Au Mozambique, le contrôle d’une grande mine de sables minéralisés pourrait changer de mains. International Resources Holdings (IRH), groupe basé à Abou Dhabi, a transmis une proposition préliminaire pour racheter Kenmare Resources, l’opérateur de Moma, dans le nord du pays.

L’opération n’est pas encore conclue. Elle ouvre toutefois une nouvelle étape dans la montée en puissance d’IRH sur le continent, au moment où les minerais stratégiques attirent des capitaux venus du Golfe, d’Asie et d’Afrique.

Un actif mozambicain au centre des discussions

Kenmare Resources a confirmé le mardi 6 octobre 2026 avoir reçu une proposition non contraignante d’IRH. Celle-ci porte sur une éventuelle offre en numéraire visant l’ensemble du capital de la société.

Les discussions se poursuivent. Kenmare précise qu’aucune offre ferme n’est garantie à ce stade. Selon les règles britanniques et irlandaises applicables aux opérations de rachat, IRH doit annoncer avant 17 heures, le 17 novembre 2026, son intention de déposer une offre ferme ou de renoncer au projet.

Le montant envisagé n’a pas été rendu public. Les deux parties n’ont pas non plus détaillé les conditions financières ou industrielles d’une éventuelle transaction.

Kenmare exploite la mine de Moma, située dans la province de Nampula, au nord du Mozambique. Le site produit principalement de l’ilménite, du rutile et du zircon. Ces minerais sont extraits de sables lourds et alimentent notamment les industries des pigments, des peintures, des plastiques, des céramiques et des matériaux réfractaires.

La mine dispose de ressources permettant, selon l’opérateur, de soutenir la production pendant plus d’un siècle au rythme actuel. En 2025, Moma a produit environ 842 300 tonnes d’ilménite, 50 000 tonnes de zircon, 8 600 tonnes de rutile et d’autres concentrés minéraux. Kenmare a également indiqué que Moma représentait environ 7 % des exportations mozambicaines.

Ces données proviennent de la présentation officielle de Kenmare. Elles donnent une idée du poids économique du site, mais ne préjugent pas de la rentabilité future de l’actif. Les prix des sables minéralisés restent sous pression et les volumes peuvent varier selon les conditions d’exploitation et la demande mondiale.

IRH élargit son portefeuille minier africain

Le projet mozambicain s’inscrit dans une stratégie plus large. En Zambie, IRH a pris en 2024 une participation majoritaire indirecte dans Mopani Copper Mines. L’entreprise émiratie détient 51 % de la société qui contrôle l’actif, tandis que la holding publique zambienne ZCCM-IH conserve 49 %.

En République démocratique du Congo, IRH a ensuite acquis une participation d’environ 56 % dans Alphamin Resources. Cette société exploite Bisie, une importante mine d’étain située dans la province du Nord-Kivu. La transaction, finalisée en juillet 2025, a été réalisée pour environ 503 millions de dollars canadiens, soit près de 367 millions de dollars américains au moment de l’annonce.

Le cuivre de Mopani, l’étain de Bisie et les minerais de titane de Moma ne répondent pas aux mêmes usages. Leur point commun réside dans leur importance pour les chaînes industrielles mondiales. Le cuivre est indispensable aux réseaux électriques et aux équipements énergétiques. L’étain intervient dans les soudures et l’électronique. L’ilménite et le rutile servent notamment à produire le dioxyde de titane, un pigment largement utilisé dans les peintures et les revêtements.

Le zircon complète cette logique. Il entre dans la fabrication de céramiques et de produits résistants à de très fortes températures. Moma produit aussi de petites quantités de monazite, un minéral pouvant contenir des terres rares.

Le dossier reste lié aux conditions mozambicaines

Pour IRH, Moma présente l’avantage d’être une mine déjà en production. Le groupe évite ainsi une partie des risques liés à l’exploration et au développement d’un projet entièrement nouveau. Cette approche correspond à sa progression récente en Afrique, fondée sur des actifs existants et des matières premières recherchées.

Mais l’acquisition éventuelle ne se limiterait pas au prix des minerais. Elle devrait aussi intégrer les conditions fiscales et réglementaires négociées avec le gouvernement mozambicain.

Kenmare discute depuis plusieurs années avec les autorités du Mozambique du renouvellement de son accord d’application. Ce texte encadre notamment les modalités fiscales liées au traitement et à l’exportation des produits de Moma. L’accord précédent, conclu pour vingt ans, est arrivé à échéance à la fin de 2024. Ses dispositions continuent toutefois de s’appliquer dans l’attente d’un nouveau cadre.

Kenmare a fait état de progrès dans les discussions. L’entreprise a aussi averti qu’un échec des négociations ou une modification unilatérale des conditions pourrait conduire à une procédure d’arbitrage. Pour un éventuel acquéreur, cette incertitude pèse directement sur la valeur de l’actif et sur ses perspectives de développement.

Le contexte industriel est également moins favorable qu’au sommet du cycle précédent. Kenmare a signalé une baisse de ses revenus au premier semestre 2026, dans un marché marqué par la faiblesse des prix des minerais de titane. Le zircon, qui représente une part importante du chiffre d’affaires, montre toutefois des signes de stabilisation.

Un enjeu pour le Mozambique et la SADC

À Maputo, le dossier pose la question classique des grands investissements miniers : comment attirer des capitaux tout en sécurisant les recettes publiques, l’emploi local et les retombées pour les communautés proches des sites d’extraction ?

La réponse ne dépendra pas seulement de l’identité du propriétaire. Elle reposera aussi sur les engagements pris en matière de fiscalité, de formation, de sous-traitance mozambicaine, de protection environnementale et de dialogue avec les populations concernées.

Le Mozambique appartient à la SADC, la Communauté de développement de l’Afrique australe. Cette organisation regroupe notamment la Zambie et la République démocratique du Congo, deux pays où IRH possède déjà des intérêts miniers. L’éventuelle entrée du groupe à Moma renforcerait donc sa présence dans un espace régional reliant le cuivre zambien, l’étain congolais et les minerais lourds mozambicains.

Pour le Mozambique, l’opération pourrait apporter un investisseur disposant d’une capacité financière importante. Elle pourrait aussi accroître la concentration d’actifs miniers stratégiques entre les mains d’un même groupe extérieur. Le prochain jalon sera la décision attendue au plus tard le 17 novembre 2026. D’ici là, l’évolution de l’accord entre Kenmare et les autorités mozambicaines permettra de mesurer la marge de manœuvre réelle du futur propriétaire de Moma.