Un entraîneur qui arrive avec du poids
Au Maroc, la RS Berkane ne cherche pas seulement un nom sur un banc. Le club de l’Oriental veut un profil capable d’absorber la pression des trophées, des voyages continentaux et des attentes d’un public désormais habitué aux rendez-vous majeurs. Dans ce contexte, l’arrivée de Pedro Brito, plus connu sous le nom de Bubista, raconte une chose simple : Berkane veut consolider une montée en gamme déjà bien visible sur la scène africaine.
Le technicien cap-verdien débarque avec une réputation bâtie au fil des compétitions récentes. Il a conduit le Cap-Vert jusqu’à sa première Coupe du monde et a accompagné une sélection qui a gagné en maturité tactique, en discipline et en confiance. Pour un club marocain qui s’est installé parmi les références du continent, le choix n’a rien d’anodin. Il traduit une recherche d’exigence, mais aussi un pari sur la continuité dans la performance.
Berkane, un club devenu vitrine du football marocain
La RS Berkane n’occupe pas le même espace médiatique que les géants historiques du pays, mais elle a changé de statut. Le club a remporté son premier titre de champion du Maroc en mars 2025, puis a ajouté une troisième Coupe de la Confédération africaine à son palmarès en mai 2025. La saison suivante, il s’est encore maintenu dans le cercle des clubs marocains les plus compétitifs au niveau continental. Cette progression dit beaucoup de l’évolution du football marocain, désormais pensé comme une filière structurée, capable de produire des équipes qui comptent aussi hors de leurs frontières.
La nomination de Moïne Chaâbani à la tête de la sélection tunisienne a ouvert la porte. Dans le football nord-africain, ce type de circulation entre bancs de clubs et bancs de sélections est fréquent. Elle révèle un marché d’entraîneurs très mobile, où l’expérience continentale pèse souvent autant que le pedigree local. Pour Berkane, l’enjeu est clair : remplacer un technicien qui a apporté des titres par un autre capable de conserver la même intensité compétitive.
Le choix de Bubista s’explique aussi par son profil. À 56 ans, il a gagné en crédibilité en tenant une sélection cap-verdienne longtemps considérée comme outsider au plus haut niveau. Sous sa direction, le Cap-Vert a terminé en tête de son groupe de qualifications africaines pour le Mondial 2026, puis s’est offert une campagne historique lors de la phase finale. Le pays a tenu l’Espagne en échec, a résisté à l’Uruguay et à l’Arabie saoudite, avant de s’incliner contre l’Argentine après prolongation en seizièmes de finale. Ce parcours a confirmé une méthode : organisation, calme, lecture des temps forts et capacité à faire exister une équipe sans surjouer.
Ce que ce choix dit du Maroc et du continent
Dans le football marocain, cette décision s’inscrit dans une dynamique plus large. Le royaume prépare de grands rendez-vous continentaux et mondiaux, avec une diplomatie sportive qui place les clubs, les infrastructures et les compétitions au centre de son image. Rabat a accueilli en novembre 2025 les CAF Awards, pendant que plusieurs clubs marocains continuaient de peser dans les compétitions interclubs africaines. Cette visibilité donne aux structures locales un argument supplémentaire pour attirer des profils confirmés, y compris venus de sélections nationales.
Pour Berkane, l’enjeu est double. Sportivement, il faut préserver une culture de la gagne dans un calendrier qui mélange Botola Pro, coupes nationales et compétition africaine. Institutionnellement, il faut maintenir l’attractivité du projet après des saisons marquées par des succès majeurs. Cela suppose un entraîneur capable de gérer les profils internationaux, les cadres locaux et la pression d’un club qui n’avance plus à découvert. Le cas de Bubista colle à cette équation : il connaît la gestion d’un groupe sous tension, la valorisation d’un collectif et la nécessité d’installer une idée de jeu stable.
Le mouvement a aussi une portée africaine. Il montre qu’un club marocain peut recruter sur la base d’une trajectoire continentale construite ailleurs en Afrique, sans passer par le réflexe des marchés européens. C’est une évolution importante. Elle dit quelque chose du niveau de confiance atteint par plusieurs compétitions nationales du Nord du continent, mais aussi de la montée en valeur des entraîneurs africains eux-mêmes. Dans un paysage où les sélections, les clubs et les fédérations se croisent de plus en plus, les bancs de touche deviennent un espace de circulation des savoir-faire africains.
Reste une question immédiate : comment ce choix sera-t-il concrétisé dans l’effectif et dans les résultats ? La réponse viendra vite, car un club comme Berkane est jugé sur des échéances courtes. En Botola Pro, la patience est limitée. En Afrique, elle l’est encore moins. C’est là que se mesurera le vrai sens de cette arrivée : non pas dans le prestige du nom, mais dans la capacité à transformer un parcours remarquable en cycle durable.