Dans les villages basotho, l’accès à la maternité reste une affaire de distance
Au Lesotho, le moment de l’accouchement se joue souvent bien avant la salle de soins. Il se prépare sur des pistes de montagne, dans des villages éloignés de la capitale Maseru, avec des familles qui composent encore avec l’éloignement, le manque de transport et la pénurie de personnel. Dans ce paysage, la présence d’un professionnel de santé qualifié peut faire la différence entre une naissance ordinaire et une urgence vitale.
Le pays a fait des progrès mesurables. UNICEF indique que 92 % des naissances sont désormais assistées par un personnel de santé qualifié, tandis que la mortalité maternelle reste élevée, à 530 décès pour 100 000 naissances vivantes selon le dernier profil publié pour le pays. Ces deux réalités coexistent. Elles disent à la fois l’extension des soins et la fragilité persistante de leur qualité, notamment hors des centres urbains.
Un métier longtemps associé aux femmes, mais désormais ouvert à d’autres profils
Dans ce contexte, un nombre encore limité mais en hausse d’hommes choisissent la maïeutique, c’est-à-dire l’accompagnement médical de la grossesse et de l’accouchement. Les estimations reprises par les agences internationales parlent d’environ 300 hommes sages-femmes au Lesotho. À l’échelle mondiale, l’OMS estime que les hommes représentent moins de 1 % des sages-femmes. Cette rareté rend le phénomène visible, mais elle souligne surtout une réalité plus large : les systèmes de santé manquent de mains formées.
Le ministère de la Santé du Lesotho présente la nursing and midwifery, soit les soins infirmiers et la maïeutique, comme un pilier des réformes de décentralisation. Sa direction dédiée dit vouloir des soins « équitables, accessibles, compétents et fondés sur des preuves ». Autrement dit, le débat n’est pas seulement social. Il est aussi organisationnel : comment rapprocher l’offre de soins des communautés, surtout dans un pays de plus de deux millions d’habitants où les postes de santé ruraux restent sous-dotés ?
Ce que changent ces hommes dans les centres de santé ruraux
L’exemple de Ntlhane Sehloho, en poste depuis deux décennies au centre de santé de Mpharane, montre que cette évolution part souvent d’une expérience personnelle. Beaucoup de futurs soignants ont vu, enfants, des femmes parcourir de longues distances pour accoucher ou accoucher à domicile faute de solution rapide. Dans un pays montagneux comme le Lesotho, cette réalité pèse encore sur les ménages ruraux, bien plus que sur les habitants des zones mieux desservies.
La présence d’hommes dans ce métier bouscule aussi des normes sociales anciennes. Mais elle ne s’impose pas par provocation. Elle s’installe par la confiance. Certaines patientes restent réticentes. D’autres disent apprécier la disponibilité, la continuité du suivi et la possibilité de parler librement de leur grossesse. Le sujet n’oppose donc pas tradition et modernité de manière simple. Il montre plutôt une adaptation progressive des pratiques de soins à une réalité de terrain dominée par l’urgence et la rareté des ressources.
Cette dynamique a aussi une portée concrète pour les femmes enceintes des zones rurales. Quand les dispensaires manquent de personnel, la question n’est pas seulement celle du genre du soignant. Elle est celle de l’accès, du délai de prise en charge et de la continuité du suivi prénatal. UNFPA insiste sur le rôle psychosocial de la sage-femme, qui accompagne la grossesse du début à l’accouchement. Dans des territoires dispersés, cet accompagnement compte autant que la compétence technique.
Un signal pour le Lesotho, mais aussi pour l’Afrique australe
Le cas du Lesotho s’inscrit dans une tension plus large qui traverse l’Afrique australe. La région, au sein de la SADC, fait face à des inégalités persistantes d’accès aux soins de santé maternelle, malgré des progrès dans la couverture sanitaire. Lesotho, comme plusieurs pays voisins, doit composer avec la pénurie de soignants, le poids des distances rurales et des budgets publics sous contrainte. Le problème n’est donc pas culturel seulement. Il est aussi structurel.
Au niveau continental, cette histoire rappelle un enjeu central pour l’Union africaine et pour les objectifs de santé publique : renforcer les compétences locales, diversifier les profils de recrutement et stabiliser les équipes dans les zones reculées. L’OMS et l’UNICEF plaident depuis des années pour davantage de sages-femmes, hommes et femmes confondus, afin de réduire les décès évitables liés à la grossesse et à l’accouchement. Le Lesotho illustre ce choix pragmatique : lorsque le système de soins manque de bras, l’ouverture du métier à des hommes formés n’est pas un symbole, mais une réponse de santé publique.
Reste une question de suivi. Les données récentes montrent des progrès, mais aussi une mortalité maternelle encore très élevée pour le pays. Le prochain enjeu n’est donc pas seulement d’augmenter le nombre de naissances assistées. Il faut aussi renforcer la qualité des soins, la disponibilité des médicaments, le transport vers les centres, et la présence continue de personnel qualifié dans les districts les plus éloignés de Maseru. C’est à ce prix que la maïeutique pourra peser durablement sur la survie des mères et des nouveau-nés au Lesotho.