À Rabat comme dans les grandes villes marocaines, le scrutin du 23 septembre 2026 met face à face deux réalités. D’un côté, une compétition électorale dense, avec 395 sièges à pourvoir à la Chambre des représentants. De l’autre, un électorat inscrit qui reste marqué par un fort déséquilibre entre les générations et par une participation des jeunes encore incertaine.
Un scrutin national aux règles déjà fixées
Les Marocains sont appelés à élire les membres de la Chambre des représentants le mercredi 23 septembre 2026. Cette chambre du Parlement examine les lois, contrôle l’action du gouvernement et participe à la formation de la majorité parlementaire. Le vote se déroule au suffrage universel direct, selon un scrutin de liste.
Le rendez-vous constitue les douzièmes élections législatives organisées depuis l’indépendance du Maroc. La date du scrutin a été fixée par le gouvernement en mars 2026. La campagne électorale s’est ouverte le 10 septembre et s’achève le 22 septembre à minuit, conformément au calendrier officiel.
Au total, 15 801 162 électeurs figurent sur les listes électorales générales. Le chiffre a été publié par le portail officiel du Maroc, qui détaille également la répartition du corps électoral. Vingt-huit partis, dont une alliance créée pour cette échéance, ainsi que deux listes de candidats indépendants, se disputent les 395 sièges.
La compétition compte 1 850 listes de candidature et 7 288 candidatures au niveau national. Cela représente plus de 18 candidatures en moyenne pour chaque siège. Parmi les candidats, 227 parlementaires sortants cherchent à conserver leur mandat.
La présence des femmes progresse dans les candidatures. Les autorités recensent 2 658 candidatures féminines. Elles comprennent notamment 235 listes régionales exclusivement réservées aux femmes, réunissant 1 783 candidates. Cette organisation vise à maintenir une représentation féminine dans un système électoral où l’accès aux mandats reste disputé.
Un électorat vieillissant face à des attentes nouvelles
La structure des listes électorales donne une indication importante sur le défi de la mobilisation. Les personnes âgées de 60 ans et plus représentent plus de 29 % des inscrits. À l’inverse, les électeurs âgés de 18 à 24 ans ne comptent que pour 4 % du corps électoral. La tranche des 25-34 ans représente 15 %.
Cette répartition ne signifie pas que la jeunesse marocaine est absente de la vie publique. Elle rappelle plutôt que l’inscription sur les listes électorales ne suit pas automatiquement l’arrivée à la majorité. Pour voter, les citoyens doivent être inscrits dans les conditions prévues par la législation électorale. Cette démarche peut contribuer à expliquer la faible part des 18-24 ans dans les listes définitives.
Le corps électoral reste également majoritairement masculin. Les hommes représentent 54 % des inscrits, contre 46 % de femmes. La majorité des électeurs vit par ailleurs en milieu urbain, avec une part de 55 %, contre 45 % dans les zones rurales.
Ces écarts comptent dans une campagne où l’emploi, le pouvoir d’achat, le logement et la protection sociale occupent une place centrale. Les priorités ne se présentent toutefois pas de la même manière selon les territoires. Dans les grandes villes, l’accès à un emploi stable et le coût du logement dominent souvent les préoccupations. Dans les zones rurales, l’accès aux services, aux revenus réguliers et aux infrastructures reste déterminant.
L’emploi des jeunes au cœur de la compétition
La question de l’emploi donne une portée concrète au déséquilibre générationnel des listes électorales. Selon le Haut-Commissariat au plan, le taux de chômage strict des 15-24 ans s’élevait à 29,2 % au premier trimestre 2026. Il a ensuite reculé à 27,2 % au deuxième trimestre, tout en restant le niveau le plus élevé parmi les catégories d’âge suivies.
Le taux national de chômage strict a atteint 9,5 % au deuxième trimestre 2026. Le chômage touche davantage les espaces urbains et les femmes. Ces écarts montrent que la question de l’emploi ne se résume pas à un indicateur national. Elle varie selon l’âge, le sexe, le niveau de qualification et le lieu de résidence.
Pour les jeunes diplômés, l’enjeu porte sur l’accès au premier emploi et sur la correspondance entre les formations et les besoins des entreprises. Pour une partie de la jeunesse rurale, il concerne aussi la mobilité, la formation professionnelle et la possibilité de construire un revenu sans quitter son territoire.
Les partis doivent donc convaincre un électorat plus âgé, souvent davantage présent dans les listes, tout en répondant aux attentes d’une génération moins représentée dans les inscriptions. Ce décalage peut peser sur la perception des programmes et sur la confiance accordée aux institutions.
La participation et la confiance comme tests politiques
Le résultat du 23 septembre ne se mesurera pas seulement au nombre de sièges remportés. Le niveau de participation constituera un autre indicateur important. Il permettra d’évaluer la capacité des partis à mobiliser au-delà de leurs réseaux habituels et à renouer avec les électeurs éloignés de la politique institutionnelle.
Les autorités ont renforcé les règles encadrant la campagne. Le contrôle des dépenses, les conditions d’utilisation des médias publics et la lutte contre les fausses informations font partie des dispositions mises en avant pour ce scrutin. Les comptes de campagne doivent être déposés dans un délai de 90 jours après la proclamation des résultats.
La supervision repose aussi sur la présence d’observateurs nationaux et internationaux. La Commission spéciale chargée de l’accréditation a prévu la participation d’organisations indépendantes. Une mission de la Ligue des États arabes figure également parmi les observateurs annoncés.
Le vote des Marocains résidant à l’étranger s’effectue par procuration, selon les modalités prévues par la loi organique relative à la Chambre des représentants. Ce dispositif permet à la diaspora de participer depuis l’extérieur du territoire national, sans instaurer un vote direct dans les bureaux consulaires.
Un scrutin suivi au-delà des frontières marocaines
La future majorité devra agir dans un contexte où le Maroc poursuit de grands investissements dans les infrastructures, les transports et les équipements publics. La préparation de la Coupe du monde 2030, organisée avec l’Espagne et le Portugal, ajoute une dimension économique et territoriale aux choix du prochain Parlement.
Les décisions budgétaires concerneront à la fois les métropoles engagées dans les projets liés à cette compétition et les régions qui attendent des retombées plus durables. La question sera de savoir comment articuler les investissements internationaux, la création d’emplois locaux et l’amélioration des services publics.
À l’échelle nord-africaine, le scrutin marocain intervient alors que les trajectoires politiques et économiques des pays du Maghreb restent très différentes. Le Maroc ne relève pas d’une communauté économique régionale active comparable à la CEDEAO ou à la SADC. Son action régionale passe notamment par l’Union du Maghreb arabe, par l’Union africaine et par ses partenariats économiques avec le continent.
Les premiers résultats provisoires sont attendus à partir du 24 septembre 2026. Ils indiqueront la nouvelle répartition des forces à la Chambre des représentants. Ils permettront surtout de mesurer si les formations politiques ont réussi à transformer les préoccupations liées à l’emploi, au pouvoir d’achat et aux services publics en participation électorale.