Un indice financier peut reculer sans que l’on puisse en déduire, à lui seul, que les ménages ont perdu leur compte ou leur portefeuille mobile. Au Mali, la baisse enregistrée en 2025 invite surtout à examiner quels services sont réellement accessibles et utilisés, au-delà de la moyenne nationale.

Un recul qui tranche avec la tendance régionale

L’indice synthétique d’inclusion financière du Mali est passé de 0,491 en 2024 à 0,466 en 2025. Sur l’échelle de 0 à 1 retenue par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), la baisse atteint 0,025 point. L’indicateur rassemble plusieurs mesures de l’accès aux services financiers et de leur utilisation.

Le tableau de bord de la BCEAO fait du Mali le seul des huit pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) où cet indice diminue en 2025. À l’échelle de l’Union, il progresse de 0,600 à 0,616. Le Niger enregistre la hausse la plus marquée, de 0,390 à 0,431. Les chiffres par pays sont publiés dans le tableau de bord 2025 de l’inclusion financière de la BCEAO.

La baisse malienne n’efface pas le chemin parcouru. En 2015, l’indice se situait à 0,303. Il a atteint 0,499 en 2023, avant de reculer deux années de suite, à 0,491 en 2024 puis à 0,466 en 2025. Sur la décennie, il reste donc supérieur de 0,163 point à son niveau initial.

Ces résultats demandent toutefois une précaution : l’indice synthétique résume plusieurs dimensions. Une variation globale ne précise pas, à elle seule, quel service, quel indicateur ou quel groupe de population explique le mouvement. Elle ne signifie pas non plus que l’usage des services financiers a diminué uniformément dans tout le pays.

La monnaie mobile élargit l’accès, sans tout régler

Au Mali, banques, institutions de microfinance et services de monnaie électronique composent un paysage financier où le téléphone joue un rôle important. La BCEAO indique que les solutions de monnaie électronique soutiennent la progression de l’inclusion dans l’Union. La Banque africaine de développement relève, pour sa part, qu’en 2023 leur taux d’utilisation au Mali atteignait 39,7 %, tandis que le taux d’utilisation global des services financiers s’établissait à 68 %, contre 72,3 % dans l’UEMOA.

Cette contribution du mobile compte particulièrement lorsque les agences sont éloignées. Elle ne garantit cependant ni un accès régulier au réseau, ni la maîtrise des outils numériques, ni la possibilité d’utiliser tous les services proposés. Un compte ouvert et un service utilisé dans la durée ne mesurent pas exactement la même réalité. Les obstacles peuvent aussi différer entre Bamako, les villes secondaires et les zones rurales.

La baisse de l’indice ne permet pas, sans détail par composante, de désigner une cause. Les chiffres disponibles ne suffisent donc pas à conclure à une défaillance particulière des banques, de la microfinance ou des opérateurs de monnaie électronique. Ils rendent en revanche utile un examen plus fin : quelles dimensions ont baissé, dans quels territoires et pour quels usagers ?

La différence entre accès et usage est centrale. Disposer d’un point de service ou d’un portefeuille mobile ne dit pas si une personne peut épargner, recevoir un transfert, payer ou emprunter dans des conditions adaptées. Pour les petits commerces et les travailleurs de l’économie informelle, la fiabilité des paiements et le coût des opérations peuvent compter autant que l’ouverture d’un compte.

Un enjeu commun à l’Union monétaire

Le Mali demeure membre de l’UEMOA, espace économique et monétaire de huit États qui partagent notamment le franc CFA et une banque centrale commune. Cette union n’est pas la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) : les deux organisations ont des mandats distincts. Les politiques de paiement et de supervision financière à l’échelle de l’UEMOA concernent donc aussi les acteurs maliens.

La BCEAO a adopté une stratégie régionale d’inclusion financière pour 2025-2030. Elle s’inscrit dans une dynamique où les services numériques prennent une place croissante, sans remplacer les enjeux de proximité, de protection des usagers et d’accès aux services classiques. Le rapport de la Banque centrale sur la situation de l’inclusion en 2024 décrit déjà la progression des solutions de monnaie électronique dans l’Union.

Pour les autorités et les prestataires, l’enjeu est désormais de comprendre la baisse malienne à partir des composantes détaillées de l’indice, puis d’adapter les réponses aux réalités locales. Pour les usagers, l’impact dépendra moins d’un score agrégé que de la possibilité de réaliser des opérations utiles, sûres et abordables, en ville comme hors des grands centres.

Les données 2025 signalent ainsi un décrochage relatif, pas un diagnostic complet de l’accès financier au Mali. La comparaison avec les sept autres pays situe le phénomène dans l’Union ; elle ne révèle pas encore son origine. Le prochain point de vigilance sera la publication de données détaillées permettant de distinguer l’évolution des comptes, de la microfinance et des paiements numériques.