Au Mali, la rentrée scolaire du 1er octobre 2026 ne marque pas partout le retour des élèves en classe. Dans plusieurs zones du centre et du nord, l’insécurité continue de peser sur les enseignants, les familles et les établissements. Le défi ne consiste donc pas seulement à ouvrir les portes des écoles, mais à garantir que les enfants puissent y rester.

Une rentrée nationale, mais des réalités très différentes

Le ministère malien de l’Éducation nationale a fixé la rentrée scolaire 2026-2027 au jeudi 1er octobre. En amont, les autorités ont engagé des consultations avec les syndicats d’enseignants et les partenaires de l’école afin d’identifier les principaux obstacles.

Les discussions ont notamment porté sur la sécurisation des établissements dépourvus de clôtures, l’accès à l’eau potable, la situation des enseignants affectés à Ménaka et à Kidal, ainsi que la disponibilité des fournitures scolaires. Le nombre d’écoles encore fermées a également été évoqué.

Dans une communication publiée en septembre, le gouvernement malien a assuré que des dispositions étaient prises pour préparer la rentrée. Cette annonce ne signifie toutefois pas que toutes les écoles peuvent reprendre leurs activités dans les mêmes conditions.

Le président de la Transition, Assimi Goïta, a placé l’année scolaire sous le signe de l’éducation et de la culture. Cette orientation donne une portée nationale à la rentrée. Mais elle se heurte à une réalité persistante : dans certaines régions, la sécurité détermine encore directement l’accès aux apprentissages.

2 444 écoles fermées selon les dernières données disponibles

Les chiffres communiqués par le groupe sectoriel de l’Éducation font état de 2 444 écoles fermées. Ces établissements concerneraient environ 733 200 élèves et 14 664 enseignants. Ces données remontent à avril 2026 et restent les dernières statistiques nationales citées avant la rentrée.

Le groupe sectoriel de l’Éducation est un mécanisme de coordination qui réunit le ministère malien de l’Éducation et des organisations humanitaires, dont l’UNICEF et Save the Children. Il suit notamment les conséquences des conflits, des déplacements de population et des crises locales sur la continuité scolaire.

Le chiffre de 2 444 établissements a été repris en septembre par le quotidien malien L’Essor, lors d’une réunion consacrée à la rentrée. En revanche, aucun bilan national plus récent ne permet encore de déterminer combien de ces écoles restent effectivement fermées au 1er octobre.

La région de Bandiagara concentre le plus grand nombre d’établissements fermés, avec 1 292 écoles selon les données disponibles. Kidal présente, de son côté, le taux de fermeture le plus élevé, estimé à environ 84 % des établissements.

Ces écarts illustrent une fracture territoriale. Dans les zones urbaines relativement sécurisées, la rentrée peut reprendre avec des ajustements. Dans plusieurs localités rurales ou isolées, les déplacements des enseignants, l’état des routes et la présence de groupes armés rendent l’ouverture beaucoup plus incertaine.

Le conflit continue de désorganiser le système éducatif

Le Mali connaît depuis plus d’une décennie une crise armée qui touche principalement le nord et le centre du pays. Elle oppose les forces nationales à différents groupes armés, parmi lesquels des organisations jihadistes et des mouvements revendiquant une autonomie ou une indépendance de l’Azawad.

La situation s’est encore tendue en 2026. L’UNICEF a signalé des attaques commencées le 25 avril à Bamako, Kati, Mopti, Gao et Kidal. L’organisation a également indiqué qu’une école de la région de Mopti avait été affectée par la présence de porteurs d’armes et d’un engin explosif à proximité, perturbant la scolarité d’au moins 300 enfants.

Dans le nord, Kidal reste un point stratégique. La ville avait été reprise par les forces maliennes, avec l’appui de combattants russes, en novembre 2023. Les attaques coordonnées d’avril 2026 ont cependant replacé la localité au cœur du rapport de force entre l’État, les groupes jihadistes et les forces séparatistes touarègues.

De nouvelles attaques ont été rapportées en juillet autour d’Anéfis, d’Aguelhoc, de Gao et de Sévaré. Même lorsque les établissements scolaires ne sont pas directement visés, les combats et les déplacements de population peuvent suffire à interrompre les cours. Un enseignant qui ne peut plus rejoindre son poste, une famille déplacée ou une route devenue impraticable fragilisent toute la chaîne éducative.

La présence d’une école ne garantit donc pas automatiquement son fonctionnement. Les autorités doivent aussi assurer la protection des personnels, l’approvisionnement en matériel et la possibilité pour les élèves de se rendre en classe sans exposition excessive aux risques.

Des conséquences plus lourdes pour les enfants déplacés et les filles

La fermeture d’une école ne produit pas les mêmes effets pour tous les enfants. Les familles disposant de ressources peuvent parfois rejoindre une ville ou inscrire leurs enfants dans un autre établissement. Les ménages déplacés, les communautés rurales et les familles vivant de l’économie informelle disposent de moins de solutions.

Pour certains enfants, la déscolarisation entraîne une entrée précoce dans le travail, une participation accrue aux tâches domestiques ou un éloignement durable de l’école. Les filles peuvent être davantage exposées aux mariages précoces et à l’abandon scolaire lorsque les revenus familiaux diminuent ou que les trajets deviennent dangereux.

L’UNICEF estime que plus de deux millions d’enfants âgés de 5 à 17 ans ne vont toujours pas à l’école au Mali. L’organisation indique également que plus de la moitié des jeunes de 15 à 24 ans sont analphabètes. Ces chiffres ne relèvent pas uniquement de la crise sécuritaire : la pauvreté, le manque d’établissements proches et les inégalités entre filles et garçons jouent aussi un rôle.

Selon les données présentées par l’UNICEF, 73,8 % des filles sont scolarisées dans le primaire, contre 85,8 % des garçons. Dans les zones touchées par les violences, les écarts peuvent être amplifiés par l’insécurité des trajets, le manque d’enseignantes et la pression économique exercée sur les ménages.

Un enjeu malien, mais aussi régional

La situation scolaire malienne s’inscrit dans une crise plus large au Sahel. Le Burkina Faso et le Niger sont eux aussi confrontés à des fermetures d’écoles liées aux violences et aux déplacements. Les frontières administratives ne correspondent pas toujours aux zones de circulation des groupes armés, des familles déplacées et des enseignants.

Le retrait du Mali de la CEDEAO, organisation qui rassemble plusieurs États d’Afrique de l’Ouest, a également modifié le cadre régional du dialogue politique et sécuritaire. Bamako coopère désormais davantage avec le Burkina Faso et le Niger au sein de l’Alliance des États du Sahel. Cette évolution pourrait influencer les politiques de sécurisation des territoires et les mécanismes d’aide transfrontalière.

Pour l’année scolaire 2026-2027, l’enjeu immédiat sera de vérifier combien d’écoles ont réellement rouvert, dans quelles régions et avec quels effectifs. Il faudra aussi suivre la situation des enseignants à Ménaka et à Kidal, l’évolution des déplacements de population et la capacité des autorités à proposer des solutions alternatives, comme l’enseignement communautaire ou les dispositifs accélérés.

Au Mali, la rentrée ne se résume donc pas à une date inscrite au calendrier. Elle mesure la capacité de l’État, des communautés et de leurs partenaires à maintenir un service essentiel dans un pays où l’accès à l’école reste directement lié à la sécurité et à la stabilité des territoires.