Un deuxième moteur pour l’argent marocain

Dans le Sud marocain, l’argent n’est plus seulement une ressource historique. Il devient un actif stratégique, porté par des projets industriels qui visent désormais des volumes de classe mondiale. Au centre de ce mouvement, le projet Boumadine attire l’attention parce qu’il ne s’ajoute pas seulement à une production existante : il peut changer l’échelle du groupe qui l’exploite et renforcer le poids du Maroc dans le marché africain des métaux précieux.

Ce basculement s’inscrit dans une géographie minière bien connue au Maroc. La mine de Zgounder, dans l’Anti-Atlas, a été remise au centre du jeu après l’agrandissement de son usine. En parallèle, Imiter, exploité par Managem, reste un repère national de longue date. Les deux sites montrent que le pays ne se limite pas à l’extraction : il cherche aussi à consolider une chaîne minière plus technique, plus capitalistique et plus tournée vers l’export.

Boumadine, un projet qui monte en puissance

Le 9 septembre 2026, Aya Gold & Silver a présenté une étude économique préliminaire actualisée sur Boumadine, un projet polymétallique situé au Maroc. Le document prolonge la logique industrielle déjà visible à Zgounder : plus de production, une durée de vie plus longue et une valeur économique revue à la hausse. L’étude table sur une durée de vie de 14 ans, un investissement initial de 463 millions de dollars et une valeur actuelle nette après impôt de 3,5 milliards de dollars, avec un taux de rendement interne de 93 %.

Le cœur du projet reste l’argent, même si Boumadine doit aussi produire du zinc, du plomb, du pyrite, de l’or et de l’argent sous forme de concentrés payables. L’étude actualisée annonce 81,2 millions d’onces d’argent sur la durée de vie de la future mine, contre 69,8 millions d’onces dans la précédente version. C’est cette hausse qui nourrit l’idée d’un second pilier de croissance pour l’entreprise au Maroc.

Le dirigeant du groupe parle d’un projet capable de doubler la production d’argent de la société. Il faut toutefois lire cette formule comme une projection, pas comme un fait acquis. Une étude préliminaire fixe un cadre, mais elle ne remplace ni l’ingénierie détaillée, ni le financement, ni la mise en production. Boumadine reste donc, à ce stade, un actif de développement.

Zgounder confirme la bascule industrielle

La montée en puissance de Boumadine serait moins crédible sans le redémarrage réussi de Zgounder. En 2025, Aya Gold & Silver a produit 4,829,151 onces d’argent à Zgounder, auxquelles se sont ajoutées 172,129 onces d’équivalent argent à Boumadine, pour un total consolidé de 5,001,280 onces d’équivalent argent. La société a aussi signalé une production record au quatrième trimestre 2025, avec 1,37 million d’onces d’argent sur le seul trimestre.

Zgounder n’est pas une petite opération marginale. La mine, située dans l’Anti-Atlas central, est décrite par le groupe comme une exploitation primaire d’argent, rare à l’échelle du secteur. La production commerciale de l’usine agrandie a été déclarée le 29 décembre 2024, puis la montée en régime s’est poursuivie tout au long de 2025. Le site vise une durée de vie allant jusqu’en 2036, avec une production annuelle moyenne estimée à 6 millions d’onces d’argent.

Cette progression a une portée symbolique au Maroc. Imiter, longtemps considéré comme la grande référence nationale, reste un actif majeur pour Managem, qui y produit depuis 1969. Mais Zgounder a désormais changé d’échelle. Le débat ne porte donc plus seulement sur un classement entre mines, mais sur la capacité du Maroc à faire coexister plusieurs pôles argentifères compétitifs dans le Sud et le Centre du pays.

Ce que cela change pour Rabat, les territoires et la région

Pour le Marocain à Rabat, la question dépasse le seul bilan minier. Une mine qui progresse, c’est d’abord des recettes d’exportation, des emplois qualifiés, des sous-traitants, des routes, des services et des besoins énergétiques accrus. Pour les territoires de l’Anti-Atlas, cela veut aussi dire davantage de circulation de capitaux, de pression sur les infrastructures et d’attentes locales en matière de retombées concrètes. Le contraste reste net entre la logique financière des marchés et la réalité quotidienne des provinces minières.

Le Maroc gagne également en poids dans une Afrique du Nord où les ressources minières servent de levier industriel. Le pays n’appartient pas à une communauté économique comme la CEDEAO, mais il s’inscrit dans l’espace maghrébin et plus largement dans une compétition africaine pour l’investissement minier, la transformation locale et les infrastructures de transport. À l’échelle continentale, un projet comme Boumadine alimente une tendance plus large : les États et les opérateurs veulent tirer davantage de valeur sur place, avant l’export du minerai.

Il faut enfin surveiller la suite du dossier. Aya a déjà indiqué vouloir pousser Boumadine vers des études plus avancées, au-delà du scénario retenu dans la PEA actualisée. La prochaine étape dira si la promesse de 2026 devient un plan industriel solide, avec des coûts, des réserves et un calendrier de production validés. C’est à ce niveau que se jouera la véritable portée du projet pour le Maroc et pour le marché africain de l’argent.