Une campagne sous le signe du pouvoir d’achat et de la confiance

À Rabat, la campagne des législatives du 23 septembre 2026 s’ouvre dans un climat où l’économie pèse autant que la politique. Le vote intervient alors que le Marocain moyen attend des réponses concrètes sur l’emploi, les écarts territoriaux et la qualité des services publics, dans un pays où le discours officiel insiste depuis des années sur la réduction des fractures entre villes et campagnes.

Le calendrier est désormais fixé. La campagne officielle commence le jeudi 10 septembre 2026 à minuit et doit s’achever le 22 septembre à minuit, avant le scrutin du lendemain. Le cadre a été préparé par le ministère de l’Intérieur, la HACA et les autorités publiques, qui ont multiplié les textes et rappels sur le pluralisme, la neutralité de l’administration et le contrôle des dépenses électorales.

Cette séquence n’est pas seulement un rendez-vous partisan. Elle teste aussi la capacité des institutions marocaines à faire émerger un débat lisible, dans un pays où le chef du gouvernement est nommé par le roi parmi les membres du parti arrivé en tête aux législatives, tandis que le monarque conserve les grandes orientations stratégiques. Le scrutin met donc en jeu l’équilibre entre compétition électorale, pilotage gouvernemental et continuité institutionnelle.

Le scrutin de 2026, un baromètre de l’après-2021

Sur le plan politique, le Rassemblement national des indépendants, formation au pouvoir depuis 2021, aborde cette campagne avec l’objectif de rester en tête. Les autorités marocaines indiquent que 27 partis participent au scrutin et que 702 listes de candidature avaient déjà été déposées via la plateforme électronique au début de septembre. Le corps électoral annoncé tourne autour de 16 millions d’inscrits, dont 46 % de femmes.

Le RNI cherche à défendre un bilan de cinq années de gouvernement, alors que l’exécutif a été porté par Aziz Akhannouch jusqu’au retrait de ce dernier de la direction du parti, sans que cela ne fasse disparaître la marque du parti dans la campagne. En face, le Parti authenticité et modernité et l’Istiqlal veulent peser davantage dans une majorité où la concurrence reste vive pour la première place, dans un système où l’ordre d’arrivée au scrutin détermine l’architecture gouvernementale.

L’opposition, elle, tente de réinvestir le terrain social. Le Parti de la justice et du développement mise de nouveau sur la dénonciation de la corruption et sur une critique de la gestion des inégalités, après sa lourde défaite de 2021. D’autres formations préfèrent surenchérir sur les promesses économiques, alors que plusieurs observateurs relèvent une campagne encore courte sur le fond et très dépendante des équilibres locaux.

Jeunes électeurs rares, jeunes mobilisations visibles

Le paradoxe marocain est là. La jeunesse occupe le débat public, mais elle pèse peu dans les urnes. Les données officielles reprises par plusieurs supports indiquent que les 18-24 ans représentent environ 3 % des électeurs inscrits. C’est peu, alors même que les moins de 35 ans restent les plus exposés au chômage et à la précarité d’entrée dans la vie active.

Le Haut-Commissariat au Plan a montré, dans ses travaux récents sur le marché du travail, que le chômage demeure particulièrement sensible chez les plus jeunes, même si les méthodes statistiques ont été révisées en 2026. Cette réalité nourrit un sentiment de décalage entre la promesse politique et la vie quotidienne, notamment dans les périphéries urbaines, les petites villes et les zones rurales où l’accès à l’emploi formel reste plus limité.

Le souverain lui-même a remis au centre le thème d’un développement trop inégal, en appelant à dépasser un modèle à vitesses différenciées et à accélérer les réformes sociales et territoriales. Cette ligne rejoint un constat devenu récurrent dans le débat national : les grands chantiers d’infrastructure avancent, mais leur traduction en emplois stables, en services publics mieux répartis et en mobilité sociale reste plus lente que prévu.

La pression sociale ne vient pas seulement des statistiques. Les tensions observées autour de Ceuta ont rappelé, fin juillet, la profondeur du malaise d’une partie de la jeunesse, notamment dans l’espace numérique et dans les mobilisations informelles. Le dossier migratoire, souvent lu à l’aune des relations avec l’Espagne, renvoie aussi à des trajectoires marocaines très concrètes : départ, attente, blocage, recherche d’une issue économique.

Au-delà du Maroc, un signal pour l’Afrique du Nord

Cette campagne intéresse aussi la région. Le Maroc reste un acteur central de l’Afrique du Nord, à la croisée des équilibres méditerranéens, maghrébins et africains. Dans ce contexte, la manière dont Rabat organise une alternance ou une reconduction gouvernementale pèse sur sa crédibilité institutionnelle, sur son image auprès des investisseurs et sur sa capacité à porter ses grands dossiers diplomatiques et économiques.

Le scrutin de 2026 a également une portée continentale par son encadrement. La HACA a mis l’accent sur le pluralisme dans les médias audiovisuels, la représentation des femmes, des jeunes, des Marocains du monde et des personnes en situation de handicap. L’enjeu dépasse la seule mécanique électorale : il dit quelque chose de la place que le Maroc veut donner à l’expression politique encadrée, dans une Afrique où la qualité des processus électoraux reste un test de stabilité autant qu’un marqueur de confiance publique.

La suite se jouera vite. La campagne est courte, les attentes sont lourdes, et les marges de manœuvre de chaque camp sont limitées. Le vrai verdict ne portera pas seulement sur le score du RNI, du PAM ou de l’Istiqlal. Il dira aussi si les électeurs marocains voient encore dans les législatives un levier capable de corriger les écarts sociaux que le pays continue de porter, ou un rituel politique de plus.