Une baisse mondiale de la déforestation peut masquer des trajectoires opposées. Dans le bassin du Congo, les pressions sur les forêts restent fortes, alors que les moyens de suivi et de contrôle doivent composer avec des frontières nationales, des besoins économiques et des usages locaux.

Le sujet concerne directement la République du Congo, dont la capitale est Brazzaville, mais les chiffres régionaux couvrent un ensemble bien plus vaste. Ils ne décrivent pas à eux seuls la situation de chaque pays ni celle de chaque communauté vivant de la forêt.

Une amélioration mondiale qui ne dit pas tout

Le Forest Declaration Assessment, une évaluation annuelle menée par une coalition de chercheurs et d’organisations de la société civile, indique que près de 7 millions d’hectares de forêts ont été défrichés dans le monde en 2025. Le bilan marque une baisse de 15 % par rapport à 2024. Il reste toutefois supérieur au rythme nécessaire pour respecter l’engagement international de mettre fin à la déforestation d’ici à 2030.

Le recul est notamment porté par le Brésil, où des mesures publiques et un contrôle renforcé ont contribué à réduire les pertes forestières. Mais une amélioration annuelle ne suffit pas à établir une tendance durable. Les incendies, les arbitrages politiques et l’expansion agricole peuvent rapidement inverser les gains.

Les données ne sont pas toutes directement comparables. Le rapport de l’évaluation forestière estime la déforestation à l’échelle mondiale. De son côté, le World Resources Institute (WRI), à partir d’images satellites et de données de l’Université du Maryland, suit notamment la perte de forêts tropicales primaires. Il estime cette dernière à 4,3 millions d’hectares en 2025, en baisse de 36 % sur un an. Ces indicateurs mesurent des périmètres différents : il faut donc éviter de les additionner ou de les confondre.

Dans le bassin du Congo, des pressions imbriquées

Selon l’évaluation 2026, le bassin du Congo aurait perdu environ 2,4 millions d’hectares de forêt en 2025. Ce chiffre régional, rapporté par l’agence Inter Press Service, approche celui attribué à l’Amérique latine tropicale. Il ne signifie pas que les deux régions connaissent les mêmes causes, ni que chaque pays du bassin suit une trajectoire identique.

Le bassin réunit notamment la République du Congo, la République démocratique du Congo, le Cameroun, le Gabon, la République centrafricaine et la Guinée équatoriale. L’Observatoire des forêts d’Afrique centrale (OFAC), organisme technique de la Commission des forêts d’Afrique centrale (COMIFAC), rassemble des outils de suivi et des analyses sur ces écosystèmes. Cette coopération existe donc déjà. L’enjeu est de rendre les données, les règles et leur application plus cohérentes entre pays.

Les facteurs de perte forestière se combinent : extension des cultures, exploitation du bois, activités minières, routes et prélèvement de bois-énergie. Leur importance varie selon les lieux. À l’échelle des ménages, l’agriculture et le bois de cuisson peuvent répondre à des besoins immédiats. À plus grande échelle, concessions, infrastructures et projets d’extraction engagent des intérêts économiques et des décisions foncières qui dépassent les villages concernés.

Cette différence compte pour l’action publique. Réduire la pression ne consiste pas seulement à sanctionner les coupes illégales. Il faut aussi appliquer les règles d’aménagement, surveiller les concessions et associer les populations aux décisions qui touchent leurs terres. Sans alternatives économiques ni accès à l’énergie, certaines restrictions risquent de déplacer les usages plutôt que de les réduire.

Un enjeu national et régional

Pour les Congolais, la forêt est à la fois un milieu de vie, une ressource et un enjeu économique national. Les effets d’une dégradation ne sont pas identiques pour tous : les communautés forestières dépendent directement des ressources locales, tandis que les décisions sur les permis, les infrastructures et les revenus relèvent aussi des autorités et des opérateurs économiques. Les centres urbains, dont Brazzaville, sont concernés par les choix énergétiques et les marchés du bois, même si les changements de couvert forestier se produisent loin de la capitale.

À l’échelle régionale, les forêts du bassin régulent les cycles de l’eau, abritent une biodiversité importante et stockent du carbone. La COMIFAC et l’OFAC fournissent un cadre de coordination et d’observation. La difficulté consiste à transformer cette coopération en contrôles suivis et en politiques compatibles, alors que les administrations et les moyens disponibles diffèrent d’un pays à l’autre.

Le rapport relève aussi une hausse de la dégradation des forêts tropicales en Afrique, malgré un recul mondial des pertes liées aux incendies. La dégradation ne correspond pas toujours à une disparition complète du couvert : elle peut résulter de coupes sélectives, de feux ou d’ouvertures répétées. Elle fragilise néanmoins les écosystèmes et complique l’interprétation des seuls chiffres de déforestation.

Ce qu’il faudra suivre d’ici à 2030

La prochaine étape sera de distinguer, pays par pays, les pertes liées à l’agriculture, au bois, aux mines et aux incendies, puis de vérifier si les mesures annoncées produisent des résultats durables. Les données satellitaires peuvent signaler rapidement des changements. Elles ne remplacent toutefois ni les contrôles sur le terrain ni la concertation avec les populations concernées.

Le contraste entre la baisse observée au Brésil et les fortes pressions rapportées dans le bassin du Congo rappelle qu’une tendance mondiale ne résume pas les réalités nationales. Pour les États d’Afrique centrale, l’enjeu est de concilier revenus, emplois et protection des forêts sans reporter les coûts sur les seules communautés locales. L’engagement de 2030 se jugera moins aux déclarations qu’à la capacité de coordonner les règles, leur financement et leur application.

Sources de contexte : Forest Declaration Assessment, Inter Press Service, World Resources Institute et Observatoire des forêts d’Afrique centrale.