Le tournoi a changé de visage plus vite que prévu
À Rabat et Casablanca, la CAN féminine 2026 a pris une tournure que peu de gens attendaient au départ. Quatre équipes sont encore là : le Maroc, pays hôte, le Cameroun, l’Algérie et le Malawi. Ensemble, elles composent un dernier carré qui mêle statut, expérience et découverte. Le plus intéressant n’est pas seulement le nom des qualifiés. C’est le basculement qu’ils racontent : des puissances installées ont vacillé, tandis que des sélections longtemps perçues comme outsiders ont gagné du terrain.
La compétition se déroule au Maroc du 25 juillet au 16 août 2026, après un report décidé par la CAF en mars pour mieux sécuriser l’organisation du tournoi. Cette édition sert aussi de qualification pour la Coupe du monde féminine 2027 au Brésil. Selon la FIFA, l’Afrique dispose de quatre billets directs via la CAN féminine et de deux places supplémentaires via un tournoi de barrage intercontinental. Autrement dit, chaque match à élimination directe pèse double : un trophée continental et un horizon mondial.
Le Maroc veut transformer l’avantage du terrain en titre
Le Maroc reste dans son rôle de tête d’affiche. À domicile, les Lionnes de l’Atlas ont écarté l’Afrique du Sud 2-1 en quart de finale, un succès important face à une nation qui connaît déjà les grands rendez-vous continentaux. Le pays hôte a déjà atteint la finale lors de l’édition précédente, disputée aussi sur son sol, mais il a perdu ce rendez-vous. Cette fois, l’enjeu est clair : passer du statut d’organisateur ambitieux à celui de champion africain.
Le calendrier officiel confirme que les demi-finales se jouent le mercredi 12 août à Rabat. Le Maroc y affrontera le Cameroun au Stade Moulay El Hassan, dans un match qui oppose deux sélections au vécu continental solide mais aux trajectoires récentes différentes. Le soutien du public peut compter. Mais il peut aussi peser lourd, car les Marocaines jouent avec une obligation implicite de résultat. Dans un tournoi organisé sur leurs terres, tout faux pas se lit comme un rendez-vous manqué.
Le Cameroun et l’Algérie ont rappelé que le mérite ne se lit pas sur le papier
Le Cameroun a signé l’une des surprises les plus marquantes du tournoi en sortant le Nigeria 1-0 en quarts de finale, grâce à un coup franc direct de Myriam Maéva Nyadjou. Le Nigeria reste pourtant la référence historique de la compétition, avec dix titres africains. La victoire camerounaise a donc une valeur symbolique forte : elle montre qu’une équipe réputée inférieure sur le plan de la notoriété peut encore renverser un favori par la discipline, le placement et la précision sur coups de pied arrêtés.
Pour les Lionnes Indomptables, cette demi-finale a une portée particulière. La sélection retrouve le dernier carré huit ans après sa précédente apparition à ce stade, selon les éléments disponibles dans les comptes rendus officiels. Dans un pays où le football féminin reste souvent comparé au standard masculin sans bénéficier des mêmes moyens, cette progression remet la question des investissements au centre du débat. Le résultat ne règle rien, mais il remet le Cameroun dans la conversation continentale avec autorité.
L’Algérie, de son côté, a signé sa meilleure campagne à ce niveau. Les Fennecs ont renversé la Côte d’Ivoire 2-1 après avoir été menées au score. Ce succès leur offre une première demi-finale dans l’histoire de la CAN féminine. Il leur ouvre aussi, pour la première fois, la porte de la Coupe du monde féminine 2027. La sélection algérienne n’est plus seulement une équipe en progression ; elle devient un acteur qui compte dans la hiérarchie africaine du football féminin.
Le Malawi a changé de statut en quelques jours
Le Malawi est l’autre récit fort de cette phase finale. Le pays participe pour la première fois à la CAN féminine, et les Scorchers ont déjà dépassé toutes les attentes. Après une phase de groupes convaincante, elles ont éliminé le Ghana 2-1 en quarts de finale. Cette victoire leur donne une première qualification pour les demi-finales, mais aussi leur tout premier billet pour une Coupe du monde féminine. Dans un tournoi où l’expérience sert souvent de boussole, le Malawi a choisi l’audace, la vitesse et l’absence de complexes.
La portée de ce parcours dépasse le seul cadre sportif. Le Malawi montre qu’une sélection encore neuve dans une compétition continentale peut se hisser très vite au niveau des meilleures lorsqu’un travail de structuration existe en amont. Pour les fédérations d’Afrique australe, cette montée en puissance compte. Elle rappelle que les écarts ne sont pas figés et qu’un projet cohérent peut bousculer des hiérarchies plus installées.
Une demi-finale, un billet mondial et un signal pour le continent
Sur le plan purement sportif, le tableau est désormais lisible : Maroc-Cameroun d’un côté, Malawi-Algérie de l’autre, le 12 août à Rabat. Ce sont deux demi-finales qui opposent des histoires différentes. D’un côté, un hôte sous pression et un Cameroun revanchard. De l’autre, une Algérie en pleine affirmation et un Malawi qui joue sans le poids du passé. Les vainqueurs viseront le titre. Les battus, eux, pourront encore nourrir le regret d’être passés si près d’une finale historique.
Mais l’enjeu dépasse la médaille. La CAN féminine 2026 sert de filtre pour le Mondial 2027. La place du continent dans la compétition mondiale reste limitée, et la bataille pour ces quatre tickets directs est rude. Le Maroc cherche à confirmer sa montée en puissance. Le Cameroun veut retrouver le premier plan. L’Algérie tente d’ancrer durablement son football féminin dans le haut niveau. Le Malawi, lui, rappelle qu’un premier tournoi peut devenir un moment de bascule. Dans un paysage continental en construction, ces demi-finales disent déjà beaucoup de la prochaine étape du football féminin africain.