À Rabat, la composition du prochain gouvernement marocain ouvre une séquence politique inédite. Le 29 septembre 2026, Fatima Ezzahra El Mansouri a été chargée de former l’exécutif. Elle devient ainsi la première femme appelée à diriger le gouvernement du Maroc depuis l’indépendance.
Une nomination annoncée au Palais royal de Rabat
Le roi Mohammed VI a reçu Fatima Ezzahra El Mansouri au Palais royal de Rabat, avant de la nommer cheffe du gouvernement en vertu de l’article 47 de la Constitution. Cette disposition prévoit que le souverain choisit le chef de l’exécutif au sein du parti arrivé en tête des élections législatives.
La décision a été annoncée par le communiqué de la Maison Royale. Fatima Ezzahra El Mansouri devra désormais mener les consultations avec les formations représentées au Parlement, puis proposer une équipe gouvernementale au souverain.
Son parti, l’Authenticité et la Modernité (PAM), est arrivé en tête des élections législatives organisées le 23 septembre 2026, d’après les résultats rapportés par l’Agence de presse africaine. Le système électoral marocain rend toutefois improbable la formation d’un gouvernement par une seule formation. Une coalition sera donc nécessaire.
Dans sa première déclaration, la nouvelle cheffe du gouvernement a indiqué vouloir présenter une équipe « à la hauteur des attentes » du roi et des citoyennes et citoyens. Cette formule fixe le ton de la prochaine étape : la nomination constitue un tournant symbolique, mais elle ne règle pas encore la question de la majorité parlementaire.
Une dirigeante déjà présente au cœur de l’appareil d’État
Fatima Ezzahra El Mansouri n’entre pas dans la politique nationale sans expérience. Avocate de formation, elle a dirigé la ville de Marrakech et occupait jusqu’à sa nomination le portefeuille de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville.
Cette trajectoire lui donne une connaissance directe des collectivités locales, des politiques urbaines et des grands projets d’aménagement. Elle devra maintenant passer d’un rôle ministériel et municipal à la coordination de l’ensemble de l’action publique.
Le portail officiel du gouvernement marocain la présente parmi les responsables de l’exécutif, dans une période où le royaume accélère ses investissements dans les infrastructures, les transports, le logement et les équipements publics.
Le prochain gouvernement héritera donc d’un agenda chargé. Il devra répondre aux attentes liées à l’emploi, au pouvoir d’achat, à la qualité des services publics et à la réduction des écarts entre territoires. Ces questions ne se posent pas de la même manière à Rabat, à Casablanca ou à Marrakech, dans les villes moyennes et dans les zones rurales.
Le symbole ne suffira pas à lui seul
La nomination d’une femme à la tête du gouvernement marque une évolution importante de la représentation politique au Maroc. Elle intervient après plusieurs années de progression de femmes marocaines dans les institutions, les collectivités territoriales, l’administration et les entreprises publiques.
Mais cette avancée ne sera pleinement jugée qu’à l’épreuve des résultats. La nouvelle équipe devra notamment transformer les engagements politiques en mesures concrètes. Les ménages urbains surveilleront l’évolution des prix et de l’emploi. Dans les territoires ruraux, l’accès aux soins, à l’eau, aux transports et à l’éducation restera déterminant.
La question de la méthode sera également centrale. La cheffe du gouvernement devra composer avec des partis aux intérêts différents, des groupes parlementaires issus d’un scrutin disputé et une administration habituée à fonctionner dans un cadre institutionnel fortement structuré autour de la monarchie.
Le PAM, formation centriste créée au début des années 2000, devra en outre démontrer sa capacité à transformer une victoire électorale en majorité stable. Les négociations porteront sur la répartition des portefeuilles, mais aussi sur les priorités du programme gouvernemental et le calendrier des réformes.
Un changement observé dans l’espace nord-africain
Cette nomination résonne au-delà des frontières marocaines. En Afrique du Nord, la Tunisie avait déjà confié la direction de son gouvernement à Najla Bouden, nommée en 2021. Le Maroc devient cependant le premier pays de la région à inscrire cette accession dans une nouvelle alternance gouvernementale issue d’élections législatives.
La portée régionale reste toutefois différente selon les pays. Le Maghreb ne dispose pas aujourd’hui d’une intégration politique comparable à celle de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest ou de la Communauté d’Afrique de l’Est. L’Union du Maghreb arabe existe comme cadre institutionnel, mais ses mécanismes de coopération demeurent limités.
Le Maroc continuera donc d’inscrire cette séquence dans ses relations bilatérales, ses partenariats africains et son action au sein de l’Union africaine. La nouvelle cheffe du gouvernement devra préserver cet équilibre entre les priorités nationales, l’ouverture économique du royaume et ses engagements sur le continent.
Les premiers tests du nouveau gouvernement
Le premier test sera parlementaire. Fatima Ezzahra El Mansouri devra réunir une coalition capable d’obtenir la confiance des députés et de soutenir le budget ainsi que les principales réformes.
Le deuxième test sera social. Le Maroc investit dans plusieurs grands chantiers liés aux infrastructures et à la préparation de la Coupe du monde de football 2030. Le gouvernement devra montrer que ces investissements bénéficient aussi aux services essentiels et à l’emploi, au-delà des grands centres urbains.
Le troisième test sera territorial. Les politiques nationales devront tenir compte des écarts persistants entre les régions. La réussite du nouvel exécutif se mesurera autant dans les métropoles que dans les provinces éloignées des circuits économiques les plus dynamiques.
La formation du gouvernement dira enfin si cette nomination ouvre une nouvelle manière de gouverner ou si elle prolonge les équilibres politiques déjà en place. Dans les prochaines semaines, la composition de l’équipe ministérielle et son programme fourniront les premiers éléments de réponse.