnin Gwari, affirmant qu’il était désormais possible de l’emprunter sans escorte policière. Cette appréciation lui est attribuée : elle ne constitue pas, à elle seule, un bilan indépendant de la situation sécuritaire dans l’État.
Le coût de la vie, test central du bilan
La promesse de prospérité se heurte à une économie qui nourrit le mécontentement d’une partie de la population. À Kaduna, Tinubu a rejeté la responsabilité de la faim et de la pauvreté sur ses adversaires, tout en déclarant vouloir les éradiquer. Cette attaque donne le ton d’une campagne où le bilan du pouvoir et la responsabilité politique dans les difficultés économiques devraient s’affronter.
Pour les ménages, le débat ne se résume pas à la croissance nationale ou au nombre de projets d’infrastructure. Il porte aussi sur le prix des biens essentiels, les revenus disponibles et la possibilité de conserver un emploi ou une activité. Les travailleurs du secteur informel, nombreux dans l’économie nigériane, sont particulièrement exposés aux variations de prix et disposent souvent de moins de protections que les salariés formels. La campagne devra donc confronter les résultats revendiqués par le gouvernement à l’expérience quotidienne des électeurs.
Les effets des politiques publiques ne sont pas uniformes. Les grands travaux peuvent améliorer les échanges entre villes et régions, mais leurs retombées dépendent de leur achèvement, de leur entretien et de leur accessibilité. Dans les zones touchées par l’insécurité, la liberté de circuler et la reprise des activités comptent autant que les annonces d’investissement. À l’inverse, les habitants des grandes villes peuvent ressentir plus directement les tensions sur le coût des transports et des produits courants.
Le gouvernement met en avant la continuité des réformes et des chantiers. Ses opposants, eux, chercheront à faire de la situation économique un jugement sur le mandat écoulé. La campagne devra ainsi préciser les mesures proposées, leur financement et le calendrier de leurs effets. Sans ces éléments, la promesse de prospérité restera difficile à évaluer pour les électeurs.
Une opposition à reconstruire avant le scrutin
En 2023, Bola Tinubu avait remporté 8 794 726 voix, devant Atiku Abubakar et Peter Obi. Le chiffre figure dans le rapport officiel de l’INEC et concorde avec les résultats compilés par le média nigérian BusinessDay. Ce précédent rappelle toutefois qu’une avance en voix ne dispense pas les candidats de convaincre des électorats aux attentes différentes.
Depuis cette élection, les figures de l’opposition ont tenté de coordonner leurs forces. Une alliance évoquée en 2025 autour d’Atiku Abubakar et de Peter Obi n’a pas tenu. La compétition s’annonce donc dans un paysage fragmenté, même si ces deux responsables restent parmi les adversaires les plus connus du président sortant. La capacité des partis à s’entendre sur une candidature, un programme et une organisation de terrain pèsera sur la course.
Pour l’APC, la campagne de Kaduna ouvre une séquence nationale : le parti a annoncé une tournée dans les États et le territoire fédéral, avec un calendrier qui s’étend jusqu’en janvier. Le lancement dans le nord-ouest souligne l’importance de cette région dans la bataille électorale, mais ne préjuge pas du résultat dans un pays où les rapports de force varient fortement d’un État à l’autre.
Un scrutin suivi au-delà du Nigeria
Le rendez-vous intéresse aussi l’Afrique de l’Ouest. Le Nigeria est le pays le plus peuplé du continent et un acteur majeur de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), organisation régionale de coopération et d’intégration. La tenue du scrutin, la confiance dans son administration et l’acceptation de ses résultats auront donc une portée qui dépasse Abuja et les États fédérés.
La prochaine étape sera de voir si la campagne transforme les promesses en propositions vérifiables sur l’économie, les infrastructures et la sécurité. D’ici au 16 janvier 2027, l’INEC devra conduire le processus électoral, tandis que les partis chercheront à mobiliser leurs bases et à élargir leur audience. Pour Tinubu, l’enjeu est de faire de la continuité une réponse convaincante aux difficultés vécues. Pour l’opposition, il est de montrer qu’une alternative peut s’organiser et réunir des soutiens à l’échelle nationale.