Au Maroc, la composition d’un gouvernement ne se résume pas au nombre de nouveaux visages. Elle révèle aussi les équilibres entre partis, les priorités du pouvoir et la capacité de l’exécutif à répondre aux attentes quotidiennes. En octobre 2021, le changement politique issu des urnes a donc posé une question concrète : la nouvelle majorité pouvait-elle transformer sa promesse de renouveau en améliorations visibles pour les Marocains ?

Une alternance issue des urnes, dans un cadre institutionnel précis

Le scrutin législatif du 8 septembre 2021 a redistribué les forces à la Chambre des représentants, l’une des deux chambres du Parlement marocain. Le Rassemblement national des indépendants (RNI) est arrivé en tête avec 102 sièges sur 395. Le Parti authenticité et modernité (PAM) en a obtenu 87, et l’Istiqlal, 81. Les trois formations ont ensuite conclu une coalition disposant de 270 sièges. Ces résultats sont recensés par l’Union interparlementaire, qui suit les élections et les parlements nationaux. Les résultats des législatives marocaines de 2021.

Un point essentiel mérite d’être clarifié : contrairement à certaines informations diffusées à l’époque, Fatima Ezzahra El Mansouri n’a pas dirigé ce gouvernement. Le roi Mohammed VI a nommé Aziz Akhannouch, chef du RNI, à la tête de l’exécutif. Le nouveau cabinet a été nommé le 7 octobre 2021 au palais royal de Fès. La Chambre des représentants lui a ensuite accordé sa confiance le 13 octobre. La confirmation du vote de confiance par la Chambre.

El Mansouri, figure du PAM et alors maire de Marrakech, a rejoint l’équipe comme ministre de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville. Le gouvernement ne marquait donc pas l’arrivée d’une femme à la tête de l’exécutif. Il comptait toutefois sept femmes, dont Nadia Fettah Alaoui, nommée aux Finances. La composition féminine du cabinet annoncée par SNRT.

Continuité des postes clés, renouvellement économique

Le cabinet associait reconductions et nouvelles nominations. Nasser Bourita est resté aux Affaires étrangères et Abdelouafi Laftit à l’Intérieur. Leur maintien signalait une continuité dans deux portefeuilles stratégiques. La nouvelle ministre des Finances, Nadia Fettah Alaoui, avait auparavant dirigé le département du Tourisme. Aziz Akhannouch, lui, prenait la tête du gouvernement après avoir dirigé le RNI.

Les chiffres de renouvellement varient selon la manière de compter les ministres, ministres délégués et portefeuilles. Il est donc plus prudent de ne pas reprendre sans précision le bilan de treize ministres reconduits. Les comptes rendus marocains de la composition du cabinet mettent plutôt en avant sept ministres reconduits, ainsi que sept femmes dans l’équipe. L’analyse de la composition du gouvernement Akhannouch.

La nouvelle majorité réunissait trois partis aux histoires et aux bases électorales différentes. Son large nombre de sièges lui donnait une assise parlementaire pour faire adopter son programme. Mais une coalition rassemble aussi des intérêts distincts : la répartition des ministères et la coordination entre partenaires pouvaient peser sur la mise en œuvre des décisions.

Le programme devait répondre à des préoccupations très concrètes : emploi, coût de la vie, accès aux services publics et écarts entre territoires. Une politique économique peut afficher des objectifs nationaux tout en produisant des effets différents selon les lieux et les métiers. Les habitants des grandes villes, les zones rurales, les salariés du secteur formel et les travailleurs de l’économie informelle ne rencontrent pas les mêmes obstacles. Réduire les inégalités supposait donc des mesures suivies dans la durée, pas seulement des annonces budgétaires.

Participation et attentes sociales, au-delà de la seule composition

La participation aux législatives a été annoncée à 50,18 % des électeurs inscrits, un niveau supérieur à celui de 2016. Ce chiffre ne signifie toutefois pas que la moitié de l’ensemble des Marocains en âge de voter s’est déplacée : le calcul porte sur les personnes inscrites sur les listes électorales. Il rappelle aussi que l’analyse d’un scrutin doit distinguer le résultat des partis et la mobilisation effective du corps électoral. Les données de participation publiées par SNRT.

Le renouvellement gouvernemental intervenait alors que les attentes sociales étaient fortes. Le maintien de responsables expérimentés pouvait favoriser la continuité administrative. En revanche, il ne garantissait pas à lui seul une réponse aux difficultés d’emploi ou aux disparités territoriales. Pour les citoyens, le critère décisif serait la traduction des engagements en services accessibles, en perspectives professionnelles et en politiques adaptées aux réalités locales.

La préparation de la Coupe du monde 2030, que le Maroc doit coorganiser avec l’Espagne et le Portugal, ajoute une dimension de long terme. Les infrastructures et les investissements liés à cet événement peuvent soutenir l’activité, mais leur portée dépendra de leur héritage : leur utilité au-delà du tournoi et leur répartition entre territoires. La question ne concerne donc pas uniquement les grands projets visibles, mais aussi les transports, les équipements et les services dont les habitants pourront bénéficier.

Un enjeu marocain aux résonances régionales

Le Maroc appartient à l’Union du Maghreb arabe (UMA), organisation régionale dont la coopération politique et économique demeure limitée. Cette réalité distingue le contexte nord-africain de celui des espaces d’intégration plus actifs du continent. Les choix de Rabat se déploient aussi dans des relations bilatérales avec ses voisins et dans les cadres de l’Union africaine, que le Maroc a réintégrée en 2017.

À l’échelle continentale, l’expérience marocaine rappelle qu’une majorité parlementaire stable n’est qu’un point de départ. Sa portée se mesure aux résultats sociaux et à la capacité de réduire les écarts entre territoires. Pour évaluer le gouvernement formé en octobre 2021, les indicateurs les plus parlants restent donc l’emploi, l’accès aux services et les effets réels des investissements, plutôt que le seul équilibre des portefeuilles.