Au Gabon, la bataille pour diriger le Parti démocratique gabonais (PDG) rouvre une question plus large : qui peut parler au nom de l’ancien parti dominant depuis la fin du régime qui l’a porté au pouvoir ? À Libreville, cette dispute se joue dans un paysage politique transformé depuis le coup d’État de 2023.
Un parti bousculé depuis la fin du pouvoir Bongo
Le PDG a longtemps structuré la vie politique gabonaise. Le renversement d’Ali Bongo Ondimba, le 30 août 2023, a mis fin à son exercice du pouvoir et déclenché une transition conduite par les militaires. Le changement de régime a aussi ouvert une période de recomposition pour le parti, dont les instances et la légitimité font désormais l’objet de contestations internes.
Cette crise ne concerne pas seulement les dirigeants. Pour les militants, les élus et les responsables locaux, le choix de la direction déterminera la capacité du PDG à conserver une organisation nationale et à peser dans le débat public. Pour les Gabonais, l’enjeu est aussi de savoir si l’ancien parti au pouvoir peut devenir une opposition structurée ou s’il restera absorbé par ses querelles internes.
Le Gabon appartient à la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), qui regroupe six pays autour d’institutions économiques communes. À l’échelle politique, il est également membre de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) et de l’Union africaine. La trajectoire de sa transition et la place accordée au pluralisme sont donc observées au-delà de ses frontières.
Ali Bongo conteste son retrait et la direction actuelle
Dans une adresse diffusée le 20 octobre depuis l’étranger, Ali Bongo affirme ne pas avoir quitté la vie politique et revendique toujours la présidence du PDG. Le quotidien gabonais L’Union rapporte qu’il demande un congrès inclusif et conteste la légitimité du directoire dirigé par Blaise Louembé.
L’ancien chef de l’État soutient que la déclaration de retrait publiée le 18 septembre 2024 ne traduisait pas une décision libre. Il affirme qu’il se trouvait alors en résidence surveillée et que son épouse et son fils étaient détenus. Ce récit constitue sa version des circonstances de l’époque : les éléments consultés ne permettent pas de confirmer indépendamment qu’il a subi une contrainte pour annoncer son retrait.
En septembre 2024, Ali Bongo avait effectivement annoncé son retrait de la vie politique. Cette déclaration avait été rapportée à l’époque par plusieurs médias, dont L’Observateur. Son intervention d’octobre revient donc sur un engagement public antérieur et le replace au cœur du conflit sur la direction du PDG.
Ali Bongo conteste aussi la manière dont la direction actuelle s’est installée. Selon son récit, une réunion tenue à sa résidence le 7 mars 2024 devait organiser la continuité du parti, et non sa succession. Il dit avoir proposé une structure provisoire, puis avoir cherché à négocier avec Blaise Louembé. Il affirme que sa proposition de rencontre à Paris est restée sans réponse. Ces points relèvent de son exposé des faits ; ils ne tranchent pas, à eux seuls, la validité statutaire des décisions prises par les différentes instances.
Le média gabonais GabonReview a également rendu compte de cette prise de parole. Le recoupement confirme les éléments principaux : Ali Bongo récuse son retrait, revendique la tête du parti et appelle à une issue inclusive. Il ne confirme pas indépendamment les accusations de contrainte qu’il formule.
Une querelle statutaire aux effets politiques concrets
La question de la présidence du PDG est d’abord interne, mais ses conséquences peuvent dépasser les locaux du parti. Une direction contestée risque de compliquer la mobilisation des militants, la désignation de candidats et la construction d’une ligne politique commune. À l’inverse, un congrès reconnu par les différentes sensibilités pourrait clarifier qui décide et selon quelles règles.
Ali Bongo propose une séquence en trois étapes : rétablir ce qu’il estime être la légalité statutaire, mettre en place une organisation transitoire inclusive, puis réunir un congrès ouvert aux différentes tendances. Il indique également que le PDG devrait siéger dans l’opposition, au motif que le parti a perdu le pouvoir. Cette orientation est une proposition politique, pas une décision déjà entérinée par l’ensemble de ses cadres.
Le rapport de force reste incertain. Ali Bongo a dirigé le Gabon de 2009 à 2023, mais son ancien statut de chef de l’État ne suffit pas à établir qu’il conserve aujourd’hui le contrôle effectif du parti. La direction de Blaise Louembé, de son côté, est directement contestée par l’ancien président. Il revient aux instances compétentes, aux militants et, si nécessaire, aux juridictions gabonaises de déterminer quelles décisions sont valides.
La situation personnelle d’Ali Bongo a également évolué depuis 2023. En mai 2025, il a quitté le Gabon pour l’Angola avec sa famille, après un accord facilité par le président angolais João Lourenço, alors président en exercice de l’Union africaine, selon l’agence Associated Press. Cette étape éclaire la portée de sa prise de parole depuis l’étranger, sans résoudre le différend sur le parti.
Le prochain test : la capacité à organiser un congrès
Pour les Gabonais, cette bataille ne se mesurera pas seulement aux déclarations des dirigeants. Elle dépendra de la capacité du PDG à fixer des règles acceptées, à entendre ses différentes composantes et à exposer publiquement les décisions prises. Les militants des régions, comme ceux de Libreville, seront concernés par le choix des représentants et par la future ligne du parti.
Le dossier rejoint un enjeu régional : après les ruptures politiques de ces dernières années en Afrique centrale et au Sahel, les transitions sont jugées aussi à l’aune de la place laissée aux partis et aux contre-pouvoirs. Le Gabon suit une trajectoire qui lui est propre, mais la façon dont son ancien parti dominant règle sa succession interne donnera un indice sur la solidité de son pluralisme politique.
La prochaine échéance concrète sera donc la réponse du directoire de Blaise Louembé à la demande de congrès inclusif et la tenue éventuelle de cette réunion. D’ici là, la revendication d’Ali Bongo reste une contestation politique, et non un changement de direction officiellement établi.