À Niamey, l’inquiétude grandit autour d’une disparition qui touche bien au-delà de la famille de Moussa Kaka. Depuis le lundi 31 août 2026, ce journaliste nigérien expérimenté reste introuvable après avoir quitté les locaux de son média. Son véhicule n’a pas non plus été retrouvé.

Une disparition signalée après le départ de son bureau

Moussa Kaka a quitté les locaux de la Radio-Télévision Saraounia, dans le quartier de Kalley-Est à Niamey, vers 19 heures. Il devait regagner son domicile. Depuis, ses proches et ses collaborateurs disent ne plus avoir eu de contact avec lui.

Ces éléments ont été rapportés par sa famille, des organisations professionnelles et des associations de défense des droits humains. L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains, partenariat de la Fédération internationale pour les droits humains et de l’Organisation mondiale contre la torture, a demandé des informations urgentes sur sa situation.

À ce stade, aucune autorité nigérienne n’a publiquement expliqué où se trouve le journaliste ni annoncé l’ouverture d’une enquête. Cette absence de communication alimente les interrogations, sans toutefois permettre d’établir officiellement les circonstances de sa disparition.

Le collectif G25-Niger affirme, de son côté, que Moussa Kaka aurait été suivi après son départ du bureau, puis intercepté sur son trajet. Le groupe évoque une implication possible de services de renseignement. Ces accusations n’ont pas été confirmées par une source officielle indépendante et doivent donc être considérées avec prudence.

Un journaliste connu pour couvrir les crises du Niger

Moussa Kaka dirige le groupe de presse Saraounia, qui comprend une radio et une chaîne de télévision privées. D’après Reporters sans frontières, le groupe emploie plusieurs dizaines de personnes et dispose d’une présence à Niamey ainsi que dans différentes localités, notamment à Tahoua, Maradi et Madaoua.

Le journaliste a commencé sa carrière à la radio nationale du Niger avant de créer Radio Saraounia en 1999. La télévision du même groupe a été lancée en 2011. Pendant plusieurs décennies, il a suivi la vie politique, les questions de sécurité, les conflits armés et les débats sur la gouvernance dans son pays.

Il a également été correspondant de Radio France Internationale au Niger jusqu’en 2023, année au cours de laquelle les autorités militaires ont suspendu la diffusion de cette radio dans le pays. Il a aussi travaillé avec Reporters sans frontières sur des questions liées à la liberté de la presse et à la protection des journalistes.

Son parcours explique la portée particulière de sa disparition. Moussa Kaka n’est pas seulement un responsable de média. Il est aussi une figure connue de la profession, en contact avec des journalistes, des responsables politiques, des organisations de la société civile et des acteurs de la sécurité.

Un contexte politique et médiatique plus tendu

La disparition intervient dans une période de forte tension au Niger. Le pays est dirigé par le général Abdourahamane Tiani depuis le coup d’État du 26 juillet 2023. Cette rupture politique a entraîné une longue confrontation avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO, organisation régionale chargée notamment de défendre la coopération et la stabilité en Afrique de l’Ouest.

Depuis cette période, les autorités ont renforcé leur contrôle sur l’espace public. Des organisations de la société civile ont été dissoutes ou suspendues. Des opposants et des personnalités critiques ont été arrêtés. Plusieurs médias ont aussi fait état de pressions, de restrictions administratives ou de difficultés à exercer leur activité.

Human Rights Watch a rappelé que Moussa Kaka avait déjà été arrêté en octobre 2025 avec cinq autres journalistes. Leur interpellation était intervenue après l’annonce d’un point de presse consacré à un fonds de solidarité destiné à soutenir les opérations des forces de sécurité. Les circonstances et les suites judiciaires de cette affaire avaient alors suscité des inquiétudes parmi les organisations de défense de la presse.

La disparition actuelle survient quelques jours après une tentative de mutinerie signalée à Niamey les 28 et 29 août 2026. Des militaires auraient pris le contrôle de sites stratégiques avant que la situation ne soit rétablie. Le pouvoir nigérien a depuis procédé à des changements dans la hiérarchie militaire. Le lien entre cet épisode et la disparition de Moussa Kaka n’est pas établi.

Les demandes des organisations de presse et des droits humains

Le Comité pour la protection des journalistes, Reporters sans frontières, Human Rights Watch, l’Union des journalistes de la presse libre africaine et l’Observatoire FIDH-OMCT demandent aux autorités de localiser Moussa Kaka et de garantir sa sécurité.

Leur demande porte d’abord sur un fait simple : savoir si le journaliste est libre, détenu ou victime d’une disparition forcée. Une détention non reconnue priverait sa famille d’informations essentielles et limiterait l’accès à un avocat. Une enquête indépendante serait donc nécessaire pour vérifier les témoignages, exploiter les images de vidéosurveillance et retracer le parcours de son véhicule.

Pour les professionnels des médias, l’affaire crée aussi un climat d’incertitude. Dans la capitale comme dans les régions, les journalistes doivent déjà composer avec les restrictions liées à la sécurité, les risques de poursuites et la difficulté d’obtenir des informations officielles. La disparition d’un directeur de média reconnu peut renforcer l’autocensure, en particulier sur les sujets militaires et politiques.

Un dossier suivi au-delà des frontières nigériennes

Le cas de Moussa Kaka dépasse désormais le cadre national. Il concerne la liberté de la presse au Niger, mais aussi la capacité des institutions régionales et continentales à réagir lorsqu’un journaliste disparaît dans un contexte de transition militaire.

La CEDEAO reste un acteur régional important malgré la rupture politique entre plusieurs régimes issus de coups d’État et l’organisation ouest-africaine. L’Union africaine, de son côté, suit depuis longtemps les conséquences des changements anticonstitutionnels de gouvernement et les restrictions visant les libertés publiques.

La priorité immédiate demeure la localisation de Moussa Kaka et la confirmation de son état de santé. Tant qu’aucune information officielle et vérifiable ne sera publiée, les hypothèses sur ses ravisseurs ou sur une éventuelle détention doivent rester attribuées. Pour sa famille, ses collègues et la profession, chaque jour sans réponse renforce l’urgence d’une clarification publique.