Un portefeuille sensible dans un pays où l’électricité reste rare

À Niamey, le dossier énergétique ne se résume pas à une ligne budgétaire. Il touche à la fois les écoles, les centres de santé, les ateliers, les petites entreprises et les ménages qui vivent encore avec des coupures fréquentes ou sans raccordement du tout. Au Niger, l’accès à l’électricité reste un enjeu de base, parce qu’il conditionne autant la vie quotidienne que la marche de l’économie. Le gouvernement a fixé un cap ambitieux : porter le taux d’accès national à 60 % d’ici 2030, contre 21,9 % dans le cadrage repris par les autorités.

Ce cap ne sort pas de nulle part. Il s’inscrit dans le pacte énergétique adopté par le Niger dans le cadre de l’initiative Mission 300, portée par la Banque mondiale et la Banque africaine de développement, qui vise à connecter 300 millions d’Africains à l’électricité d’ici 2030. Dans le cas nigérien, le document de suivi du premier trimestre 2026 rappelle l’objectif d’atteindre 60 % d’accès, de mobiliser environ 527 millions de dollars d’investissements privés et de faire monter la part des énergies renouvelables dans le mix électrique.

Un réaménagement gouvernemental qui place l’énergie au centre

Le mardi 15 septembre 2026, le président nigérien, le général d’armée Abdourahamane Tiani, a signé un décret de réaménagement technique du gouvernement. Le lieutenant-colonel Seyni Alzouma a été nommé ministre de l’Énergie. Il remplace Amadou Haoua. Le même texte a aussi concerné trois autres portefeuilles : l’Agriculture et l’Élevage, la Refondation et la Promotion des Valeurs sociales, ainsi que la Communication et les Nouvelles Technologies. Le gouvernement nigérien compte désormais 26 membres, selon le portail officiel.

La nomination intervient quelques jours après un autre mouvement au sommet de l’appareil sécuritaire. Le 11 septembre 2026, le général Mamane Sani Kiaou a été nommé chef d’état-major des armées, en remplacement du général Moussa Salaou Barmou, d’après des comptes rendus de presse et un décryptage repris par l’agence Associated Press. Dans un pays où la sécurité reste un sujet structurant, ces ajustements successifs traduisent une volonté de resserrer les leviers de commandement autour de dossiers jugés stratégiques par les autorités.

Pour le nouveau ministre, l’enjeu est concret. Le pays dispose d’un potentiel solaire important, mais le passage du potentiel à l’équipement demande des réseaux, des financements, de la maintenance et des règles claires. Le ministère de l’Énergie liste déjà plusieurs chantiers : expansion du réseau, électrification rurale, centrales solaires décentralisées et projets structurants comme NELACEP, destiné à étendre l’accès dans les centres urbains et certaines zones rurales. Un autre programme, RANA, financé par la Banque africaine de développement, vise aussi à renforcer l’accès grâce au solaire.

Ce que cette nomination change pour les Nigériens

Le changement de ministre ne règle pas, à lui seul, la question de l’électricité. Mais il signale la place politique prise par ce dossier. Dans les grandes villes, les ménages et les commerçants attendent surtout une offre plus stable et moins coûteuse. Dans les zones rurales, la priorité reste l’extension du réseau ou l’arrivée de solutions décentralisées, souvent solaires, qui permettent d’alimenter des villages, des pompes, des dispensaires et des équipements de base. La différence est nette entre la capitale, Niamey, et les régions plus éloignées, où l’électrification avance souvent par projets ponctuels plutôt que par continuité de service.

Les autorités veulent aussi réduire la dépendance aux importations d’électricité et diversifier le mix. Le plan du pays prévoit une montée de la part des renouvelables à 30 % d’ici 2030, avec des projets solaires et hybrides déjà intégrés au pacte national. Cette orientation compte pour un État sahélien qui doit composer avec la hausse de la demande, des infrastructures encore limitées et des contraintes budgétaires fortes. Elle compte aussi pour les entreprises, car l’énergie chère ou instable pèse sur la production, la chaîne du froid, les services numériques et l’emploi informel.

La portée sociale est tout aussi importante. Quand l’électricité manque, ce sont les coûts du quotidien qui montent : conservation des aliments, charge des téléphones, éclairage, petites réparations, irrigation de proximité. Dans un pays où une partie de la population vit de l’agriculture, du petit commerce et de l’artisanat, chaque kilowattheure disponible peut transformer l’activité locale. Les projets publics cités par le ministère visent précisément à densifier le réseau et à raccorder davantage d’abonnés, ce qui explique la place centrale donnée à ce portefeuille dans le réaménagement gouvernemental.

Une séquence à suivre à l’échelle sahélienne et africaine

Le dossier dépasse les frontières du Niger. Dans le Sahel, plusieurs États cherchent à conjuguer souveraineté énergétique, baisse des coûts et recours accru au solaire. Le cas nigérien s’inscrit aussi dans une dynamique continentale plus large : celle d’un rattrapage de l’accès à l’électricité, porté par la Banque africaine de développement et la Banque mondiale, avec Mission 300. En juin 2026, les deux institutions ont annoncé avoir déjà connecté plus de 50 millions de personnes à travers l’Afrique, ce qui donne une mesure du chantier en cours.

Pour Niamey, la prochaine étape sera donc moins politique que pratique : transformer un cap annoncé en raccordements, en centrales fonctionnelles, en réseaux fiabilisés et en tarifs supportables. La crédibilité du nouveau ministre de l’Énergie se jouera sur cette capacité à faire avancer des projets visibles, du centre urbain jusqu’aux localités les plus éloignées, dans un calendrier qui reste serré à l’horizon 2030.