À Sirikwa, dans le comté kényan d’Uasin Gishu, une retenue d’eau réhabilitée doit aider des agriculteurs à produire même lorsque les pluies ne suffisent pas. Mais l’irrigation ne garantit pas, à elle seule, des récoltes rentables : l’accès aux marchés, l’organisation de l’eau et son partage pèseront aussi dans les résultats.
Une réserve d’eau pour deux saisons agricoles
Le président William Ruto a inauguré le 12 octobre 2026 le projet d’irrigation Ziwa 2, dans la circonscription de Soy, à l’ouest du Kenya. La première phase doit acheminer de l’eau vers 500 acres, soit environ 202 hectares, et concerner 1 000 ménages agricoles. Le chantier, lancé en juin 2025, est largement achevé. Le raccordement des derniers bénéficiaires et la pose d’une clôture autour du barrage restent attendus d’ici à la fin novembre 2026, selon les autorités kényanes et le média national Citizen Digital.
Les travaux ont consisté à retirer les sédiments accumulés dans le barrage et à reconstruire sa digue. Sa capacité de stockage atteint désormais un million de mètres cubes. Deux pompes alimentées à l’énergie solaire, chacune annoncée à 50 mètres cubes par heure, doivent ensuite acheminer l’eau vers les parcelles.
Les ménages concernés pourront cultiver du maïs et des haricots, mais aussi des légumes et des cultures à plus forte valeur marchande, comme les tomates, les oignons, les épinards, le chou kale, les fruits de la passion et le café. Les autorités tablent sur deux saisons de culture par an. Leur projection — et non un revenu déjà constaté — est de 200 000 shillings kényans par acre et par ménage chaque année.
Le projet est évalué à 147 millions de shillings kényans, d’après les informations communiquées lors de son inauguration. Ces prévisions dépendront notamment des volumes effectivement distribués, des coûts de production et du prix auquel les récoltes pourront être vendues.
La gestion collective comptera autant que les pompes
Ziwa 2 s’inscrit dans une stratégie nationale visant à réduire la dépendance de l’agriculture aux précipitations. D’après le Plan national d’investissement dans l’irrigation, le Kenya comptait en 2023 environ 711 933 acres de terres équipées, soit près de 284 773 hectares. Cela représentait moins de 5 % des terres arables et 21 % du potentiel d’irrigation estimé dans le plan. Ce potentiel ne signifie pas que toutes ces terres peuvent être aménagées sans tenir compte des ressources en eau et des contraintes environnementales.
La même stratégie fixe un objectif de 1,5 million d’acres aménagés pour l’irrigation d’ici à 2030. Le programme national d’expansion de l’irrigation avance par projets de tailles diverses, dont des aménagements communautaires. Ziwa 2 illustre cette approche : une retenue locale, des équipements solaires et des parcelles exploitées par des ménages plutôt qu’un grand périmètre agricole unique.
La prochaine étape sera institutionnelle autant que technique. Le département kényan de l’Irrigation et l’Autorité nationale de l’irrigation prévoient d’accompagner la création et l’enregistrement d’une association d’usagers de l’eau. Ils annoncent également des formations en gestion agricole et des liens avec les marchés. Ces dispositifs devront préciser qui reçoit l’eau, selon quel calendrier, et comment les équipements seront entretenus.
Les effets ne seront pas identiques pour tous. Les ménages raccordés pourront mieux planifier leurs cultures ; les travailleurs agricoles et les vendeurs locaux pourraient bénéficier d’une activité plus régulière. En revanche, les agriculteurs non desservis ne profiteront pas directement de l’infrastructure. Et si l’accès aux acheteurs, au stockage ou au transport reste difficile, produire davantage ne suffira pas nécessairement à augmenter les revenus.
Une extension annoncée, des résultats encore à établir
Une deuxième phase est envisagée pour mettre 2 000 acres supplémentaires sous irrigation et desservir 4 000 autres ménages. Il s’agit d’un projet annoncé, distinct des 500 acres de la première phase ; les informations disponibles ne donnent pas encore de calendrier d’achèvement pour cette extension. À l’échelle nationale, le gouvernement évoque aussi la construction de barrages de différentes tailles, sans que cette ambition constitue en elle-même un bilan de réalisations.
Pour les agriculteurs d’Uasin Gishu, l’enjeu immédiat sera donc de transformer l’eau stockée en production régulière, puis en revenus, sans fragiliser la ressource. Les chiffres annoncés — capacité du barrage, superficie équipée et revenus projetés — décrivent des objectifs et des moyens. Les rendements réels, les ventes et la répartition des bénéfices permettront d’évaluer plus tard les résultats.
La question dépasse le seul comté. Le Kenya est membre de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), qui coordonne des politiques agricoles et des initiatives de sécurité alimentaire entre ses pays partenaires. Une production plus prévisible peut contribuer aux marchés régionaux, mais elle ne remplace ni le commerce transfrontalier ni la coopération sur les systèmes alimentaires. À Ziwa 2, le prochain indicateur concret sera l’achèvement des raccordements annoncé pour novembre 2026 ; ensuite, il faudra voir si les associations d’usagers et les débouchés commerciaux suivent l’infrastructure.
Sources de contexte : compte rendu de l’inauguration de Ziwa 2 par Citizen Digital, Plan national kényan d’investissement dans l’irrigation, programme national d’expansion de l’irrigation et présentation de la politique agricole de l’EAC.