Au Maroc, le scrutin du 23 septembre 2026 ne se résume pas à la victoire du Parti authenticité et modernité. Il ouvre surtout une période de négociations politiques, alors que moins de quatre électeurs inscrits sur dix se sont rendus aux urnes.
Un Parlement recomposé, sans majorité pour le parti arrivé en tête
Les résultats provisoires annoncés le jeudi 24 septembre par le ministre marocain de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, placent le PAM en première position avec 97 sièges sur les 395 que compte la Chambre des représentants. Le Rassemblement national des indépendants (RNI) arrive ensuite avec 66 élus, devant le Parti de l’Istiqlal, crédité de 65 sièges.
Le Parti de la justice et du développement (PJD) crée la principale surprise du scrutin. Après sa chute brutale en 2021, lorsqu’il était passé de 125 à 13 députés, il remonte à 54 sièges. Ce retour lui redonne un poids réel dans les discussions parlementaires, même s’il reste loin de son niveau de 2016.
Le Mouvement populaire obtient 29 sièges. L’Union socialiste des forces populaires en recueille 26, le Parti du progrès et du socialisme 19 et l’Union constitutionnelle 17. Le Mouvement démocratique et social ainsi que l’Alliance de la gauche remportent chacun huit sièges. Plusieurs formations complètent la Chambre avec une représentation limitée.
Le PAM reste toutefois très éloigné de la majorité absolue, fixée à 198 députés. Le prochain gouvernement devra donc reposer sur une coalition. En vertu de la Constitution marocaine de 2011, le roi nomme le chef du gouvernement au sein du parti arrivé en tête des élections à la Chambre des représentants. La composition de l’exécutif dépendra ensuite des alliances négociées entre les formations représentées.
La participation devient le principal signal politique
Près de six millions de Marocaines et de Marocains ont voté, selon les données communiquées par le ministère de l’Intérieur. Le taux de participation national s’établit à 38,02 %, contre 50,35 % en 2021 et 42,29 % en 2016, d’après les chiffres officiels repris par la Société nationale de radiodiffusion et de télévision et par Reuters.
Ce niveau constitue le plus faible enregistré depuis les législatives de 2007, où la participation avait atteint 36,89 %. La comparaison doit toutefois être lue avec prudence. Un taux national ne dit pas tout des écarts entre les grandes villes, les territoires ruraux et les régions du Sud.
Le Maroc comptait 15 801 162 électeurs inscrits, selon les statistiques arrêtées avant le scrutin. Cette base électorale ne correspond pas à l’ensemble des personnes en âge de voter. Les jeunes de 18 à 24 ans ne représentent que 4 % des inscrits, tandis que les personnes âgées de 60 ans et plus en constituent 29 %. Les 25-34 ans comptent pour 15 %.
Cette structure pèse sur la lecture politique de l’abstention. Les préoccupations liées à l’emploi, au coût de la vie, à l’éducation, à la santé et aux perspectives économiques touchent fortement les nouvelles générations. Pourtant, celles-ci restent moins présentes sur les listes électorales que leur poids démographique ne le laisserait attendre.
Le recul du RNI fragilise l’équilibre de la coalition sortante
Le résultat du RNI constitue un autre tournant. Le parti, qui avait remporté 102 sièges en 2021 et dirigeait la coalition gouvernementale sortante, en perd 36. Le PAM progresse pour sa part de 87 à 97 députés. L’Istiqlal recule de 81 à 65 élus.
Ces évolutions ne signifient pas automatiquement un changement de majorité. Le PAM, le RNI et l’Istiqlal ont déjà gouverné ensemble au sein de la coalition formée après les élections de 2021. Toutefois, le nouveau rapport de forces modifie leur poids respectif autour de la table des négociations.
Pour les dirigeants, l’enjeu immédiat sera de former une majorité stable. Pour les entreprises et les investisseurs, la continuité des politiques publiques constituera un indicateur important. Pour les ménages, l’attention portera davantage sur les résultats concrets en matière de prix, d’emploi, de services publics et de réduction des disparités territoriales.
La faible participation ajoute une contrainte politique. Elle ne permet pas de conclure à une cause unique. Elle peut traduire une distance avec les partis, une lassitude électorale, une faible confiance dans l’action parlementaire ou des difficultés d’inscription. Les résultats montrent cependant que la mobilisation électorale reste très inégale selon les catégories sociales et les territoires.
Une séquence marocaine suivie au Maghreb et en Afrique
Le scrutin intervient dans un environnement régional où les équilibres politiques et économiques évoluent rapidement. Le Maroc ne dispose pas d’une communauté économique régionale maghrébine aussi intégrée que la CEDEAO en Afrique de l’Ouest ou la SADC en Afrique australe. L’Union du Maghreb arabe reste, elle, peu active sur le plan institutionnel. Rabat inscrit donc une large part de sa projection régionale dans ses relations bilatérales et dans les cadres de l’Union africaine.
À l’échelle continentale, cette élection intéresse autant pour son résultat que pour la question de la représentation politique. Le Maroc cherche à renforcer son rôle économique et diplomatique en Afrique. La stabilité de ses institutions, la capacité de son gouvernement à conduire les réformes et la participation citoyenne pèseront sur cette trajectoire.
La prochaine étape sera la validation définitive des résultats, puis la désignation du chef du gouvernement et la formation de la nouvelle équipe ministérielle. Les négociations permettront de mesurer la solidité du PAM, la capacité de rebond du PJD et la place que le RNI conservera dans le nouvel équilibre parlementaire.
Au-delà des sièges, le message le plus lourd de cette consultation reste donc celui de la mobilisation. Le Maroc dispose désormais d’une Chambre recomposée, mais il devra aussi répondre à une question plus profonde : comment rétablir un lien durable entre les institutions représentatives et les électeurs, notamment les plus jeunes ?