Former un installateur solaire, un opérateur de biogaz ou un spécialiste du recyclage ne suffit pas à garantir un emploi. Il faut aussi des entreprises capables d’embaucher, des débouchés et des revenus décents. C’est cette équation que le Cameroun veut résoudre en développant les métiers liés à la transition écologique.

Une ambition nationale, avec une échéance à clarifier

À Yaoundé, la deuxième Semaine des emplois verts s’est déroulée du 16 au 20 octobre 2026. Le ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle (MINEFOP) y a présenté le Programme de promotion des emplois verts au Cameroun (PPEVC), lancé pour développer des activités économiques compatibles avec la protection de l’environnement.

Le chiffre avancé est de 120 000 emplois à créer ou à « verdir » — c’est-à-dire rendre plus durables — en améliorant notamment les compétences et les pratiques professionnelles. Mais l’échéance varie selon les documents consultés. Le ministère indique officiellement un objectif à l’horizon 2030, tandis que des comptes rendus de la Semaine évoquent la période 2025-2029. Cette différence mérite d’être clarifiée avant d’évaluer les résultats. Le cadrage du programme publié par le MINEFOP fixe la cible à 2030.

Les autorités ont présenté six filières prioritaires : l’énergie solaire, le recyclage des déchets plastiques, l’agriculture biologique et le cacao, la construction en terre stabilisée, l’écotourisme et le numérique vert. Onze projets pilotes doivent soutenir le déploiement. Une enveloppe de plus de 21,15 milliards de FCFA a été annoncée pour le programme, sans que les éléments publics consultés détaillent ici les décaissements déjà effectués ni leur répartition par projet.

La formation doit déboucher sur des activités réelles

La formation professionnelle constitue le premier levier mis en avant. Le ministre a résumé l’enjeu ainsi : « il ne peut y avoir d’emplois verts durables sans compétences adaptées ». Dans ce cadre, 5 000 places parmi les 25 000 formations annoncées pour l’opération ORFEV-JEUNES sont destinées à des métiers verts, notamment dans les énergies renouvelables et le biogaz. Un compte rendu de la Semaine des emplois verts rapporte ces chiffres et l’annonce des formations 2026-2027 de l’initiative « Un jeune, un métier, un emploi ».

Selon la feuille de route présentée, les années 2026 et 2027 doivent servir à tester les projets pilotes, avec une cible de 60 000 emplois, avant une extension nationale prévue à partir de 2028. Ce calendrier concentre les premières retombées dans les territoires où les projets seront effectivement implantés. Les effets ne seront donc pas nécessairement les mêmes pour les jeunes de Yaoundé ou Douala, les producteurs ruraux, les petites entreprises et les travailleurs de l’économie informelle.

Le programme devra aussi préciser ce qu’il entend par « emploi décent ». Le nombre de postes ne dit pas, à lui seul, s’ils sont stables, rémunérés correctement, protégés contre les risques professionnels ou accessibles aux femmes et aux jeunes éloignés des centres de formation. La sélection des filières et des bénéficiaires pèsera sur la répartition des opportunités.

Un marché du travail dominé par l’informel

Les données disponibles rappellent l’ampleur du défi. L’Enquête sur l’emploi et le secteur informel menée en 2021 par l’Institut national de la statistique (INS) estime que 86,6 % des emplois se trouvent dans le secteur informel. Le taux d’emploi des jeunes de 15 à 34 ans s’établissait à 39,3 %, avec un écart marqué entre les hommes (47,2 %) et les femmes (31,3 %). Ces résultats nationaux, publiés en 2023, montrent que l’enjeu dépasse la seule création de postes dans des secteurs nouveaux. Les résultats de l’enquête emploi de l’INS distinguent également les situations entre villes et campagnes.

Dans les unités de production informelles non agricoles étudiées, seuls six travailleurs sur cent étaient salariés et 78,3 % travaillaient pour leur propre compte. Parmi les personnes interrogées, 2,1 % disposaient d’un contrat écrit, contre 50,2 % d’un contrat verbal. Ces chiffres ne décrivent pas tous les emplois camerounais, mais ils montrent pourquoi les objectifs de qualité et de formalisation comptent autant que le volume annoncé. Le rapport de l’INS sur le secteur informel détaille ces conditions de travail.

Les différences territoriales sont importantes. L’enquête de l’INS indique que l’informel agricole pèse davantage dans les zones rurales, tandis que les activités non agricoles se concentrent davantage dans les villes. Une formation au solaire ou au recyclage ne produira donc des résultats que si elle correspond aux besoins locaux, si les équipements sont disponibles et si les jeunes peuvent accéder au financement et aux marchés.

Le test : transformer les annonces en emplois suivis

Le PPEVC s’inscrit dans la Stratégie nationale de développement 2020-2030, qui vise notamment une transformation de l’économie. À l’échelle régionale, le Cameroun appartient à la CEMAC, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale. Les activités liées à l’énergie, aux déchets, à l’agriculture et aux ressources naturelles dépassent parfois les frontières nationales. Toutefois, les annonces de la Semaine portent d’abord sur un programme camerounais ; elles ne constituent pas, en elles-mêmes, une politique commune de la CEMAC.

La prochaine étape sera de vérifier l’exécution : nombre de jeunes effectivement formés, insertion dans un emploi ou une activité viable, répartition entre régions et accès des femmes aux filières. Il faudra aussi distinguer les postes nouvellement créés des emplois existants simplement requalifiés. Sans ces indicateurs, les 120 000 emplois resteront une cible difficile à comparer aux résultats obtenus.

La deuxième Semaine des emplois verts s’est achevée le 20 octobre 2026. Le programme ouvre des pistes dans des métiers concrets, mais son impact dépendra désormais des projets réellement financés, des entreprises qui recrutent et de la qualité des emplois proposés. Le décalage entre l’échéance 2029 rapportée lors de l’événement et celle de 2030 affichée par le ministère reste, lui aussi, à résoudre.