Dans les montagnes du Lesotho, la naissance reste un test d’accès aux soins
Au Lesotho, le moment de l’accouchement ne dépend pas seulement de la grossesse. Il dépend aussi de la route, de la distance et du nombre de soignants disponibles. Dans un pays enclavé d’Afrique australe, où une grande partie de la population vit loin des grands centres, la santé maternelle reste un sujet très concret, surtout pour les familles rurales qui doivent composer avec des dispensaires sous-dotés.
Le pays compte aujourd’hui un peu plus de 2,3 millions d’habitants selon les données de la Banque mondiale. Il appartient à la Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC, un bloc régional de 16 États membre qui travaille aussi sur l’intégration sociale et sanitaire. Dans ce cadre, l’enjeu des soins maternels n’est pas isolé. Il touche la mobilité des patientes, la disponibilité du personnel et l’organisation des références vers les hôpitaux, souvent jusqu’en Afrique du Sud voisine.
Des hommes prennent place dans une profession longtemps perçue comme féminine
Dans ce paysage, une évolution attire l’attention. Au Lesotho, des hommes se forment et exercent comme sages-femmes, un métier encore très majoritairement féminin dans le monde. L’Organisation mondiale de la Santé rappelle que les hommes représentent moins de 1 % de l’ensemble des sages-femmes à l’échelle mondiale. Dans le même temps, l’Afrique régionale reste confrontée à un déficit persistant de personnels de santé spécialisés, notamment dans les zones rurales.
Cette présence masculine ne relève pas d’un symbole abstrait. Elle répond à une contrainte de terrain. Le ministère de la Santé du Lesotho décrit un système où les centres de santé, les équipes communautaires et les structures confessionnelles jouent un rôle de premier plan, surtout hors des villes. Dans les villages éloignés, le manque de personnel qualifié allonge les délais de prise en charge. Or, en obstétrique, chaque heure compte.
Le phénomène est d’autant plus notable qu’il s’inscrit dans une remise en cause silencieuse des rôles sociaux liés au genre. Ici, les hommes ne remplacent pas les femmes. Ils élargissent une profession qui manquait de bras, tout en s’adaptant à des communautés où la confiance médicale passe aussi par la proximité, l’écoute et la continuité du suivi.
Les chiffres disent l’urgence, mais aussi les progrès
Les données officielles et celles des agences onusiennes montrent un tableau nuancé. Selon l’UNICEF au Lesotho, le ratio de mortalité maternelle s’établissait à 530 décès pour 100 000 naissances vivantes dans l’enquête démographique et sanitaire 2023/24. Le pays a néanmoins obtenu des avancées importantes sur la prise en charge des accouchements : 92 % des naissances sont désormais assistées par du personnel qualifié, et 86 % ont lieu en établissement de santé.
Ces progrès ne doivent pas masquer la fragilité du système. L’UNICEF rappelle aussi que la mortalité néonatale reste élevée, avec 26 décès pour 1 000 naissances vivantes, et que les mortinaissances demeurent préoccupantes. Autrement dit, le Lesotho a amélioré l’accès, mais pas encore assez la qualité ni la rapidité du parcours de soins. Le passage d’une femme vers une structure de santé ne garantit pas, à lui seul, une issue favorable.
Dans ce contexte, les sages-femmes masculins prennent une place utile. Leur présence peut faciliter le dépistage des complications, rassurer des patientes venues de loin et prolonger la couverture sanitaire là où les postes sont peu nombreux. Le Fonds des Nations unies pour la population souligne d’ailleurs que les soins de maternité efficaces exigent un accompagnement tout au long de la grossesse, puis au moment de l’accouchement et après la naissance.
Ce que change cette évolution pour les communautés basotho
Pour les femmes enceintes des zones rurales, l’enjeu est d’abord pratique. Un soignant disponible de plus, c’est moins d’attente, plus de suivi et parfois une orientation plus rapide vers un hôpital. Dans un pays montagneux, où les déplacements restent difficiles, cette présence peut réduire les retards de prise en charge, l’un des facteurs classiques de mortalité maternelle.
Pour les hommes qui choisissent cette voie, le défi est social autant que professionnel. Ils entrent dans un métier marqué par des normes anciennes, mais ils y apportent une réponse utile à la pénurie de personnel. Cette réalité renvoie à un débat plus large en Afrique australe : comment recruter, former et retenir des soignants dans les zones les plus éloignées, sans laisser le fardeau du système sanitaire reposer uniquement sur les femmes et sur les familles elles-mêmes.
Le Lesotho montre aussi qu’une politique de santé peut gagner en efficacité lorsqu’elle s’appuie sur la communauté. Le gouvernement mentionne un vaste réseau de travailleurs de santé communautaires, des centres de santé et des structures confessionnelles très présentes en milieu rural. Ce maillage ne règle pas tout, mais il permet de rapprocher l’offre de soins des femmes enceintes, là où la route vers l’hôpital peut encore peser lourd dans le destin d’un accouchement.
Une leçon régionale pour la SADC et pour le continent
Le cas basotho dépasse les frontières du royaume. Dans plusieurs pays de la SADC, la santé maternelle reste étroitement liée aux inégalités territoriales, au manque de personnel et aux difficultés de transport. Le Lesotho rappelle qu’une réponse efficace ne passe pas seulement par des infrastructures plus grandes, mais aussi par des équipes plus proches des populations et mieux réparties entre ville et campagne.
Il rappelle aussi une tendance continentale : l’Afrique supporte une part lourde de la pénurie mondiale de sages-femmes et de soignants qualifiés. L’OMS estime que les déficits se concentrent toujours dans les régions où les besoins sont les plus élevés, tandis que l’UNICEF et l’OMS insistent sur le rôle décisif des personnels qualifiés dans la réduction des décès maternels et néonatals. Le sujet n’est donc pas seulement celui d’un métier rare. C’est celui de l’organisation concrète du droit à donner la vie dans de bonnes conditions.
Au Lesotho, cette évolution dit enfin quelque chose de plus large sur les transformations sociales en cours. Lorsqu’un homme enfile la tenue de sage-femme dans un centre de santé rural, il ne bouscule pas seulement une norme de genre. Il signale aussi que les communautés cherchent des solutions pragmatiques à une urgence durable : garantir, de Maseru aux villages des hautes terres, des naissances plus sûres, plus proches et plus dignes.