Au Cameroun, la couverture mobile est devenue un sujet d’infrastructure autant que de service public
Dans un pays où le téléphone est souvent le premier accès au numérique, la question n’est plus seulement de « capter ». Elle concerne désormais la capacité du réseau à tenir, partout, et à un coût supportable pour les ménages comme pour les entreprises. C’est tout l’enjeu des échanges tenus à Yaoundé entre le régulateur et les deux principaux opérateurs privés du marché, dans un contexte où la demande en données progresse plus vite que la qualité perçue des services.
Le Cameroun s’inscrit dans l’espace de la CEMAC, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, où la transformation numérique avance à des rythmes inégaux selon les pays et selon les zones. Dans ce cadre, la couverture mobile n’est pas un simple indicateur technique. Elle conditionne l’accès aux paiements, aux services administratifs, à l’information et, de plus en plus, aux activités économiques du quotidien. Les autorités camerounaises ont d’ailleurs multiplié, ces derniers mois, les rappels à l’ordre sur la qualité de service et sur les obligations des opérateurs.
Une séance de travail à Yaoundé pour pousser les opérateurs à aller plus loin
Le jeudi 10 septembre 2026, le directeur général de l’Agence de régulation des télécommunications, le professeur Philémon Zoo Zame, a présidé à l’Immeuble Platinum, à Yaoundé, une séance de travail avec les dirigeants de MTN Cameroon et d’Orange Cameroun, Wanda Matandela et Patrick Benon. Selon le régulateur, les discussions ont porté sur la couverture, la qualité de service, la sécurité des réseaux et l’accès équitable aux communications électroniques sur l’ensemble du territoire.
Le message est clair : l’extension du réseau reste attendue dans les zones encore mal desservies. Le régulateur veut réduire la fracture numérique, c’est-à-dire l’écart d’accès entre les territoires connectés et ceux qui le restent mal. Cette lecture rejoint les constats répétés de l’ART elle-même, qui a déjà sanctionné MTN Cameroon et Orange Cameroun pour des manquements liés à la couverture, à la qualité de service et à la tarification, sur la base de contrôles menés en 2024.
Des progrès réels, mais une couverture encore incomplète
Les chiffres disponibles montrent une avancée, sans masquer les écarts. DataReportal indique qu’à la fin de 2025, le Cameroun comptait 29,0 millions de connexions mobiles actives, soit 96,4 % de la population, et 12,6 millions d’internautes, pour un taux de pénétration de 41,9 %. La même source précise que ces données s’appuient notamment sur l’UIT et sur GSMA Intelligence. Le rapport souligne aussi qu’une personne peut détenir plusieurs cartes SIM ; le volume de connexions ne mesure donc pas le nombre réel d’utilisateurs.
Du côté de l’UIT, les estimations les plus récentes disponibles dans sa base montrent que le Cameroun atteignait 80,5 % de couverture de population en 3G en 2024, et 75,4 % en LTE/4G. La couverture 5G reste, elle, absente du paysage commercial camerounais, tandis que l’UIT rappelle que ces indicateurs mesurent l’accès à un signal, pas l’usage effectif du service. Autrement dit, être couvert ne signifie pas forcément pouvoir utiliser un service stable et abordable.
La conséquence est simple. Dans les grandes villes, l’enjeu porte surtout sur la densité du trafic, la stabilité des appels et la vitesse des données. Dans les zones rurales et périurbaines, il faut souvent construire davantage de sites, les raccorder, puis assurer leur alimentation électrique et leur maintenance. La GSMA rappelle que les derniers points de couverture sont les plus coûteux à obtenir, car ils concernent souvent les territoires les moins rentables à desservir.
Pourquoi la qualité de service reste le vrai test
Au Cameroun, le débat ne se limite plus à savoir si une commune est couverte sur le papier. Les abonnés réclament surtout moins de coupures, des appels qui passent, des débits plus réguliers et une meilleure continuité de service. L’ART elle-même a récemment reconnu la persistance d’une dégradation de la qualité des services mobiles offerts par MTN Cameroon, Orange Cameroun et CAMTEL, ce qui montre que la couverture doit désormais s’accompagner d’investissements dans la capacité, la supervision et la maintenance.
Cette exigence touche aussi l’économie réelle. Pour un commerçant, un chauffeur, un étudiant ou une petite entreprise, un réseau instable ralentit les paiements, bloque les démarches en ligne et limite l’usage des services numériques. Pour les opérateurs, en revanche, la pression est double : ils doivent investir davantage dans les zones peu denses, tout en répondant à des abonnés de plus en plus exigeants dans les centres urbains. Le débat porte donc autant sur le modèle économique du réseau que sur sa géographie.
Un dossier camerounais aux résonances régionales
La situation camerounaise dépasse le seul cas national. En Afrique centrale, les États membres de la CEMAC cherchent à accélérer la circulation de l’information, des paiements et des services numériques, mais l’infrastructure reste très inégale d’un pays à l’autre. Le Cameroun, par sa taille démographique et son poids économique, sert souvent de baromètre régional. Quand Yaoundé pousse les opérateurs à étendre le réseau, le message résonne bien au-delà de ses frontières.
La portée continentale est la même. L’Union africaine et les institutions techniques comme l’UIT répètent depuis plusieurs années que la couverture n’est qu’une première étape. Le vrai enjeu est l’inclusion numérique : transformer une présence de signal en usage utile, fiable et abordable. Au Cameroun, la prochaine séquence à surveiller sera donc celle des engagements concrets des opérateurs, des contrôles du régulateur et de la capacité du marché à améliorer, simultanément, la portée et la qualité du service.