Une route maritime de plus pour un chantier qui pèse sur tout le nord mozambicain
À Afungi, dans la province de Cabo Delgado, le gaz ne se joue pas seulement sous terre ou en mer. Il se joue aussi sur les routes, dans les ports et dans les temps de transit. Quand un projet industriel de cette taille redémarre, la première bataille est souvent logistique. Et au Mozambique, ce sujet a une portée immédiate pour Maputo, Nacala, puis pour les corridors qui irriguent l’intérieur du pays et les pays voisins.
C’est dans ce contexte que Mediterranean Shipping Company a lancé Afungi Shuttle, une liaison maritime dédiée au chantier Mozambique LNG. Le service doit acheminer matériaux de construction, machines, pièces de rechange et autres cargaisons vers le site. MSC présente cette offre comme un dispositif pensé pour accompagner l’activité croissante dans le nord du Mozambique.
Nacala et Maputo, deux portes d’entrée qui changent d’échelle
Le choix de Nacala et de Maputo n’a rien d’anodin. Nacala est l’un des grands débouchés du corridor logistique du nord, relié à l’hinterland par le rail et connecté aux échanges avec le Malawi et la Zambie. Maputo, lui, reste la grande porte du sud, arrimée au couloir économique avec l’Afrique du Sud. Ces deux plateformes concentrent désormais une part accrue des flux liés à Afungi.
Cette organisation dit beaucoup de la stratégie mozambicaine. Le pays ne mise pas seulement sur une ressource. Il cherche aussi à structurer des corridors capables de servir le gaz, mais aussi d’autres marchandises, vers l’arrière-pays et la région. C’est l’une des raisons pour lesquelles la SADC suit de près les infrastructures énergétiques et de transport mozambicaines, notamment dans la logique d’un marché régional du gaz.
Pour les armateurs et les entreprises sous-traitantes, l’intérêt est simple : un seul interlocuteur, une seule réservation, et une chaîne de transport plus lisible entre l’Europe, l’Asie, le Moyen-Orient et Cabo Delgado. Pour un site aussi isolé, cette simplification vaut presque autant qu’un nouvel équipement.
Le redémarrage d’Afungi relance des promesses, mais aussi des attentes très concrètes
Le lancement d’une telle liaison maritime intervient après le redémarrage complet des activités de Mozambique LNG, annoncé à Afungi le 29 janvier 2026 par TotalEnergies et le président mozambicain Daniel Chapo. La présidence a alors évoqué un investissement global d’environ 15,4 milliards de dollars et un potentiel de recettes publiques de 35 milliards de dollars sur la durée de vie du projet. TotalEnergies a, de son côté, indiqué que plus de 4 000 travailleurs étaient déjà mobilisés à cette date, dont plus de 3 000 Mozambicains.
En juillet 2026, le groupe a aussi indiqué que le chantier était achevé à 42 % et mobilisait plus de 6 000 personnes, selon des déclarations rapportées par la presse spécialisée. Ces chiffres montrent que la phase industrielle s’intensifie. Mais ils rappellent aussi que chaque étape du projet dépend d’une chaîne d’approvisionnement robuste, dans une province longtemps marquée par l’insécurité et les interruptions de chantier.
Pour l’État mozambicain, l’enjeu est double. D’un côté, il s’agit de transformer un gisement en revenus, emplois et infrastructures. De l’autre, il faut éviter que l’économie locale ne reste cantonnée au rôle de zone de passage. Les emplois directs annoncés, les formations techniques et la montée en puissance des services portuaires peuvent bénéficier aux Mozambicains, à condition que les retombées ne se limitent pas aux grands contrats et aux enclaves industrielles.
Ce que ce service dit du Mozambique de 2026
Le cas Afungi dépasse donc le seul dossier gazier. Il montre comment le Mozambique tente de convertir sa position géographique en avantage stratégique. Maputo reste lié au commerce sud-africain. Nacala irrigue le nord et l’intérieur régional. Afungi, enfin, devient un test de capacité pour tout l’arc logistique du pays. Si ce maillon tient, il peut servir d’argument à d’autres projets miniers, énergétiques ou industriels en Afrique australe.
Mais la portée continentale est plus large encore. Mozambique LNG compte parmi les grands projets gaziers d’Afrique subsaharienne. Sa relance est suivie par les États de la SADC, par les investisseurs et par les voisins qui observent déjà l’usage des corridors portuaires. Pour l’Afrique australe, la vraie question n’est pas seulement de savoir quand partira la première cargaison de GNL, attendue pour 2029. Elle est de savoir si les infrastructures construites autour du projet renforceront durablement la connectivité régionale, ou si elles resteront un système tourné vers un seul chantier.
Dans un Mozambique où la capitale Maputo reste le centre politique et où Cabo Delgado concentre les espoirs gaziers, cette nouvelle liaison maritime résume une équation simple : le gaz ne voyage pas seul. Il entraîne avec lui ports, rails, emplois, sécurité et arbitrages économiques. C’est là que se jouera, bien au-delà d’Afungi, la solidité du pari mozambicain.